
C’est, à ce jour, l’endroit que je préfère dans toute la région de Valparaiso:
les hautes dunes naturelles de Con Con (ou Concon, j’arrive pas à savoir quelle orthographe est correcte), à une quinzaine de kilomètres au nord de Valparaiso. Point de vue imprenable sur la
baie. On en prend plein les yeux. Du sable en particulier, un sable d’une très grande finesse. La montée des dunes est fatigante (il
n’y a pas de marches comme à la dune du Pilat), mais ça vaut le coup (il y a beaucoup beaucoup moins de visiteurs qu’à la dune du Pilat).

Malheureusement, tout ça est pollué par les promoteurs immobiliers qui y construisent de hautes tours de béton pour les touristes, de plus en plus nombreuses.
Certes, la vue est imprenable, mais construire des buildings sur des dunes de sable, qui plus est dans une région sujette aux tremblements de terre, ça relève de l’inconscience. La bonne nouvelle, c’est que maintenant ces dunes sont protégées et qu’il est désormais impossible d’obtenir un
permis de construire.

Concon s’est auto-proclamée capitale gastronomique du Chili. C’est paraît-il ici, dans cette ville de pêcheurs transformée par le tourisme, que sont nés les fameux
picas. Ce sont des restaurants informels tenus par des familles de pêcheurs, qui ont trouvé plus judicieux et rentables d’ouvrir un
restaurant plutôt que vendre sur les marchés le produit de leur pêche. C’est un peu comme des fermes-auberge sauf qu’au lieu de servir les produits de la ferme, ce sont les poissons du jour. On
peut s’y régaler, pour pas cher, de fruits de mer garantis frais et cuisinés par la maîtresse de maison.
Bref, à Concon, il y en a pour les yeux et pour le palais.
Il suffit de pousser la porte pour être envahi d’effluves parfumés, de complexes vapeurs d’alcool, fruitées ou épicées. Sous la
charpente en bois, un colosse de cuivre écarlate, tout en rondeurs élégantes: un alambic
charentais. Dans la vaste distillerie perdue au milieu des vignes, seul le souffle de la chaudière trouble
la silencieuse élaboration du cognac. Dans un coin, une petite pièce ne manque pas d’intriguer le visiteur. C’est la chambre du vigneron, utilisée uniquement pendant la période de
distillation, l’hiver: un sommier vétuste mais robuste, deux meubles poussiéreux en formica, un bidet d’avant-guerre, le tout surveillé par l’œil fixe et autoritaire d’un héron empaillé. Spartiate.
A deux pas, le chai de vieillissement se remarque par sa toiture anthracite. De la crasse? Non: c’est le torula cognaciensis, un champignon microscopique né de
l’évaporation de l’eau-de-vie, la «Part des anges». Dans le secret des vieux murs sombres, à même la terre battue, parsemée de
moisissures et de toiles d’araignée, sommeillent des fûts de chêne sagement alignés, comme hors du temps. C’est là que s’effectue la lente alchimie qui donnera corps au cognac.