Les visites sur ce blog ont augmenté en flèche depuis hier. Je suppose que cela fait suite aux alertes de tsunami émises pour l'Amérique du Sud. Dans ce contexte, je me dis qu'il serait bon de répondre aux inquiétudes des uns et des autres.
Au Chili, quelques localités ont été touchées, de l'extrême nord jusqu'au sud du pays, à l'île de Chiloé. Ironie du sort: la plupart font parties des communes dévastées par le séisme et tsunami de l'an passé, comme Dichato où le tsunami a de nouveau déplacé des embarcations et détruits quelques unes des habitations provisoires reconstruites l'an passé.
La vague la plus haute aurait atteint 2,30 mètres au Chili, et l'eau est entrée à quelques dizaines de mètres à l'intérieur des terres sur plusieurs points de la côte, provoquant de nombreux dégâts matériels, notamment sur des bateaux, mais tous mineurs. A l'heure actuelle, aucun mort, blessé ou disparu n'est à déplorer. Il faut dire que le gouvernement avait pris les précautions adéquates (et même superflues dans certains cas) de faire évacuer toutes les zones à risque pendant plusieurs heures.
Du côté de Valparaiso et Viña del Mar, rien à déclarer. Il y a eu quelques vagues plus fortes que la normale, mais pas d'inondation ni de dégâts dans les installations portuaires. Personnellement, je pense même aller à la plage demain.
Le Chili, je l'ai déjà écrit ici à plusieurs reprises, reste dirigé par des élites plutôt conservatrices et puritaines. D'où ma surprise quand j'ai appris que VTR, le leader chilien du marché du câble, s'est allié avec le groupe Playboy pour proposer en exclusivité une chaîne 3D pour adultes. Il faut dire que les élites plutôt conservatrices et puritaines sont aussi très ouvertes au capitalisme et au business. Couvrez ce sein que je ne saurais voir... avec des dollars si possible!
Bon, j'exagère un peu. Ce n'est pas si étonnant que ca: après tout, Playboy TV est déjà disponible sur le câble chilien depuis plusieurs années. Ce qui l'est, en revanche, c'est que VTR en fasse ouvertement la publicité, et que la revue mensuelle contenant tous les programmes en fasse sa couverture (sans photo de charme, tout de même!) et une bonne dizaine de pages sur le sujet.
Après tout, c'est honnête. Dans un pays où il est commun de faire un détour par un bar à strip-tease pour prendre un verre après le boulot, où les motels pullulent où l'on paie la chambre à l'heure pour faire des galipettes, où les ados de 13 ans en savent plus sur le sexe que leurs parents, persévérer dans le puritanisme aveugle serait pure bêtise et hypocrisie. Si cela allait de pair avec une meilleure éducation sexuelle pour les jeunes, ce serait très bien. Mais ca, ca reste choquant pour beaucoup de monde, notamment l'Eglise. Et comme un programme d'éducation sexuelle, ca ne rapporterait de l'argent à personne, ca risque pas d'arriver demain.
Rentrer dans une pharmacie chilienne, pour nous autres Francais, réserve toujours quelques surprises. D'abord, il est très courant d'y trouver un rayon avec des barres chocolatées pas du tout diététiques, voire des distributeurs de caca-cola. Mais en plus, on peut s'y procurer de la nourriture pour chiens ou des maillots de bain, parmi divers articles aux antipodes de l'industrie pharmaceutique.
Vous l'aurez compris, les pharmacies chiliennes (qui sont très largement aux mains de trois grandes chaînes de magasins) ne sont pas là pour s'occuper de votre santé, elles sont là pour faire de l'argent. Derrière le comptoir, les employés s'apparentent plus à des vendeurs qu'à des pharmaciens, et proposent régulièrement des articles en promotion. Et c'est bien normal: ils recoivent une commission sur certains produits.
Mais il y a pire encore: on vent au comptoir des produits pour sportifs, type compléments alimentaires et cocktails hormonés, qui seraient interdits en Europe et sont largement considérés comme dopants. Et ces potions magiques sont maintenant en vente libre dans les supermarchés! Hier, j'ai ainsi trouvé un lot de flacons de créatine, mentionant en gros "qualité allemande", avec le drapeau de... l'ancienne Allemagne de l'Est, fameuse pour ses sportifs survitaminés. Ca prête à sourire, mais ca fait quand même pas très sérieux, dans un pays qui prend des mesures pour lutter contre le tabagisme et l'obésité.
Sur ce, je vais me servir un jus de fruits frais. C'est beaucoup mieux que n'importe quel cocktail multivitamines.
Résumé des épisodes précedents: Face à l'impérieuse nécessité de passer le permis de conduire chilien, diverses péripéties et réglementations m'ont amené à devoir prouver que je sais lire et écrire, condition sine qua non pour s'inscrire à l'examen et obtenir le permis. Me voici donc dans l'obligation de passer l'équivalent chilien du brevet des collèges.
Centre d'études pour adultes Los Castaños de Viña del Mar. C'est ici, dans cet immeuble vétuste, que j'ai rendez-vous avec le doyen des professeurs. J'espère pouvoir obtenir de passer une sorte d'examen spécial, et tout de suite. Je vais pas attendre la date nationale à laquelle tous les élèves de 14 ans passent le brevet, quand même! "Dites que vous venez de ma part", avait dit le débonnaire directeur du Secrétariat régional de l'Education... Ca doit bien servir à quelque chose, non?
Me voici donc à la porte. Opaque, et close. Je colle l'oreille: pas un bruit. On est vendredi matin, et le centre semble sans vie. Etrange. Je tourne en rond, cherche une autre entrée, regarde à travers les fenêtres: rien. Finalement, une femme de ménage m'apercoit et entr'ouvre la porte: "Qu'est-ce que vous cherchez?" Je me faufile, demande à voir le doyen des professeurs. On m'intime d'attendre dans un sombre couloir. J'attends. Des adolescents à problème courent et crient dans les escaliers. Visiblement, cet endroit est plus un centre de réinsertion qu'autre chose. Je me demande un peu où j'ai mis les pieds. Finalement, on me fait passer dans le bureau du doyen. Je ne le sais pas encore, mais c'est là que mon récit va prendre tout son piquant.
Me recoit un monsieur affable, propre sur lui, d'une soixantaine d'années raffiné: Ah, vous voulez passer le permis de conduire. Il vous faut un certificat d'études. Ah, vous êtes francais? ah, c'est merveilleux! J'aime beaucoup la France, le francais... Je vois que vous avez de l'éducation... Alors parlez-moi de la France, un peu... Bordeaux? Ah oui, je connais, c'est très beau! Le vin, tout ca...
On frappe à la porte. Le professeur grimace: on le dérange en pleine délactation pour le récit de son interlocuteur francais, et par conséquent incontestablement raffiné. Entrez. Pendant que le vieil enseignant règle les affaires courantes, je jette un coup d'oeil à l'exigu bureau: modeste, exigu, avec un ordinateur de l'ère MS Dos, et une collection de bouquins scolaires plus vieux que moi: visiblement, on a râclé les fonds publics qui restaient pour financer cet endroit. Mais pas le temps d'inspecter plus en détail: le doyen renvoie vite l'opportun. Fermez la porte derrière vous, et que l'on ne nous dérange pas.
Ca ne fait pas cinq minutes que je suis là, et je me rends bien compte que ce monsieur est attiré par ma jeunesse et ma franchouillarditude élégante (sic!). Je suis comme une bouffée d'air frais, pour cet homme qui est entouré quotidiennement d'adolescents et adultes sans éducation. Le voilà qui se penche vers moi, s'accoude à son bureau, pose délicatement sa tête dans sa main d'un geste efféminé, et lâche d'une voix mielleuse: parlez-moi un peu de la France, c'est tellement beau... Et puis de vous: qu'est-ce qui vous amène là?
L'espace d'une seconde, je suis un brin décontenancé. Je ne suis pas là pour faire ami-ami avec un vieux professeur homosexuel libidineux. Mais voyant que ce serait le moyen le plus rapide et le plus sûr d'obtenir ce que je suis venu chercher, je joue le jeu et répond avec une certaine emphase. Je lis dans ses yeux qu'il est enchanté de m'écouter parler et que je le fais voyager, à parler du pays de Molière avec cet accent "tellement beau". Et puis soudain, il s'ébroue, se rejette en arrière, revient à la réalité et la raison de ma visite: Bon, il faut que je vous fasse faire un test. Gestes d'agacements: ces formalités administratives sont tellement fastidieuses... Vous êtes un universitaire, pas besoin de vous faire l'examen complet... Tenez, prenez ce livre. Lisez.
Et me voilà parti à lire une fiche de lecture sur Don Quichotte et les moulins à vent de l'Extramadura. Au bout d'une page: ca suffit, c'est bien. C'est beau comme je lis, avec mon accent francais! Merci bien, professeur. S'ensuivent quelques questions de compréhension du texte. Facile. Le doyen semble s'ennuyer et rechigne à me faire passer un test complet. En théorie, en plus de l'épreuve d'espagnol, il y a un test de mathématiques, un autre de sciences naturelles, et une épreuve intitulée "Sciences sociales". Il imagine que si j'ai un diplôme universitaire, je sais compter jusqu'à 10. Bingo, professeur! La parlotte continue: quelques digressions sur la France, la politique, la littérature, blablabla, et voilà pour les "sciences sociales"! Mon accent francais, mon sourire et mes bonnes manières font le reste: j'ai définitivement conquis le coeur du doyen. Il sort une feuille de notes, me met 6 (sur 7) à toutes les matières, accompagné de "très bien" pour tout commentaire, et va faire tamponner le bulletin par le directeur. Et voilà: au bout de trois quarts d'heure, j'ai mon brevet des collèges, et suis autorisé à entrer au lycée!
Ca m'aura pris du temps et des démarches pour pouvoir passer le permis de conduire, mais rien que pour ca, ca valait la peine! Et j'ai finalement obtenu mon permis. Mais ca n'est pas assez intéressant pour mériter un nouvel article.
Après avoir perdu une heure et demie à la Direccion del Transito de Viña del Mar pour m'inscrire à l'examen du permis de conduire, je me suis dit, avant d'aller à la succursale de Quilpué, je vais au moins réunir tous les papiers que m'a indiqués l'employée pleine d'enthousiasme et de motivation du bureau de Viña. C'est donc dossier et photocopies sous le bras que je me présente à la Direccion del Transito de Quilpué, par un beau matin frisquet et nuageux... oui d'accord on s'en fout de ces considérations météorologiques.
Après une nouvelle heure passée à attendre mon tour dans une pièce vieillotte et froide (c'est pour ca que je mentionnais la météo), on m'appelle enfin au guichet. Je présente mon cas. "Vous avez les papiers nécessaires pour l'inscription?" J'étale la paperasserie sous les yeux pas du tout impressionnés du fonctionnaire. Une demi-seconde de scrutin, et la sentence tombe: "Il me manque le certificat d'études secondaires". Mais à Viña, on m'avait dit qu'une photocopie de mon diplôme universitaires, dûment estampillée par un notaire, suffisait... "Il faut qu'il soit validé par le ministère des Affaires Etrangères et par le ministère de l'Education", me répond l'employé d'une voix automatique qui laisse à peine transparaitre toute la passion qui anime ce fonctionnaire exalté. Et ici, pas moyen de faire valoir mon permis francais. Pas reconnu par la municipalité. Flûte, ils sont exigeants, à Quilpué! Sans doute plus méfiants à l'égard des étrangers que les Viñamarinos, nettement plus habitués aux Américains, Européens, Brésiliens ou autres.
Je ressors de là avec de nouveau la sensation d'avoir perdu mon temps. Avec une désagréable certitude, aussi: il me faudra passer l'examen du code de la route et l'examen pratique, puisque permis francais ou international ne valent rien à Quilpué. Et avec une question: combien de temps faudra-t-il pour que mon diplôme universitaire soit validé par les deux ministères, tous deux basés à Santiago, et qui ont bien évidemment d'autres chats à fouetter; pardon, d'autres document nettement plus importants à valider?
Plein d'espoir, ou plutôt à moitié plein, je décide de me diriger vers le Secrétariat régional du ministère de l'Education, à Viña del mar, en quête d'information. J'espère secrètement pouvoir les enjôler suffisamment, en montrant patte blanche et pleurnichant un peu, pour que le directeur local appose le tampon du ministère sans devoir envoyer mon diplôme et ma requête à Santiago. Rien n'y fait: dans une réponse courtoise mais désespérément zebdacienne, cet homme débonnaire me dit: "Je crois que ca va pas être possible". Et d'ajouter que le temps d'envoyer mon dossier à Santiago, qu'il soit traité par les deux ministères et renvoyé à Viña, ca prendrait bien trois mois. Connaissant la bureaucratie locale, je traduis par "au minimum trois mois, voire plus". Face à mon désarroi non dissimulé, le débonnaire directeur me dit: "Vous savez, ce qui serait plus simple et plus rapide, c'est que vous passiez le brevet des collèges. Vous avez un diplôme universitaire, ce devrait être une simple formalité".
Si tu veux conduire, passe le brevet d'abord! En voilà une idée! Alors évidemment, je m'inquiète un peu: je n'ai jamais étudié au Chili, comment puis-je faire pour passer un examen sans avoir idée de ce qu'il y a au programme, notamment l'Histoire (même si, je dois dire sans modestie aucune, je connais mieux les principaux épisodes de l'Histoire locale que la majorité des Chiliens)? Je dois avoir l'air assez perplexe, car le débonnaire directeur se sent obligé de me rassurer: "Ne vous en faites pas: on demande aux candidats au permis de conduire de présenter leur certificat d'études afin de s'assurer qu'ils sont capables de lire les panneaux et indications sur la route, rien de plus. Je vais faire passer votre dossier à un centre d'études pour adultes, en précisant que vous avez juste besoin du certificat pour le permis de conduire. Demandez à voir le doyen des professeurs de ma part".
Et moi qui pensait que tout cela ne serait qu'une formalité administrative...
A suivre...
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