2005. Une grande année. Belle, enrichissante, inoubliable. Une année Erasmus. Je suis
parti en Allemagne célibataire, et je dois bien avouer que je pensais me trouver «une petite Tchèque» là-bas. Ce que je peux être con des fois! J’y ai trouvé une Chilienne adorable, qui allait
changer le cours de vie.
L’idée était, évidemment, de progresser en allemand, et aussi, évidemment, de faire la fête, rencontrer des gens, visiter... De ce côté-là j’ai été servi. Par contre, pour la langue… je me suis
retrouvé en colocation avec un Belge francophone, un Rwandais francophone (dont l’histoire vaut la peine d’être contée, mais pas ici) et un Bulgare. Vous allez me dire, «ah, au moins avec lui, il
pouvait parler allemand». Ben non. Le Bulgare était rien-du-tout-phone. En cinq mois de coexistence, je n’ai pas pu tirer de lui autre chose qu’un
«hallôô» forcé, comme s’il parlait avec un yaourt entier (bulgare, évidemment) dans la bouche. Asocial le garçon. En plus, la majorité des étudiants Erasmus étaient anglophones ou francophones.
Bon, au moins, j’ai progressé en anglais. De toutes façons, l’allemand, j’en ai oublié la moitié depuis que je suis au Chili et que je parle espagnol tous les jours.
Erasmus, c’est l’insouciance, une paranthèse enchantée. Un semestre sans avoir de comptes à rendre à personne, la liberté quoi. Erasmus, c’est faire
des choses qu’on aurait pas pu ni osé faire chez soi, la faute aux contraintes sociales. Et puis si on se fait réprimander, «euh, je suis pas allemand, je savais pas…» J’ai lu quelque part
qu’Erasmus avait été créé dans le but de rapprocher les futures élites européennes. Si on entendait par «rapprocher» faire la nouba et boire de la bière, c’est très réussi! Vivant comme en
communauté en pays étranger, on avait la sensation d’être en vacances prolongées en Allemagne, pas vraiment d’y vivre.
Et pourtant! Dortmund, Ruhrgebiet, Nord-Rhein Westfallen, Deutschland. L’endroit ne fait pas rêver, à part peut-être les amateurs de foot. Par rapport à mes collègues qui allaient en Angleterre
ou en Andalousie, Dortmund, ça faisait même un peu looser. Dortmund, peut-être, mais Nuremberg l'historique, la vallée du Rhin, Berlin la fascinante, le luxueux palais de Sans-Souci à Potsdam,
Bruxelles la cosmopolite, Bruges la belle carte postale, Amsterdam l’enchanteresse…? Tous ces lieux je les ai visités, ils m’ont donné le goût du
voyage. Ca c'est inestimable.
Retour des carnets chiliens! Bon je sais on est mi-mai, mais j'avais oublié ces notes écrites en avril (je sais, je sais, c'est le bazar dans mon
ordinateur...). Quelques tranches de vie...
Avril au Chili, ce devrait être l’équivalent d’octobre en France. En fait ça n’a rien à voir: il fait presque toujours entre 15 et 25°,
il y a du soleil quasiment tous les jours. On pourrait presque aller à la plage. D’ailleurs, c’est ce qu’on fait: on profite d’une belle
journée pour aller se promener à Renaca, où il y a encore quelques baigneurs.
J’accompagne parfois Caro à l’université (c'est d'ailleurs comme ça que j'ai rencontré un de ses profs qui est aussi journaliste et qui m'a invité à la télé sans même me connaître... tout marche
comme ça ici, par connaissances). Si les bâtiments et les équipements sont un peu vieillots, en revanche, le système de communication profs-élèves est super
moderne. Chaque enseignant a sa page web sur laquelle sont inscrits les notes des exams, les infos importantes, et les élèves ont l’adresse email de chaque prof, parfois même leur
adresse MSN. La France, aveuglée dans son aura d’excellence universitaire, devrait en prendre de la graine. Ceci dit, les universités chiliennes sont toutes privées (et donc chères), et leur
qualité est très inégale.
***
Le samedi chez les parents de Caro, c’est pisco sour (le cocktail national, délicieux!) et bonne bouffe. Bonne et abondante. Faut vraiment que je
fasse gaffe avec ma ligne. La mère de Caro a du mal à le comprendre, ça la vexe si je ne mange pas de tout. Alors il faut jongler… Du coup, je me suis acheté des (petits) poids (pas pour jongler,
hein!), et je fais des pompes tous les jours. Mais c’est pas suffisant.
(Note à moi-même: Faudra tout de même que je parle un peu de la gastronomie locale, un jour…)
***
Caro tenait absolument à m’acheter un pyjama. Moi au départ j’ai refusé, j’ai toujours trouvé ça ringard et laid les pyjamas. Mais elle l’a mal pris,
arguant que j’étais trop nul de suivre la mode juste pour les apparences et pour pas avoir honte, et d’abord qui sait qui le saura que j’ai un pyjama? (bon, toi maintenant, lecteur, tu le sais!)
Alors bon, finalement, j’ai accepté. Et puis baste des apparences. Après tout un pyjama n’a rien de risible et dégradant, et puis dans le fonds qu’est-ce que ça peut faire si c’est ringard?
D’ailleurs, ce n’est ringard que si la personne qui le porte se sent mal à l’aise et ringarde.
Et si vous voulez voir mes pyjamas (oui parce que maintenant j’en ai plusieurs) je suis prêt à me prendre en photo avec! Suffit de demander! Après tout, je suis bien allé à l'école en pyjama...
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