Lundi 4 juin 2007
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23:01
La justice est parfois criante d’injustice. Ici au Chili, elle a tendance à être trop rigide. Le pauvre maire de Valparaiso l’a appris à ses dépends.
Explication.
La nuit du 31 décembre 2000, juste après le traditionnel feu d’artifice du Nouvel An , une passerelle piétonne s’est effondrée sur
la route sous le poids de trop nombreux passants, faisant plusieurs morts et des dizaines de blessés. La municipalité de Valparaiso a été, fort
logiquement, désignée responsable de l’accident et condamnée à indemniser les victimes et leurs familles. Mais voilà, la ville n’est pas riche, et n’a pas pu jusqu’ici s’acquitter de sa dette,
qui s’élève à plusieurs centaines de milliers d’euros.
Aujourd’hui, les avocats exigent le paiement de la municipalité, sous peine de poursuites judiciaires. Mais le maire Aldo Cornejo l’a dit, il ne peut pas payer. La ville pourrait, certes,
emprunter, mais les taux d’intérêts sont tellement exhorbitants que le conseil municipal se refuse à cette solution, qui ne ferait qu’endetter une
municipalité déjà pauvre.
Aldo Cornejo a supplié les avocats d’attendre un peu, que la ville concrétise la vente, prévue de longue date, d’un parc municipal. Alors la municipalité pourra payer les indemnités. Mais il y a
des manœuvres politiques sous cette affaire, et il semblerait que les avocats soient bien décidé à ne pas transiger, et faire tomber la tête du maire socialiste. Et c’est facile, car la justice chilienne est parfois aveugle: si personne ne peut payer, il lui faut un coupable, un point c’est tout.
Bilan des courses: Aldo Cornejo risque d’aller en prison. Pour une faute qu’il n’a pas commise, un accident qui s’est déroulé alors qu’il n’était pas
encore élu. C’est tout à son honneur de maire de préférer prendre ce risque-là plutôt que céder à la tentation de l’emprunt, et plonger dans le rouge les finances de sa ville. Alors monsieur
Cornejo, je vous tire mon chapeau, et si l’on vous met en prison, vous pouvez compter sur moi (et quelques amis) pour animer un comité de soutien et vous faire sortir de ce mauvais
pas.
Par @tom
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Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
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Jeudi 31 mai 2007
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15:49
Le Chili a beau connaître la stabilité politique depuis 17 ans, avec un régime démocratique, la conduite des affaires du pays pêche encore par
jeunesse, et parfois aussi à cause des pays voisins. Outre la gestion catastrophique du
Transantiago, les exemples ne manquent pas.
Il fait froid depuis quelques jours en Amérique du Sud. Inhabituellement froid: depuis dimanche, plusieurs centaines de personnes sont mortes de froid à Buenos Aires. Et au Chili, on craint la
pénurie de gaz: le pays dépend énergétiquement de ses voisins, et l’Argentine, son unique fournisseur de gaz naturel, a coupé les vivres pendant 48 heures en raison de la vague de froid. Et là,
y'a pas de plan B: y'a plus de gaz. Mais avant, c’était pire: comme le Chili, par sa réussite économique, fait des jaloux, il est arrivé par le passé que l’Argentine refuse de lui vendre du gaz
juste pour embêter les dirigeants chiliens.
Autre exemple: dans le quartier de la Pintana, à Santiago, on construit une nouvelle autoroute. Et on a installé des murs anti-bruit provisoires en bois, pour protéger les maisons des nuisances
du chantier. Sauf que les murs, haut de plusieurs mètres, ont été montés à moins d’un mètre des maisons, et que les habitants sont obligés de
circuler dans ces corridors sombres, qui deviennent de vrais coupe-gorges. Certains ne peuvent même pas entrer chez eux par la porte principale.
Bon j’arrête de faire mon Julien Courbet. Pour finir je voudrais parler des New 7 wonders. J’en ai fait la pub il y a quelques mois sur ce site. Je trouvais sympa l’idée de dépoussiérer ce classement des sept merveilles du monde,
qui n’a pas bougé depuis l’antiquité. En France, on n’en parle pas beaucoup apparemment. On est méfiant. D’abord, parce qu’il ne s’agit pas d’une initiative de l’Unesco, mais d’un milliardaire
suisse, Bernard Weber. Ensuite, parce que le site met en vente des pin’s, des voyages pour découvrir les merveilles en compétition: ça sent la bonne opération
commerciale.
Mais au Chili, on est beaucoup plus enthousiaste: pensez donc, les statues de l’île de Pâques sont en ballotage pour être choisies parmi les 7 premières. Alors les
médias en parlent, incitent la population à voter par internet. Pour le pays, ce serait un joli coup de pub! Mais j’ai vu hier à la télé une pub pour voter par SMS (avec un numéro
surtaxé évidemment) pour l’île de Pâques. Là, ça sent vraiment l’arnaque: comment ces votes par SMS, proposés par une entreprise chilienne, vont-ils être comptabilisés par le site Internet? C’est
fou ce qu’on peut nous en mettre plein les yeux avec des merveilles. Et s’en mettre plein les poches. Mais j’ai quand même voté sur Internet. Après tout, c’est gratuit.
Par @tom
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Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
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Mardi 22 mai 2007
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18:46
Depuis quelques semaines, on voit les drapeaux chiliens fleurir un peu partout dans les rues et dans les campagnes. Mai, c’est le mois de la Mer, avec
pour point d’orgue la commémoration du 21 de Mayo 1881, la plus grande victoire navale du Chili, la bataille d’Iquique. C’est une chose curieuse d’ailleurs: alors que le peuple chilien est un
assemblage disparate de colons espagnols, d’indiens, d’immigrés allemands, français, croates, italiens, anglais, portugais… alors que les Chiliens sont toujours prompts à critiquer leur pays et
leurs dirigeants, ils sont fiers de leur Chili, de leur patrie. Malgré toutes leurs différences, ils retrouvent derrière leur bannière une certaine
identité commune.
Pourquoi je vous parle de cela? Parce que depuis quelques mois on nous bassine avec l’identité française chère à Nicolas Sarkozy, et que ce que
je vois ici, dans ce pays aux multiples racines, me montre qu’une identité commune peut se construire dans la mixité. Certes, on ne se mélange pas
beaucoup, il n’y a pas d’ascenseur social au Chili, et les descendants d’allemands, croates, français ou anglais forment l’essentiel de la «haute société». Mais ici, pas de haines ni de
communautarisme malsain (même s’il existe encore certaines formes de ségrégation, j’en reparlerai). Tout le monde se sent chilien, pour le meilleur et pour le pire.
Mais il ne faut pas se fier qu’aux apparences. Au Chili, le gouvernement incite au pratiotisme, ce n’est pas un sentiment naturel pour tout le monde. Par exemple, pour le 18 Septembre (fête
nationale chilienne), les bannières et drapeaux fleurissent de nouveau au devant des maisons. Mais c’est parce que les propriétaires qui ne mettent pas de drapeau risquent une amende d’une centaine d’euros…
***
Mai, c’est aussi le mois de la fête des mères. Ici, ça a une toute autre valeur qu’en France. La famille, c’est sacré. La télé nationale se fend de spots spéciaux pour les mamans (idem en juin
pour les papas). Pendant deux semaines, les écrans pub ne parlent que de ça: les cadeaux pour maman, puis pour papa. Les émissions de télé aussi. Et la veille du jour fatidique, les grands magasins ouvrent spécialement jusqu’à 23 heures ou minuit. En
France, y’a qu’à Noel qu’on voit ça.
La famille, c’est sacré. Du moins en apparence. Parce que dans les faits, je n’ai pas le sentiment que les familles soient beaucoup plus unies que chez nous. Le Chili, isolé géographiquement,
s’est développé de manière très conservatrice. Et aujourd’hui, 17 ans après la fin de la dictature, un vent de liberté souffle de la jeunesse
chilienne, mettant à mal quelques valeurs traditionnelles, comme la patrie et la famille.
Par @tom
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Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
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Samedi 12 mai 2007
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18:43
Au Chili, on perce les oreilles des petites filles dès la naissance, à l'hôpital. D'office, comme ça, on affuble les
nouvelles-nées de petites boucles. On peut y voir un côté pratique, pour éviter d'aller faire faire les deux petits trous plus tard, quand la petite fille grandit. J'y vois une coutume machiste, qui fait entrer le port de boucles d'oreilles comme un ornement obligatoire dans la vie de toutes les femmes: si on leur appose
dès la naissance, il est tout naturel qu'elles considèrent durant tout le reste de leur existence que les boucles d'oreilles font quasiment partie d'elles-mêmes.
Pour moi, c'est comme la circoncision ou le baptême, ce sont des choses que l'on devrait pouvoir choisir quand on est plus grand, et conscient des
choses. Certes, on peut toujours décider d'arrêter, plus tard, de porter des boucles d'oreilles, et les trous se rebouchent. Mais comme c'est intégré depuis la naissance, qui songerait à s'en
débarrasser?
PS: Pardon, ce texte est très court, mais Internet a planté toute la journée ici.
PS 2: Je n'ai rien contre les boucles d'oreilles!
Par @tom
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Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
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Mercredi 9 mai 2007
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20:57
Au Chili, on ne rigole plus avec la cigarette et l’alcool. Le ministère de la Santé avait commencé par imposer aux cigaretiers de mentionner sur les
paquets que fumer est dangereux pour la santé. Puis les parasols et les chaises de terrasse des bars ont dû le mentionner aussi. Et depuis quelques mois, il est interdit de fumer dans les lieux
publics ouverts. Ce qui fait qu'un bar avec terrasse n’a théoriquement plus le droit d’accueillir des fumeurs.
Surtout, il y a eu une campagne télé polémique où l’on montrait en plan rapproché le visage d’un vieil homme, opéré du cancer du larynx à cause de la cigarette. Son trou dans la gorge (une
trachéotomie, ça s'appelle), son appareil qui lui permet de respirer et de s’exprimer tant bien que mal avec une voix de robot d’outre-tombe, ont marqué les esprits. Eh bien le ministère de la
Santé en remet une couche: désormais, la photo du vieil homme à la gorge percée est en gros sur tous les paquets de cigarette. Sur un côté, il est
écrit en majuscules grasses que fumer tue, sur l’autre, la liste des produits les plus nocifs et leurs effets sur l’organisme. Il paraît que c’est efficace: la consommation serait en légère
baisse…
Pour l’alcool, la législation est tout aussi rigide. Depuis l’an dernier, l’entrée des cafés qui servent de l’alcool est interdite aux moins de 18 ans, même
accompagnés par des adultes. Ce qui veut dire que si une famille veut aller prendre le goûter en ville, impossible pour papa de boire une bière pour accompagner sa part de
cake.
Pour l’instant, il n’y a pas de chiffres officiels (à ma connaissance) sur la consommation d’alcool depuis cette nouvelle loi. Mais on se doute que ça a une influence sur le chiffre d’affaires
des cafés: soit ils perdent des clients parce qu’ils interdisent l’entrée aux plus jeunes, soit ils perdent des clients parce qu’ils ne vendent plus d’alcool. Moi je pense que si personne n’a
proclamé de chiffres officiels, c’est parce que si les ventes ont baissé dans les bars, alors elles ont probablement augmenté au supermarché: si on
ne peut plus boire dans les cafés, allons boire ailleurs! Dans la rue, par exemple. Il fait pas trop froid et on entend la musique des bars
Par @tom
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Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
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