Mardi 27 avril 2010
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C'est peut-être l'arbitrage le plus loué par les fans de foot chilien depuis le
Mondial 98 en France. Le gouvernement chilien envisage sérieusement de faire passer une loi autorisant le bon peuple à rester chez soi pour voir les matches de l'équipe nationale à la prochaine
Coupe du monde. Les étudiants pourraient sécher les cours durant les rencontres, tandis que les travailleurs pourraient prendre un break de 2 à 3 heures pour suivre les exploits des joueurs
chiliens.
Vu de France, ca pourrait ressembler à une mesure populiste pour faire monter en
flèche la popularité du gouvernement. Voire à une blague. Mais en réalité, c'est plus raisonnable qu'il n'y parait. La dernière fois que l'équipe nationale a participé à la Coupe du monde, en
1998, les taux d'absentéisme dans les écoles et au travail ont été énormes, les certificats médicaux ont bizarrement afflué pour des motifs parfois hasardeux, provocant des tensions au sein des
entreprises... au final, le pays s'est littéralement arrêté les jours de matches.
C'est pour éviter une telle léthargie que le gouvernement a choisi de légiférer et
accorder quelques heures de pause aux étudiants et travailleurs. Ainsi, espèrent les dirigeants, le pays ne se paralysera que quelques heures, au lieu de jours entiers.
Alors, le gouvernement-arbitre recueillera-t-il les suffrages ou les sifflets des
supporters? On le saura à la troisième mi-temps.
Par @tom
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Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
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Samedi 20 mars 2010
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03:34
Trois semaines déjà depuis que la terre a fortement tremblé au Chili. Trois semaines,
et de nombreux problèmes demeurent. Dans les zones désastrées, l'électricité et l'eau courante sont toujours coupées. Les habitants sont toujours logés sous des tentes, tandis que les premières
pluies automnales arrivent. Les licenciements pour cas de force majeure ont augmenté de 3000%. Et chaque jour, on découvre de nouveaux dégâts, de nouveaux drames.
Beaucoup ont perdu leur appartement, et faute d'avoir contracté une assurance, ils se retrouvent du jour au lendemain sans rien. Il y a bien une loi qui protège les propriétaires d'appartements
en cas de défaillance du building, mais les démarches sont longues et compliquées: jusque à dix ans pour obtenir justice et dédommagement, s'il est prouvé que le bâtiment n'a pas été construit
selon les normes antisismiques. Mais pour pouvoir le prouver, il faut faire une "autopsie" de l'édifice, ce qui coûte cher et prend des mois. Or tous les buildings gravement endommagés sont
promis à une démolition prochaine, empêchant toute étude. Bref, les propriétaires d'appartements désormais inhabitables auront du mal à faire valoir leurs droits et récupérer un logement, ou se
faire rembourser ce qu'ils ont payé aux promoteurs immobiliers peu scrupuleux.
Mais les Chiliens, tels les roseaux, plient mais ne rompt pas. Nombreux sont ceux qui ont tout perdu et ne se plaignent pas: au contraire, ils sont heureux d'être en vie et prêts à remonter la
pente. Voici le symbole de cette résilience, cette photo d'un homme qui, inspectant le cadavre de sa maison, brandit le drapeau national sorti des décombres.
Habitués aux coups durs, les Chiliens savent se relever des malheurs. Au bout d'un moment, ils finissent par en rire. L'humour chilien n'est pas spécialement fin, mais il est bien souvent
doux-amer. Autre symbole: jeudi dernier, lors de l'investiture officielle du nouveau président de la République devant le Parlement, une forte réplique a fait trembler l'édifice. Dehors, dans les
rues de Viña del Mar, la peur du tsunami a soufflé un vent de panique parmi les habitants, qui ont couru vers les collines. Mais Sebastian Piñera, en plein discours, n'a pas bronché. La cérémonie
a continué, défiant les éléments, tandis qu'alentours plusieurs bâtiments étaient évacués. Beaucoup y ont vu de mauvaises augures pour le nouveau chef d'Etat. J'y vois un symbole de la volonté
des Chiliens de rester debout et affronter le sinistre.
Comme si le séisme et ses répliques ne suffisaient pas, une panne d'électricité a coupé le courant à 90% du pays dimanche soir. La lumière est revenue assez vite, mais d'autres incidents comme
celui-ci, dû aux dégâts causés par les secousses, pourraient se reproduire. Il faut aussi réparer divers aqueducs, ce qui provoque des coupures d'eau courante prolongées (trois jours sans eau
chez moi: ca sentait le mouflon à la fin!)
Avec tout ca, dans les régions de Santiago et Valparaiso, affectées par le séisme mais pas trop grièvement touchées, les administrations sont assaillies par le public, qui a besoin de multiplier
les démarches administratives. Les macons, couvreurs, plombiers-zingueurs, vitriers, ouvriers et bricoleurs de tout poil peinent à satisfaire la demande. Les agences immobilières sont débordées.
Les écoles ont rouvert leurs portes, pour la plupart. Bref, l'activité a repris au quart de tour. Il en sera de même un peu plus au sud dans quelques semaines, au plus tard quelques mois. Et tout
devrait être totalement reconstruit d'ici deux ans, selon le gouvernement. On l'espère, en tout cas.
Par @tom
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Vendredi 19 mars 2010
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07:30
Les crises, les guerres, les catastrophes ont toujours fait le bonheur des
opportunistes. Le tremblement de terre au Chili ne fait pas exception à la règle.
D'abord, il y a eu, tout de suite après le séisme, les larrons qui ont dévalisé les magasins. Ensuite, les commercants des zones isolées qui ont triplé le prix de leur marchandise. Au bout de
quelques jours, les chaînes de grands magasins ont tour à tour lancé des campagnes publicitaires indiquant qu'une partie du montant de vos achats sera reversé aux régions dévastées. Les agents
immobiliers, croulant sous la demande, peuvent aussi faire monter les prix sans états d'âme.
Mais il y a encore plus cynique. Certaines entreprises ont profité du séisme pour dégraisser leur masse salariale. Il existe au Chili une loi qui autorise les licenciements sans préavis ni
compensation en cas de force majeure. Une loi qui s'applique, bien évidemment, à un tremblement de terre de cette magnitude. Durant les deux premières semaines de mars, plus de 6.000
licenciements pour cas de force majeure ont été déclarés. C'est 50 fois plus que la moyenne. Bien sûr, la plupart de ces licenciements sont justifiés, dans la mesure où certaines entreprises
doivent tout simplement mettre la clé sous la porte, ou cesser leur activité pour une durée indéterminée. Mais les syndicats et le gouvernement dénoncent déjà des abus. "Cette mesure ne peut
s'appliquer que lorsque l'entreprise est dans l'incapacité de fonctionner", appuie la secrétaire d'Etat à l'emploi.
Le gouvernement estime que cette situation exceptionnelle va se poursuivre pendant six mois et s'attend à des milliers de licenciements pour cas de force majeure. Dans l'intervalle, il tente
d'aménager la loi en proposant un "permis de reconstruction" pour les entreprises touchées. Cela permettrait de réduire les emplois à des mi-temps provisoires, ou bien à mettre les travailleurs
au chômage technique, plutôt que licencier. Le gouvernement se propose d'aider les entreprises à garder leurs employés en reversant la moitié du salaire minimum mensuel à chacun d'eux.
Comme on s'y entendait, le nouveau cabinet de droite est donc obligé de faire dans le social. Certes, il est question d'augmenter les impôts, de privatiser une partie de Codelco, le producteur de
cuivre propriété de l'Etat. Certes, l'investissement massif dans les énergies renouvelables prévu pour les prochaines années est remis aux calendes chiliennes, l'argent étant réaffecté à la
reconstruction du pays. Mais la première mesure adoptée par le gouvernement a été l'octroi du prime exceptionnelle pour les familles. Et, une fois n'est pas coutume, la droite a écouté une
suggestion de l'opposition socialiste: augmenter les royalties sur le cuivre. Depuis 2005, l'Etat touche 5% sur les ventes de cuivre chilien réalisées par les entreprises privées. Sebastian
Piñera s'est toujours opposé à une augmentation de cette taxe, et serait plutôt favorable à sa suppression. Mais dans le contexte actuel, tous les moyens sont bons pour financer la reconstruction
du pays, et le nouveau président pourrait décider d'augmenter lesdites royalties.
Aucun danger pour l'industrie du cuivre: les cours on augmenté de 70% en cinq ans, et la demande est susceptible d'augmenter fortement ces prochaines années, ce qui aidera certainement l'économie
chilienne à se relever. Dans le même ordre d'idée, l'un des bienfaits collatéraux du séisme est qu'il va obliger à reconstruire à de nombreuses infrastructures (hôpitaux, écoles, routes...) qui
étaient en piteux état depuis des années, et attendaient désespérément une remise à neuf. Comme les guerres, comme les crises: le séisme a causé son lot de drames et de dommages. Maintenant, il y
a moyen d'en tirer profit.
Par @tom
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Mercredi 17 mars 2010
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22:28
Vu de France, on a un peu de mal à se rendre compte ce que signifient les répliques du
séisme du 27 février. Pour comprendre un peu mieux, voici une animation réalisée il y a deux semaine par le journal La Tercera.
En 16 heures, la zone centre-sud du Chili a enregistré un séisme et 70 répliques de diverses magnitudes. Chaque cercle jaune représente un épicentre. Ceci est juste une photo, voici le lien vers
l'animation: http://www.latercera.com/contenido/687_19720_4.shtml
Voici un autre site, sur lequel les Chiliens ont les yeux rivés dès qu'une nouvelle secousse se fait ressentir: il recense sur une carte toutes les secousses ressenties lors des sept derniers
jours, avec leur magnitude. Le site est actualisé toutes les quinze minutes. http://earthquake.usgs.gov/earthquakes/recenteqsww/Maps/10/290_-35.php. On peut clairement voir que l'activité sismique continue et se concentre sur la zone Santiago-Concepcion.
Et pour ceux qui sont intéressés par une information plus technique et scientifique (mais néanmoins abordable pour le grand public), voici un excellent article explicatif publié par le
CNRS: http://www.insu.cnrs.fr/a3428,seisme-concepcion-chili-27-fevrier-2010.html
Par @tom
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Mardi 16 mars 2010
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22:59
« Le tremblement de terre n’était pas prévu au programme ». Sebastian Piñera
en est fort marri : lui qui espérait insuffler le changement après vingt ans de gouvernance de centre-gauche, le voilà transformé en futur président d’un pays en état d’urgence. Son
programme, ce sera désormais « remettre le pays sur pied ». Le nouveau chef d’Etat l’a dit, la priorité sera reconstruire des hôpitaux et des écoles, réaménager les infrastructures
portuaires et routières, construire de nouveaux logements. Les réformes économiques et sociales attendront.
Comme un malheur ne vient jamais seul, la bourse de Santiago a vu rouge après le séisme. La réplique des marchés secoue à son tour le Chili, et l’on espère que les conséquences ne sauront pas
dramatiques. Le gouvernement a d'ores et déjà prévu de verser des subsides aux entreprises pour éviter les licenciements. Voilà une véritable double peine, totalement injuste, qui me fait dire
une fois de plus que l’économie de marché et le capitalisme ne sont pas des solutions viables, durables et soutenables pour l’Humanité. Heureusement pour le pays, les cours du cuivre, dont il est
premier producteur mondial, ont monté en flèche. Des fois que le Chili cesserait d’exporter, sait-on jamais, les acheteurs se bousculent pour acheter le métal brut.
A l'image du peuple chilien, l'économie vacille mais ne devrait pas flancher. La principale raffinerie du pays est actuellement hors-service, faisant craindre pour l'approvisionnement en
carburant. L'industrie viticole a perdu près de 250 millions de litres. L'agriculture est également touchée. Pas les plantations elles-mêmes, mais le système d'irrigation des cultures, qui
fonctionne à l'électricité. Dans les régions agricoles du sud de Santiago, où le courant n'est pas encore rétabli, on craint de fortes pertes.
Malgré tout, Piñera maintient son objectif de croissance annuelle de 6% pour le Chili. Et c’est possible: il y a tant à reconstruire qu’il y a de quoi donner du travail à de nombreuses
entreprises. Mais plus que jamais, les chiffres ne seront pas représentatifs du nouveau de vie des habitants du pays. Car comme souvent, ce sont les plus pauvres qui ont le plus perdu.
Comment le gouvernement de Piñera va-t-il faire pour surmonter les 30 milliards de dollars de dégâts causés par le séisme (une estimation qui, de plus, pourrait être revue à la hausse)? Il va
d'abord piocher dans la cagnotte de 11 milliards que lui a rapporté l'industrie du cuivre. Ensuite, le Chili va emprunter massivement à l'étranger. Autrement dit, le nouveau président tente de ne
pas modifier outre-mesure son budget prévisionnel et ses projets.
Une hypothèse autrement plus polémique a été avancée: faire passer le coût de la reconstruction au contribuable chilien, et au consommateur. Le gouvernement envisage de surtaxer certains produits
comme les cigarettes, les carburants, les vignettes automobiles, etc. Mais surtout, il est question d'augmenter les impôts. Et ca, ca passe plutôt mal auprès d'une population déjà durement
affectée. Au lieu de cela, il paraîtrait plus judicieux de rogner un peu sur le budget de l'armée chilienne, la plus riche d'Amérique Latine, qui recoit par décret 10% des bénéfices de
l'industrie du cuivre. Mais pour que cela se passe, il faudrait sans doute un autre tremblement de terre. Politique, celui-là.
Par @tom
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