Jeudi 7 juin 2007
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DANS LE MONDE DES GLOBE-TROTTERS À DEUX BALLES
J’ai vu l’autre jour un programme de télé fascinant sur l’une des chaînes câblées états-uniennes qui inondent les écrans chiliens. Je sais pas si ça existe en
France. Ca s’appelle The Amazing Race, une course autour du monde par équipes de deux. Toutes parcourent le même trajet et passent les mêmes
épreuves, la dernière paire à arriver est éliminée.
Ca pourrait être sympa, un truc genre La Carte aux trésors, mêlant aventure et culture. Mais ici, on a beau traverser la Chine, la Mongolie, la Russie… on voit très peu la vraie vie, tout est
scénarisé. Ca donne une image très lisse, très cliché, limite caricaturale et dévalorisante. De toutes façons, la découverte des paysages et des
cultures n’est qu’un prétexte, une caution culturelle. Et puis c’est incroyable, tout le monde parle anglais, même dans les villages de Mongolie intérieure! Non, ce que le programme montre, ce
sont les couples qui s’engueulent, les stratégies mesquines pour prendre un petit avantage sur les autres, l’absence de solidarité entre concourrents, les chutes, les gaffes…
Rien que le casting vaut son pesant de beurre de cacahuète: un couple avec une handicapée battante, deux gays caricaturaux, un couple père-fille
lesbienne, deux neuneus qui doivent venir d’un bled paumé du fin-fonds du Texas, deux musulmans barbus dont on se demande comment ils n’ont pas déjà été arrêtés par le FBI au cas où ils seraient
terroristes, deux paires de mannequins des deux sexes, deux frères asiatiques, deux mamans noires... Pour avoir un panorama complet du melting-pot US, manquent juste un latino et une paire
d’obèses.
Avec de tels progatonistes, il y a des perles, des moments d’anthologie. C’est affligeant mais ça provoque quelques fous-rires chez le téléspectateur. Par exemple, l’un des deux homos, pour faire
comprendre à des policiers mongols qu’il a besoin d’un cheval, s’est mis à mimer l’animal, mais sans le vouloir il nous le mimait façon Crazy Horse.
Rodéo en levrette avec le fouet. Devant les autorités mongoles, fallait oser!
Et puis il y a la phobique des microbes: elle reçoit au visage un peu d’eau boueuse qui gicle d’une flaque. Et là elle pousse un petit cri, respire convulsivement en agitant les bras avec un
vibrato dramatique dans la voix: « ça ne va pas me rendre malade »?
Un peu plus tard, on voit l’un des couples à cheval dans la forêt. La dame n’est pas très douée pour monter, le cheval s’emballe, et elle tombe lourdement sur le postérieur. Et le monsieur, très
cavalier, reste là planté sur sa monture à la regarder, étendue par terre: « Ben je sais pas ce qui faut faire!… » Ben descendre de ton cheval et
vérifier si ta princesse ne s’est pas blessée dans la chute, pauvre cruche!
On nous montre encore le couple de neuneus, qui expliquent à la caméra en ouvrant des yeux tout ronds que c’est la première fois de leur vie qu’ils rencontrent « en vrai » des Asiatiques. Ils
n’avaient jamais vu non plus d’homos. Et là, madame nous fait une révélation, en roulant des yeux comme si c’était censé nous foudroyer d’étonnement:
« Et ben vous savez quoi? les gays, là, ils me plaisent bien! » L’émission aura au moins eu un mérite: faire tomber quelques-uns de leurs préjugés sur l’homosexualité. Mais dans l’ensemble, c’est
plutôt Amazing Disgrace!