Mardi 26 juin 2007
2
26
/06
/Juin
/2007
16:32
J’ai assisté brièvement à une petite manif étudiante dans les rues de Valparaiso. Ca n’avais pas l’air bien violent ni extrêmement revendicatif, mais
ici les policiers sont plus répressifs qu’en France. Des camions équipés de canons arroseurs pourchassaient les manifestants à coup de puissants jets
d’eau. Les étudiants avaient jusque là résisté à la pluie de hallebardes et au froid qui s’abattaient alors sur Valpo. Mais les lances à eau, très efficaces pour éparpiller les
défilés, ont douché leur enthousiasme.
La liberté de manifester a encore des progrès à faire au Chili. La loi est la même qu’en France, on peut râler, il suffit de demander gentiment l’autorisation aux
autorités autorisées, comme dirait à peu près Coluche. Mais il semble qu’ici on soit moins coulant avec les autorisations. Et qu’il faut râler un peu plus gentiment qu’en
France.
Cela dit, s'il reste assez strict, le Chili est en train de changer. Par exemple, le lourd héritage de Pinochet s’allège petit à petit. L’ex-général Raul Iturriaga, ancien membre de la police
secrète du dictateur, a été récemment condamné à 5 ans de prison pour l’enlèvement et la disparition d’un opposant en 1974. Il a pris la fuite, et est soutenu par ses anciens collègues
militaires. « C’était une guerre et dans la guerre, il y a de la violence », ont déclaré les généraux retraités pour justifier ces actes. Mais, fait nouveau, ils n’ont pratiquement plus de soutien de la population.
Et puis surtout, le gouvernement n’hésite plus à condamner les entreprises, malgré leur poids très important dans la politique chilienne. L’usine chimique de cellulose Licanel, qui a déversé en
deux semaines 50.000 litres de déchets toxiques dans un fleuve près de Talca, au sud de Santiago, vient ainsi d’être fermée. La pollution avait
provoqué la mort de milliers de poissons, unique source de revenus des nombreux pêcheurs de la région.
Suite à cette catastrophe écologique, ainsi que la découverte de centaines de flamands roses morts-nés près d’une usine de lithium dans le désert d’Atacama, le sénateur Guido Girardi propose
d’instaurer le délit d’atteinte à l’environnement. Il semblerait donc qu’enfin, l’écologie ne soit pas reléguée aux oubliettes au
profit de l’économie. Vous voyez, petit à petit, les choses changent au Chili. Plutôt
bien.
Par @tom
-
Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
6
Jeudi 21 juin 2007
4
21
/06
/Juin
/2007
19:40
A la demande d'El Nino et d'Aelor, un nouvel article sur le
Transantiago. J'ai déjà expliqué que le nouveau système de transports public de Santiago, s'il était nécessaire et bienvenu pour désengorger le trafic et réduire la pollution, est un échec cuisant pour le gouvernement. J'ai déjà dit qu'il a causé de nombreux dégâts pour les travailleurs de la rue. Depuis près de cinq mois que le Transantiago a été mis en place, les dysfonctionnements se multiplient, entraînant
manifestations des usagers mécontents et faisant chuter la cote de popularité du gouvernement.
La grande erreur du Transantiago est d'avoir été mis en place sans concertation des usagers (pour un gouvernement qui s'appelle la Concertacion, c'est
un comble!) Des usagers qui n'ont rien compris au soudain changement de système, malgré la campagne d'information confiée en janvier à l'ex-star du foot et héros national Ivan Zamorano (depuis,
il est devenu tellement impopulaire qu'il parle de s'expatrier...) Au bout de cinq mois, ils s'y sont finalement habitués, mais tous les matins c'est la même galère: il n'y a pas assez de bus, les gens s'entassent et rentrent sans payer, et sont souvent contraints d'attendre longtemps, très longtemps avant de pouvoir se rendre à leur
travail.
Résultat: le métro, alternative au bus, est engorgé. Tellement, que parfois les carabineros ferment les grilles des stations pour laisser s'écouler le
flot de passagers, avant de laisser passer les usagers qui piaffent d'impatience derrière les grilles. Sitôt ouvertes, une pression monstre vous
pousse vers l'avant, vous voilà emporté par la foule qui vous trrrraîne qui vous entrrrraîne... mais moins joyeusement que dans la chanson. Il ne fait pas bon être un enfant, une femme enceinte
ou un handicapé pour prendre le métro le matin!
Les problèmes du Transantiago ont grandement occulté le reste de l'actualité chilienne. Depuis 5 mois, on ne parle que de ça, ou presque (ce qui
empêche d'évoquer les autres problèmes). Et comme la majorité des médias sont hostiles au gouvernement, ils en remettent un couche dès qu'ils peuvent. Alors que tout n'est pas si noir, puisque
la pollution a baissé (un peu), puisque certains trajets sont bien plus rapides qu'avant, puisque l'on peut désormais voyager en métro et en bus avec
la même carte d'abonnement...
Mais pourquoi, au bout de cinq mois, n'a-t-on pas augmenté le nombre de bus? L'idée du Transantiago était de faire baisser la pollution, donc de
diminuer le nombre de véhicules en circulation. Ca a été fait, mais trop. Le gouvernement a donc demandé à ce que l'on rajoute des bus. Sans succès. Car si le métro est public, ce sont des
entreprises privées qui couvrent le réseau de bus. Et la plupart d'entre elles ont réduit le nombre de bus en circulation pour faire des économies,
malgré les remontrances du gouvernement. Oui, parce que chaque entreprise s'est vue confier un secteur de Santiago, donc il n'y a plus de concurrence entre elles. Donc, même si elle fait circuler
moins de bus, pas de risque pour l'entreprise de se faire "piquer" ses client. Alors pourquoi dépenser plus en carburant et en salaires de chauffeurs, si c'est pour obtenir pratiquement les mêmes
revenus?
De plus, se sachant "couvertes" par le gouvernement, ces entreprises se défaussent de toute responsabilité en cas de problèmes. Leur attitude montre
bien que la coopération public-privé, de manière générale, ne fonctionne pas (je pense notamment aux cliniques avec obligation de service public dans
les zones rurales françaises...) Au Chili, tout le monde en a ras la casquette. Et la colère des usagers est parfois très violente.
"Transantiago, toujours la même merde", dit ainsi ce manifestant prêt à casser la vitre du bus à coup de projectile.
Résultat, les conducteurs des bus laissent parfois monter les usagers sans payer (30% des voyageurs
frauderaient, chiffre en hausse). C'est compréhensible: en plus de devoir contenir les mécontents, les chauffeurs sont déçus par le Transantiago, notamment parce qu'ils n'ont pas obtenu les
avantages qu'ils espéraient (meilleurs salaires, horaires de travail moins exténuants) et parce que certains de leurs collègues ont perdu leur emploi. De plus, leur salaire ne dépend pas de ce
que paient les usagers, et ils considèrent qu'ils sont là pour conduire, pas pour faire la police.
Mais c'est un cercle vicieux, puisque les chauffeurs incitent ainsi leurs employeurs à réduire encore la voilure: il
semblerait que le Transantiago ne soit pas rentable, et que la plupart des entreprises de bus soient déficitaires. Donc rien ne les pousse à faire des efforts, à moins que le
gouvernement ne mette la main à la poche. Ce qu'il fait, non sans mal.
Bref, tout va mal, si bien que l'ex-président centriste Eduardo Frei, devenu sénateur, propose de nationaliser le Transantiago. Si son idée était
acceptée, ce serait une petite révolution. Le Chili n'a sans doute pas connu de mesure autant "de gauche" dans sa politique économique depuis
Allende. Et pourtant, Frei n'est pas un gauchiste, il aurait plutôt tendance à favoriser le privé. Alors pour qu'il en arrive à dire ça, pour qu'une partie de l'opposition de droite accepte de
voter une augmentation des crédits publics pour le Transantiago, c'est bien la preuve qu'il y a un vrai problème.
Par @tom
-
Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
2
Mercredi 20 juin 2007
3
20
/06
/Juin
/2007
20:59
Je somnolais tranquillement dans le bus, quand soudain, un coup de frein, des bruits de voix m’ont tiré de ma torpeur: notre bus a dû s’arrêter au
milieu de la route et faire demi-tour: un camion a roulé dans le fossé et pris feu. Evidemment, on est tous curieux dans ces cas-là, donc tous les
passagers du bus se tortillent le cou pour apercevoir la colonne de fumée au loin. Normal. Mais quelques-uns dégainent leur appareil photo pour immortaliser le sinistre événement, c’est-à-dire un
nuage de fumée dans le lointain.
Quel intérêt? Quel instinct morbide les pousse à prendre ce genre de photo (dont la qualité oscillera d’ailleurs entre mauvaise et nulle)? Moi ça me met en rogne. Peut-être avaient-ils
l’intention de filmer l’incendie et mettre les images sur YouTioube, c’est très tendance.
Il y a quelques semaines, deux imbéciles ont ainsi mis en ligne une vidéo les montrant à bord d’une auto, fonçant à 280 à l'heure sur une autoroute
de Santiago. Evidemment, la police les recherche. Un jour, j’en suis persuadé, on ira jusqu’à filmer un meurtre juste pour diffuser la vidéo sur YouTioube. Sur Internet, la connerie n’a pas de
limites.
Par @tom
-
Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
8
Samedi 16 juin 2007
6
16
/06
/Juin
/2007
16:04
Le Chili est fier comme artaban: dans moins d’un mois, l’île de Pâques (Rapa Nui en maori) pourrait devenir l’une des sept nouvelles merveilles du monde. La présidente elle-même a appelé les Chiliens à voter en
faveur des énigmatiques statues, et le gouvernement a ouvert un site Internet pour récolter les voix.
Mais c’est de la pure hypocrisie. Rapa nui, l’île la plus isolée du monde (la plus proche
terre habitée, l’île Pitcairn, est à quelque 2.000 kilomètres), a toujours été la cinquième roue du carosse chilien, oubliée des politiques, sans infrastructures satisfaisantes... Ses habitants,
de culture polynésienne, ne se sentent pas chiliens, et pour les Chiliens du continent, l’île importe autant que le souvenir de leur première chemise. Jusque dans les années 60, le gouvernement
utilisait Rapa Nui comme un bastion de l’armée, et ses habitants étaient relégués dans un endroit délimité de l’île.
Mais il y a ce concours, et les fameuses statues de l’île de Pâques qui sont en ballotage pour faire partie des sept nouvelles merveilles.
Soudain, les Chiliens du continent se rappellent que Rapa Nui (dont les habitants primitifs ont failli disparaître ravagés par les maladies apportées
par les colons) appartient à leur pays (comme ils se l’étaient rappelé en 1995, quand l’île avait été classée au patrimoine mondial de l’Humanité).
Il faut dire que le Chili n’a pas tant d’occasions de briller
mondialement. A part ses paysages magnifiques, son vin, ses tennismen (Rios, Gonzales, Massu), ses footballeurs (Zamorano et Salas), ses deux prix Nobel de littérature (Neruda et Gabriela
Mistral) et une ancienne miss Univers, le pays n’a pas grand-chose de clinquant à mettre en valeur.
Alors pour faire bonne figure, depuis quelques semaines, les médias nationaux s’intéressent un peu plus à la vie de l’île et ses 3.800
habitants. Et puis tiens, comme par hasard, on apprend cette semaine que Rapa Nui va obtenir un gouvernement régional (enfin!) et ne plus dépendre de la région de
Valparaiso, dont elle est éloignée de 3.700 petits kilomètres. C’est à peu près comme si la Guadeloupe dépendait politiquement du conseil régional
d’Aquitaine.
J’espère simplement qu’avec ce coup de projecteur, l’île de Pâques va enfin cesser d’être oubliée par le reste du pays, et de manière durable. Qu’elle soit choisie parmi les 7 merveilles ou non.
Par @tom
-
Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
7
Jeudi 14 juin 2007
4
14
/06
/Juin
/2007
16:25
Depuis hier, il pleut sur le Chili, en tous cas sur le sud et la région centrale (là où je me trouve). La pluie, ici,
est très différente de celle que nous connaissons en France. Oui, ce sont des gouttes d’eau qui tombent des nuages, évidemment! Mais la différence, c’est qu’ici, il ne pleut pas
pendant des mois, et que lorsque les nuages arrivent, ils se déversent plusieurs jours d’affilée (là, par exemple, on attend 40 mm en deux jours). Les nuages, depuis la côte Pacifique, on les
voit de loin, ils sont immenses et compacts, et avancent lentement vers les terres. On a le temps de se préparer à l’arrivée de la pluie. Pas comme chez nous, où les petites averses arrivent
souvent sans prévenir, où il pleut rarement sans discontinuer plusieurs jours durant.
La pluie, ici, est à la fois attendue et crainte. Un peu comme la mousson en Inde (mais moins). Attendue, parce qu’ici, il ne pleut pratiquement pas
entre décembre et avril, et cette année en particulier, les précipitations ne se sont pas précipitées pour arriver. Et que le Chili, pays agricole, a besoin de l’eau de pluie. Crainte, parce
qu’elle provoque presque toujours inondations, torrents de boue, accidents… Sur les collines de Valparaiso, elle ruisselle, dévale, jusqu'à faire effondrer les maisons les plus fragiles.
Et puis dans quelques jours, peut-être même demain, la pluie va s’en aller, laissant un ciel bleu et immaculé sécher les sols détrempés. Jusqu’à la prochaine vague de nuages. La pluie chilienne
est à l’image des Chiliens: elle prend son temps.
Par @tom
-
Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
7