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La France vue d'ailleurs

Dimanche 9 septembre 2007 7 09 /09 /Sep /2007 00:14

Voici ce qui avait occasionné, entre autres, ma colère d'hier; Je suis allé voir récemment, quand Caro était avec moi en France, "2 days in Paris", de et avec Julie Delpy. Une petite comédie romantique à la Woody Allen, qui joue sue le déracinement et le choc des cultures états-unienne et française. Et tous les deux avons bien aimé ce film, notamment pour le regard acéré qu'il porte sur les Français, et aussi, dans une moindre mesure, sur les Américains.

Mais voilà, en surfant sur des forums qui parlent du film, je me suis rendu compte que les avis sont très contrastés, entre ceux qui s'insurgent qu'une Française expatriée depuis quinze ans puisse juger avec autant de coups de griffes la société parisienne, et ceux qui trouvent, après tout, que ces critiques sont bienvenues et bien vues. J'aurais tendance à dire que d'un côté, il y a les Français arrogants imbus d'eux-mêmes qui ne mettent jamais un orteil hors de l'Hexagone (sauf pour partir en vacances au Club Merde); et de l'autre, ceux qui, plus humbles, plus éclairés, ont une vision plus ouverte, sans doute parce qu'ils connaissent d'autres pays, d'autres cultures.

Bon c'est un peu caricatural ce que je dis, mais j'ai envie de vousconvaincre. Voilà un extrait de critique assez assassine sur le film:

"Entre autobiographie, petits désordres amoureux woodyallenisés et portrait vitriolé et cliché de notre beau pays tout vire à une caricature systématique et limite condescendante (...) Elle n’hésite pas à poser d’emblée un regard profondément caricatural sur la France. C’est le principe, 2 Days in Paris se veut entre autres un portrait grossier, voire outrancier, presque délirant de tout ce qui nous rend si différents des Américains. La France de 2 Days in Paris est donc un festival de clichés qui ne cessent de se succéder sans demi-mesure. Chaque personnage est un obsédé du cul, tous les taxis parisiens sont des cons finis, des types super lourds qui vous draguent, des fachos racistes à mort (...). Tous les proches de Delpy sont des artistes à deux balles, genre poète balourd ou plasticien débile, ou des demeurés (...). Personne n’est capable ou presque d’articuler deux mots d’anglais, le marché c’est l’abattoir, notre connexion Internet date du 56k, les bourgeois sont des néo-colonialistes pédophiles en puissance et bien sûr l’hygiène laisse à désirer. Bref, Paris c’est l’enfer."

D'abord, il faut être borné pour ne pas se rendre compte que les caricatures sont volontairement exagérées. Et diablement fermé et susceptible pour ne pas (vouloir) voir ce qu'elles critiquent. Car tout cliché est fondé sur une part de vérité, et il faut parfois exagérer cette vérité pour la rendre bien visible. C'est ce que fait Julie Delpy. Et elle a bien raison. Je reconnais que cette histoire de "bourgeois néo-colonialiste pédophile" est assez maladroite dans le film, et les personnages chauffeurs de taxis
et d'artistes demeurés un peu trop exagérés. Mais pour le reste, c'est très drôle et finement observé. Et pour les anglophones, c'est un régal de comprendre les subtilités, les jeux de mots et les quiproquos.

Bref, si vous voulez vous faire une opinion, allez le voir (s'il passe encore quelque part) ou attendez le DVD, vous me direz ce que vous en pensez.

Par @tom - Publié dans : La France vue d'ailleurs
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Vendredi 7 septembre 2007 5 07 /09 /Sep /2007 22:32
C'est légèrement remonté que j'écris ces lignes. Remonté contre l'arrogance, la suffisance et le cynisme (au choix, ou les trois à la fois) de bon nombre de mes congénères franco-français. On m'avait pourtant dit, quand je n'étais moi-même qu'un petit Français en Erasmus, que les Français étaient froids et arrogants et peu accueillants. Moi je rigolais, je disais que non, que c'est un cliché, que c'est juste les Parisiens qui pestent dans le métro contre les touristes qui les ralentissent.

Et bien non, ce n'est pas qu'un cliché. Ne vous en déplaise, messieurs et mesdames mes concitoyens, une part non négligeable d'entre vous est assez désagréable, négative, stressée, malpolie, cynique, arrogante, méprisante, carapaçonnée dans ses certitudes pourtant souvent fausses... et par dessus tout, sourde aux critiques. Non, pire: les Français entendent la critique, mais la rejettent en critiquant à leur tour. Surtout si ça vient de l'extérieur. Il n'y a que les Français qui sont suffisamment supérieurs pour pouvoir donner des leçons!

Oui, je vous l'ai dit, je suis un peu énervé, là! Mais c'est que j'ai des exemples. Prenez un truc tout bête: l'accent. L'autre jour, je vais dans un bar à tapas de Bordeaux avec des collègues. On commande tous des tapas, avec des noms en espagnol. Et quand vient mon tour, je me fais railler parce que je prononce avec l'accent! Dans le même genre, vous avez remarqué, aussi, qu'à chaque que l'on entend un mot étranger à la radio ou à la télé, les journalistes le francisent, ou plutôt le franchouillardisent? Comme s'ils n'étaient pas capables (enfin, certains...) de le prononcer correctement? Ben non. Et on y est tellement habitué que le jour où quelqu'un prononce avec l'accent, ça nous choque presque les oreilles!

Il y a aussi cela: les Français, soit par fierté, soit par honte, font un blocage lorsqu'il s'agit de s'exprimer dans la langue de Shakespeare, Goethe, Neruda ou Rakham le rouge. J'ai constaté ça à de nombreuses reprises avec Caro, qui ne parle que très peu français. Moi, sachant que je me trouvais avec des gens qui parlaient (au moins un peu) anglais, je leur ai demandé de faire un effort. Et bien il n'y a pratiquement que ma cousine, qui pourtant baragouine l'english comme une vache castillane victime de l'encéphalopathie spongiforme (pardon si tu me lis, c'était pour l'image), qui a osé se lancer. Alors qu'est-ce que c'est? De la fierté mal placée? Oh, j'ai bien senti que certains pensaient tout bas que Caro devrait faire un effort et parler français comme moi j'ai appris l'espagnol. C'est pas si simple! Et c'est une réflexion bien pratique pour qui veut éviter de devoir changer d'idiome quelques instants.

Et puis surtout, il m'est revenu comme un boomerang certaines critiques que j'ai émises depuis mon retour en France. Et j'en conclus la chose suivante: L'expatrié a le droit de faire rêver en parlant des paysages superbes et de la culture du pays où il réside, ses amis et lecteurs franco-français vont s'ébaubir. L'expatrié peut faire la critique de la politique du pays où il réside, ses amis et lecteurs franco-français vont dire que c'est intéressant. Mais l'expatrié de passage en France, dans son berceau, ne peut plus se permettre de le critiquer en le comparant au pays où il réside. "Retourne là où tu étais si t'es pas content", lui dit-on en substance. C'est bizarre, ça me rappelle furieusement "la France, on l'aime ou on la quitte". Et puis ça sent un peu le discours raciste, ça, non? Vous n'avez qu'à remplacer le mot "expatrié" par le mot "immigré": "Retourne d'où tu viens, l'immigré".



Après avoir lu tout ça, vous devez penser que je suis bien français aussi, critique, négatif et un peu amer. Ben oui, on se refait pas! J'ai beau être parti au Chili, j'ai quand même la France dans les gènes. Et des fois, ça me gène. Je voulais aussi vous parler, en lien avec tout ça, de "Two days in Paris", le film de Julie Delpy. Mais ce sera pour demain. A moins que je ne regrette d'avoir écrit tout ce qui précède, sous le coup de l'énervement. On verra.
Par @tom - Publié dans : La France vue d'ailleurs
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Lundi 3 septembre 2007 1 03 /09 /Sep /2007 23:57
Ils tourmentent ma mémoire
Ces souvenirs familiers
Je revois les journées noires
Lorsque j'étais écolier
Un calvaire que cette école
C’était un chemin de croix
Des violences sans paroles
Car j’étais d’une autre foi

 

 

Dure France
Noir pays de mon enfance
Percée de tellement d’offenses
Que j’ai gardées dans mon cœur!
Mon village
De HLM-sarcophages
Où les enfants de mon âge
Ont partagé mon malheur
Oui je te hais
Tout entier tu m’as déchiré
Oui je te hais
Dans la peur ou la douleur
Dure France
Noir pays de mon enfance
Percée d’horribles souffrances
Que j’ai gardées dans mon cœur!

 

Je n'ai eu pour paysages
Que des nuages ombrageux
Au cours de profonds drogages
Oublier ces tristes cieux
Mais je n’ai pu m’en défaire
Du ciel gris mon horizon
Ma grande barre ma souricière
Mon ghetto et ma prison.

***

Ce texte-là m'est venu subitement, alors que je me demandais ce que cela faisait d'être immigré, déraciné, pauvre et sans repères dans la jungle périurbaine. J'ai dû penser insconsciemment à Rachid Taha et Carte de séjour. Ci-dessous, le texte de la chanson originale de Trenet.

***

Il revient à ma mémoire
Des souvenirs familiers
Je revois ma blouse noire
Lorsque j'étais écolier
Sur le chemin de l'école
Je chantais à pleine voix
Des romances sans paroles
Vieilles chansons d'autrefois

 

Douce France
Cher pays de mon enfance
Bercée de tendre insouciance
Je t'ai gardée dans mon cœur!
Mon village
Au clocher aux maisons sages
Où les enfants de mon âge
Ont partagé mon bonheur
Oui je t'aime
Et je te donne ce poème
Oui je t'aime
Dans la joie ou la douleur
Douce France
Cher pays de mon enfance
Bercée de tendre insouciance
Je t'ai gardée dans mon cœur

 

J'ai connu des paysages
Et des soleils merveilleux
Au cours de lointains voyages
Tout là-bas sous d'autres cieux
Mais combien je leur préfère
Mon ciel bleu mon horizon
Ma grande route et ma rivière
Ma prairie et ma maison.
Par @tom - Publié dans : La France vue d'ailleurs
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Samedi 1 septembre 2007 6 01 /09 /Sep /2007 23:26
Aujourd'hui 1er septembre, ça sent la rentrée. C'est toujours un peu déprimant, le 1er septembre, non? Psychologiquement, ça sonne la fin de l'été, du farniente, et la reprise des emmerdements. Mais cette fois, pas tant que ça (en tout cas pour moi): j'ai fini mon contrat hier et je suis bien content d'être de nouveau en vacances. Je vais de nouveau avoir du temps pour ce blog, et dans quinze jours, je serai de retour au Chili! Passons, ce n'est pas le plus intéressant. Ca vient, ça vient!


Cela fait deux mois que je suis en France, et je dois vous dire que j'ai trouvé le pays en moins bel état que quand je l'avais quitté, en septembre 2006. D'abord, il y a cette ambiance parfois bizarre dans les soirées, quand on se met à parler politique. Les échanges sont beaucoup plus vifs, plus passionnés, les discussions beaucoup plus houleuses qu'avant. L'arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir a rendu les Français plus agressifs, je trouve. Moi-même je me suis fait récemment prendre à parti dans la rue, un soir, pour une raison que j'ignore.

Et puis il y a cette façon qu'a notre nouveau président de s'accaparer les médias. Et de mettre sa Cécilia en avant. Il voudrait tellement ressembler au couple Kennedy, voire aux Clinton - ah non, mince, cette fois c'est l'homme qui s'est fait cocufier! Il y a tellement de battage médiatique autour de lui que même les critiques sont bonnes à prendre, pourvu que ça fasse parler de notre Iznogoud devenu calife à la place du calife. Et pourquoi accepte-t-il les critiques? Parce que ça permet de dire: "vous voyez bien qu'on ne musèle pas la presse: on la laisse critiquer". Le livre de Yasmina Reza est, parait-il, assez sanglant, mais il ne va sans doute convaincre que les convaincus. Et il suffit d'aller de jeter un oeil aux têtes de rayon des librairies pour se rendre compte que la grande majorité des ouvrages sur Nicolas Sarkozy sont positif pour lui. Et tant que les critiques sont moins nombreuses que les louanges, tout va bien pour le chef de l'Etat d'urgence.

L'Etat d'urgence, il ne l'a certes pas décrété, mais je crois que ça lui plait bien à notre Iznogoud devenu calife. J'ai la sensation que depuis qu'il est arrivé au pouvoir, il aime à donner un tour dramatique, parfois palpitant aux événements. Ca se voit à la télé, avec la place démesurée accordée aux faits divers, mais aussi la multiplication des émissions de soi-disant reportage qui suivent complaisamment les policiers, caméra à l'épaule. Quand j'ai quitté la France, on ne voyait ça que sur TF1, maintenant, c'est sur toutes les chaînes! Ajoutez à cela l'abondance de séries policières, et vous comprendez pourquoi je trouve que la télé française a petit un air d'organe de propagande du ministère de l'Intérieur. Notre Iznogoud, j'en suis persuadé, aime à tenir son peuple en haleine, mais une haleine craintive, inquiète. C'est le même stratagème qu'avait utilisé l'administration Bush pour maintenir son pays en état d'alerte. Et faire passer un train de lois sur la sécurité intérieure parfois liberticides. Mais c'était pour rassurer les inquiétudes du bon peuple...

Ce que je dis là, c'est une impression que j'ai, elle vaut ce qu'elle vaut. Sauf que c'est quand même inquiétant que j'ai cette impression-là alors que c'est la fin de l'été, qu'il ne se passe pas grand-chose sur le plan politique.  Je pense vraiment que les tensions vont monter avec la rentrée. On verra...
Par @tom - Publié dans : La France vue d'ailleurs
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Lundi 6 août 2007 1 06 /08 /Août /2007 18:45
Il y avait déjà les péages automatiques sur les autoroutes, les stations-service automatiques avec leurs irritantes voix électroniques (c'est très agaçant de se trouver sur une place déserte en pleine nuit, dans des lieux pas toujours très sûr, à prendre de l'essence, et d'avoir cette voix réglée pour les sourds du pot d'échappement qui résonne dans la station: "Vous pouvez composer votre code". Super pour passer inaperçu!) Mais je viens de découvrir pire: les caissières automatiques au supermarché: vous passez vous-mêmes les codes-barres de vos articles sur la bande infra-rouge, et c'est fait!

Dans la supérette que je fréquente désormais à Bordeaux (oui, pour ceux qui n'ont pas suivi, je suis en France jusqu'à fin septembre), sur les six caisses, quatre sont désormais automatiques. Il n'y a plus que deux caissières "humaines". Bientôt, les seuls individus de chair et d'os qui resteront là, ce sont les vigiles de la sécurité, leurs gros bras et leur mine patibulaire. Ca ne remplacera jamais une caissière. Même la vieille moche lente et désagréable qui marmonne à peine bonjour entre ses dents. Parce que le vigile, lui, quand il parle, c'est pas pour vous dire bonjour.

Alors je crie stop! halte à la déshumanisation! Je pense à tous ces gens qui n'ont pas de vie sociale, pour lesquels un bonjour et un sourire de caissière est déjà beaucoup. Je pense à toutes les personnes âgées qui ne parviennent pas (et ne veulent pas, d'ailleurs) se familiariser avec les nouvelles technologiques et tous ces machins électroniques qui sont pas de leur époque. Je pense, surtout, à tous ces gens qui, remplacés par des machines, vont aller pointer à l'ANPE.

Oh certes ce n'est pas nouveau. Il y a bien longtemps déjà que les machines ont été les fossoyeurs du poinçonneur des Lilas, et de tant d'autres. Mais cette fois, il y a une dimension supplémentaire: la disparition progressive des rapports humains dans notre vie quotidienne. Déjà, les rapports virtuels (SMS, chats, forums sur Internet... enfin là je ne vous apprend rien) ont un peu pris le pas sur l'humain. Mais si en plus on robotise absolument tout... Comme si l'on voulait nous forger une société déshumanisée, où les hommes seraient de moins en moins enclins à se retrouver entre eux, et par extension deviendraient peu à peu incapables de se fédérer, de se rassembler, laissant les mains libres à des dirigeants pas toujours scrupuleux.

Alors oui, certes, les machines vont plus vite que l'homme. Alors c'est tentant (surtout les stations-services automatiques où le carburant est moins cher!). Mais quand vous n'êtes pas pressés (si si ça arrive!), s'il-vous-plaît, prenez le temps de faire la queue à la caisse "humaine". C'est un petit effort, et un acte civique. Merci.
Par @tom - Publié dans : La France vue d'ailleurs
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