...que fait l'expatrié? C'est la question que je me pose en ce moment. Rien à voir avec moi, non. Mais des amis étrangers, venus au Chili pour une raison bien précise, qui se retrouvent soudain dépourvus de cette motivation première. L'un perd son emploi, l'autre son compagnon. Choisir l'expatriation n'est pas une décision facile. Il faut de bonnes et solides raisons pour franchir le pas. Et quand soudain le motif principal s'envole au loin... qu'est-ce qui retient l'expatrié?
Ce choix d'existence, une vie loin de la famille, des amis, des racines, est souvent fragile. Quand on vit à des milliers de kilomètres de ses terres, on se retrouve sans filet, il faut reconstruire des repères, des réseaux. Certains s'en sortent très bien et se sentent même considérablement allégés sans le poids d'une histoire personnelle ou familiale compliquée. Mais d'autres n'ont pas la même capacité d'adaptation et s'amarrent tant bien que mal à la raison qui les a amenés à quitter leur pays. Ceux-là, incapables de s'intégrer, sont voués à l'échec.
Revenons à mes deux amis. Tous deux se sont parfaitement adaptés à la vie chilienne et sont heureux ici. Ils y ont désormais leurs amis, leurs habitudes, leur vie... Mais leur raison fondamentale de vivre au Chili venant de s'écrouler, les voici devant le gouffre de l'incertitude. Tous deux ont des attaches ici, des responsabilités (un boulot pout l'une, une relation naissante mais a priori sérieuse pour l'autre). Mais que fait l'être humain quand les fondements s'effondrent autour de lui? Il cherche un point d'appui, il appelle sa mère, retourne instinctivement vers ce qui le rassure: ses racines. Dès lors, que pèse le reste? Une relation naissante a peu de chances de fonctionner si ce qui l'entoure n'est pas stable. Et un boulot, c'est un boulot, ca se change.
Je serais heureux que mes deux amis restent au Chili. Mais il est plus probable que dans quelques mois, voire quelques semaines, ils disent au revoir à leurs proches, fassent leurs valises et tournent définitivement la page chilienne dans leur histoire personnelle. Retour au sérail.
Et que ferais-je, moi, dans la même situation?...
La Chine n'est pas à un paradoxe près. Inventeur du communisme libéral capitaliste, grand conservateur des traditions mais qui détruit au bulldozer son patrimoine architectural et culturel, le pays le plus peuplé du monde cultive le paradoxe comme le riz dans la vallée du Fleuve Jaune. En voici un autre: en Chine, impossible de trouver des vêtements XL. Ici, ils sont tous estampillés "Made in China".
Mais le nouveau paradoxe, c'est que la Chine, pays où la sexualité reste très largement taboue et où la pornographie est punie par la loi, est devenue le premier producteur mondial de lingerie érotique et de sex-toys. On estime que la Chine se taille 70% de parts du marché, et que l'industrie génère 2 milliards de dollars par an de l'autre côté de la Grande Muraille. Etonnant? Pas vraiment. Les grand magasins européens et américains regorgent de vêtements et jouets "Made in China". Donc pourquoi pas des sous-vêtements et des jouets pour adultes?
L'ironie de l'histoire, c'est que les ouvriers payés au lance-pierre pour manufacturer ces produits n'ont peut-être même pas le droit de les utiliser. Il y a bien des sex-shops en Chine (le premier a ouvert à Pékin en 1993), mais il serait étonnant qu'en province, parmi les classes sociales basses, l'usage de sex-toys soit accepté. Rappelons que les manufactures chinoises sont de véritables villes où les ouvriers, souvent issus de familles villageoises sans éducation, sont parqués ensemble comme du bétail. J'y imagine mal l'introduction de sex-toys et lingerie érotique. Tiens, je me demande s'il y a pas des gamins qui travaillent dans ces manufactures? Ce serait le comble, non?
Pourquoi les concerts, les discothèques, les festivals, les rave parties ont-ils tant de succès? Pourquoi toi, ami lecteur, aimes-tu assister à ce genre d'événements? Pour la musique, me diras-tu. Certes. Mais pas seulement. Par définition, ce sont des expériences collectives. Au-delà de la musique, c'est la symbiose entre les auditeurs qui leur donne toute leur saveur. Sauter ensemble, danser ensemble, chanter et crier ensemble. Faire corps avec une foule à l'unission à quelque chose d'enivrant, de réconfortant aussi. Tu n'es pas d'accord avec moi? Alors lis ce qui suit:
Il existe depuis quelques mois un concept nouveau et étonnant: des discothèques et
rassemblements sans aucune sono, sans aucun haut-parleur. Chacun écoute dans son propre casque. En général, tous écoutent la même musique en même temps, dansent et crient en choeur; chacun est
simplement libre de changer le volume à sa guise. Et quand vous en avez assez, il suffit d'ôter votre casque: si vous voulez reposer vos oreilles, vous n'aurez pas à supporter les décibels comme
dans une discothèque ou une fête normale. Bref, l'expérience de groupe est là, mais avec moins d'inconvénients. En plus, c'est tout benef pour les organisateurs ou propriétaires, qui économisent
en matériel de son et en électricité.
Mais dans certaines de ces fêtes, chacun est libre d'écouter sa propre musique. Imaginez-vous chaloupant sur un rythme latino, tandis que votre voisin secoue frénétiquement la tête en écoutant du Prodigy, et un autre se balance sur du reggae... Visuellement, c'est assez déconcertant: une foule en totale arythmie, complètement désynchronisée, se dandinant dans le silence. On dirait des zombies dansants. Et là, j'ai du mal à comprendre. Parce qu'il n'y a aucune expérience de groupe, aucun partage. C'est une foule de solitude, un rassemblement d'autistes. C'est la discothèque de l'isolement. Pour moi, c'est un exemple de plus que la technologie peut nous couper des autres aussi bien que nous en rapprocher.
Plutôt qu'entraîneur, Diego Maradona serait bien meilleur comme juge de lignes!
Il y a quelques semaines, le nouveau ministre de la Santé a lancé une idée qui est tombée comme un cheveu sur la soupe des Chiliens. Pour lutter contre l'obésité chronique de ses concitoyens, il propose de créer un impôt de 20% sur les fast-foods.
Le sujet a immédiatement suscité débat et controverse. D'abord, parce qu'il serait bien difficile de déterminer quels établissements et quels plats rentrent dans cette catégorie. Ensuite, parce que les fast-foods sont une sources d'alimentation facile et bon marché pour les petites bourses. Typiquement, c'est la frange la plus humble et moins éduquée de la population qui souffre de surpoids. Et c'est cette même frange qui consomme le plus de fast-food, parce que c'est pas cher.
En gros, les détracteurs du projet assurent que, même s'il est bon de lutter contre l'obésité, cette mesure toucherait de plein fouet les plus défavorisés. Soit. Mais réfléchissons un peu. En admettant que l'on ajoute un impôt de 20%, cela va-t-il vraiment affecter le consommateur? Non: simplement, s'il veut continuer de payer le même prix, il va se "restreindre" à commander un menu normal au lieu d'un XL, ce qui est bien suffisant. De ce point de vue, tout le monde est gagnant: L'Etat récolte des taxes juteuses (de graisse), les clients se goinfrent moins et ont moins de problèmes de santé. Il n'y a que les entreprises de fast-food qui risqueraient de voir leurs bénéfices baisser. Mais ca, franchement, ce n'est pas un mal! Par ailleurs, au Chili, aller faire ses courses au marché en plein air reste la meilleure solution pour manger sain et pas cher.
Et la traditionnelle empanada, c'est du fast-food?
Mais au-delà de ce débat, de quel droit l'Etat s'invite-t-il dans mon assiette? Certes, il y a un vrai problème de santé publique, mais si j'ai envie de me faire plaisir en me gavant de viande rouge et de chocolat tous les jours, quitte à peser 150 kilos et mourir d'un infarctus à 35 ans, c'est mon problème, non? Ca ne met en danger la vie d'aucune tierce personne (à la différence de la drogue et de l'abus d'alcool), ca ne cause pas de trouble à l'ordre public, et ca fait travailler les médecins. Si l'Etat veut agir, qu'il éduque les consommateurs, qu'il fasse de la prévention dans les écoles. Qu'il aille voir ailleurs que dans mon assiette. Surtaxer les cigarettes empêche-t-il les gens de fumer? Non. Surtaxer le pétrole empêche-t-il les gens de conduire, polluer, prendre l'avion? Non.
Bref, tout ceci me donne la sensation que le gouvernement se fiche du monde, et cherche n'importe quelle prétexte pour taxer le contribuable (ceci dit, il a besoin de fonds pour financer la reconstruction du pays après le séisme du 27 février). N'importe quel prétexte pour contrôler tout ce qui est contrôlable. Par exemple, depuis la prise de pouvoir de Sebastia Piñera, j'ai l'impression, ou plutôt la certitude, que la présence policière a été renforcée... pour faire des contrôles de vitesse sur l'autoroute, essentiellement. Donc pour faire rentrer de l'argent dans les caisses.
Je m'attends donc à ce que le gouvernement fasse surgir de son chapeau à idées
d'autres propositions du même genre. En voici quelques-unes, de mon cru:
On pourrait taxer les nouveaux habitants des métropoles parce qu'ils contribuent à accenter la pollution.
On pourrait taxer ceux qui habitent à plus de 25 kilomètres de leur lieu de travail,
pour la même raison. Et s'ils déménageaient en centre ville, on les taxerait quand même en vertu du premier point susnommé.
On pourrait ne pas rembourser les opérations de cancer des poumons, parce qu'après tout, le patient, il avait qu'à pas fumer, na!
On pourrait taxer les dirigeants politiques d'andouilles, d'hypocrites ou de profiteurs. Ah zut, ca a déjà été fait, ca...
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