Samedi 22 septembre 2007
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Alberto Fujimori a été extradé hier soir du Chili vers le Pérou, où il devrait être jugé. Je parlerai de ça plus en profondeur dans les prochains
jours, ça mérite qu'on s'y attarde. Avec une vision chilienne de la chose, c'est intéressant.
Par @tom
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Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
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Vendredi 21 septembre 2007
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Vous le savez sans doute, le sud du Pérou a subi il y a cinq semaines un très fort tremblement de terre qui a détruit plusieurs villes et fait
plusieurs centaines de victimes (à ce sujet, je vous conseille vivement le blog d'El Nino). Au Chili, une campagne a été lancée pour récolter des fonds
et venir en aide aux Péruviens sans logement, sans eau, sans soins…
C’est bien tout ça, mais ça sent la récupération politique, la décision diplomatique pour améliorer les relations avec le Pérou, jamais très bonnes.
Le pays continue en effet de réclamer des territoires au nord du Chili, alors que ce dernier les a gagnés lors de la guerre du Pacifique au XIXe siècle. Le Péruvien est têtu… Alors en donnant la
main aux victimes du séisme, Santiago cherche à l'amadouer.
Vous croyez que je suis mauvaise langue? Attendez! Il faut savoir que l’hiver 2007 est le plus rude qu’ait vécu le Chili depuis plus d’un siècle, et que le sud du pays est resté si longtemps
enneigé que de nombreux élevages ont été décimés par le froid et la faim, et que des centaines de familles de paysans qui en vivotaient se retrouvent sur la paille. C’est une véritable
catastrophe humanitaire, mais il semblerait que le gouvernement préfère donner un coup de main au Pérou.
Et puis tiens, j’entendais avant-hier aux infos que le Chili serait presque prêt à extrader Fujimori au Pérou, permettant ainsi que l’ancien
dictateur soit jugé à Lima, dans son pays, comme le demandent les Péruviens. Alors, je suis toujours mauvaise langue?
Ceci dit, c’est tout de même une bonne chose que le Chili aide les victimes du séisme. On ne va pas tout critiquer non plus! Mais ça me conforte dans l’idée que l’aide humanitaire n’est que très
rarement désintéressée et indépendante de toute stratégie politique. Malheureusement.
Par @tom
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Jeudi 20 septembre 2007
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21:06
Le 18 septembre, c’est donc la fête nationale au Chili. Mais le lendemain est
également férié: c’est la fête de l’armée. Ce jour-là, on a droit à un long(uet) défilé militaire retransmis en direct et en intégralité sur toutes les chaînes, avec des commentaires tellement
élogieux que je suis à peu près sûr que le présentateur ne fait que lire texto un chapelet de louanges promouvant l’armée, écrit par le service de
communication de la Grande Muette chilienne. N’y voyons pas toutefois un spectre de l’époque Pinochet. N’oublions pas que le Chili a une grande tradition militaire, et que l’armée, en plus de son
poids au sein de l’Etat, jouit ici d’un fort respect de la part de la population.
Une chose m’a fait sourire: voir les militaires évoluer au son de la Marche de Radetzky, de Johann Strauss, un air sautillant qu’on est plutôt habitué à entendre au concert du Nouvel An de
l’orchestre philharmonique de Vienne ou de Berlin, entre le Lac des cygnes et le Danube bleu. Mais au Chili, faute de compositeur de musique
militaire, on pêche à droite à gauche: Strauss, Haendel, Verdi… J’imagine qu’on fait de même dans d’autres pays.
Par contre, une chose m’a fait froid dans le dos: lors d’un de ces barbecues en famille et entre amis, au son d’une marche militaire, une dame d’une soixantaine d’années s’est soudain levée et a scandé « Pinochet, Pinochet! » Ses yeux nostalgiques lançaient des éclairs de joie mêlés de folie aveugle. Evidemment, ça crée une gêne,
surtout devant moi. Car si les Chiliens sont encore divisés au sujet du général, ils savent très bien que de l’étranger, tout le monde ou presque condamne la dictature. Moi, ça m’a un peu noué
l’estomac de voir ça. Même si je sais que Pinochet a fait de bonnes choses pour le pays et son économie, je ne peux pas excuser les 3.000 personnes tuées sous son régime, soi-disant pour le bien
de la patrie.
Alors j’écoute la dame, que l’on avait fait taire entretemps, qui s’offusque que personne n’aille dans son sens. Elle raconte que lorsque Allende est arrivé au pouvoir, il a pris des mesures pour
que les sans-abri soient logés par les habitants possédant de grands terrains. C’est ainsi que du jour au lendemain ont débarqué dans son vaste jardin toute une
famille de pauvres, qui ont campé sur place, et à qui il fallait donner de l’eau et des vivres. Elle raconte encore que la veille du coup d’Etat de Pinochet, il fallait faire la
queue dans les magasins pour pouvoir acheter des quantité ridicules de nourriture, comme en URSS. Et que dès le lendemain du coup d’Etat, les rayons des supermarchés étaient de nouveau pleins. A
l’entendre, la présidence d’Allende ressemblait à l’Occupation en France…
Evidemment elle n’est pas objective, elle a eu l’impression d’être envahie, utilisée comme une vache à lait par le gouvernement socialiste. Alors
pour tous ces gens-là, il est logique que Pinochet soit toujours apparu comme le libérateur du danger communiste. Et autant je ne peux pas excuser les crimes de dictateur, autant je peux
comprendre ceux qui, comme cette dame, l’ont soutenu.
Par @tom
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Mardi 18 septembre 2007
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13:34
Aujourd'hui 18 septembre c'est la fête nationale au Chili. Les drapeaux bleu-blanc-rouge fleurissent un peu partout sur les maisons et les voitures
-un peu par patriotisme (quoique...), mais surtout parce que l'on risque une amende si l'on n'arbore pas la bannière tricolore dans
son jardin ou sur le toit de sa maison. Le 18 septembre, il n'y a pas de feu d'artifice, mais le printemps arrive et c'est l'occasion de sortir les barbecues, ou plutôt de faire de véritables
orgies de barbecue, pendant plusieurs jours. Les plus grands stades servent de gigantesque site de pique-nique, où l'on joue de la musique
folklorique et où l'on danse la cueca.
La cueca, c'est la danse nationale chilienne. Symboliquement, elle est censée imiter un jeune coq faisant la cour à sa poulette favorite. Plutôt que
de vous faire une longue explication, une fois n'est pas coutume, je vous mets une petite vidéo pour vous montrer à quoi ça ressemble:
http://www.youtube.com/watch?v=QJmr3GkX3Ow
Un Etats-Unien tombé amoureux du Chili, auteur du très amusant et instructif "Comment survivre dans la jungle chilienne en faisant du négoce", décrit
bien la mentalité chilienne à travers cette danse:
"D'abord, le danseur amène sa partenaire sur la piste en la tenant par le bras. Se regardant dans les yeux en faisant tourner leur mouchoir au-dessus de la tête, les deux danseurs se tournent
autour l'un de l'autre durant toute la danse. Après ce long flirt sans jamais se toucher, le couple termine la danse exactement comme elle avait commencé, et au même endroit. Et on peut toujours
recommencer, on n'obtiendra rien de mieux que le contact moite d'un avant-bras qui transpire. Pour le business, c'est pareil. On fait de multiples
réunions pour rapprocher les points de vue et signer des accords, mais à la fin de chaque réunion on n'est pas plus avancé qu'au départ".
Et oui, au Chili, il faut accepter d'être patient, et de se trouver face à des interlocuteurs incapables de prendre des décisions, et encore moins des risques. Mais
pour en revenir à la cueca, autant dire que comme technique de séduction, ça reste limité. Après, il faut pas s'étonner que les jeunes préfèrent la sensuelle
salsa ou l'émoustillante samba des pays voisins. Et moi aussi, d'ailleurs!
Par @tom
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Mardi 11 septembre 2007
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07:47
Le 11 septembre est un jour funeste pour les Etats-Unis, il l'est aussi pour le Chili. C'est en effet le 11 septembre 1973 que le général Pinochet
prit le pouvoir, que le président Allende se suicida, et que le pays entra dans une dictature qui dura pas moins de 17 ans. Et c'est à Valparaiso que commença le putsch, qui ne dura qu'une
journée. La junte militaire dirigée par Pinochet suspendit la constitution, et prohiba partis et syndicats. Ironie du sort, c'est Allende lui-même qui avait nommé le général à la tête des armées,
trois mois avant. Le président ne voyait en lui qu'un militaire un peu rustaud en qui il pouvait avoir confiance. Terrible erreur...
Officiellement, le régime de Pinochet a fait plus de 3.000 victimes, et neuf fois plus de torturés. Mais c'est sans doute le seul dictateur au monde à avoir préparé la transition
démocratique après avoir perdu un référendum, et avoir quitté le pouvoir après avoir organisé une élection présidentielle démocratique. Malgré tout, l'homme qui affirmait que "la moindre feuille d'arbre qui bouge au Chili, je le sais" a continué d'être craint des Chiliens jusqu'en 1998. Ce n'est en effet qu'à cette date qu'il a cessé d'être
commandant en chef des armées.
Pour ceux qui n'auraient pas tout suivi, Augustin Pinochet est mort en décembre 2006, laissant le peuple Chilien divisé. Nombreux sont ceux qui,
encore aujourd'hui, louent l'homme qui les a "libéré du communisme", a remis de l'ordre dans le pays et développé l'économie. Bon, oui, c'est vrai, il a commis des exactions, mais... c'est comme
ça. J'en avais parlé un peu à l'occasion de sa mort...
Je ne suis pas au Chili aujourd'hui, mais je suppose que les médias vont parler de cette date d'anniversaire. Et je me demande bien quel ton
il vont adopter, maintenant que le général est mort. Si quelqu'un pouvait me renseigner... En attendant, je vous invite à lire l'article de Wikipedia sur le sujet, je le trouve assez bien fait, notamment sur le rôle qu'ont joué les Etats-Unis pour faire tomber le régime socialiste d'Allende.
Par @tom
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Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
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