Jeudi 20 septembre 2007
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Le 18 septembre, c’est donc la fête nationale au Chili. Mais le lendemain est
également férié: c’est la fête de l’armée. Ce jour-là, on a droit à un long(uet) défilé militaire retransmis en direct et en intégralité sur toutes les chaînes, avec des commentaires tellement
élogieux que je suis à peu près sûr que le présentateur ne fait que lire texto un chapelet de louanges promouvant l’armée, écrit par le service de
communication de la Grande Muette chilienne. N’y voyons pas toutefois un spectre de l’époque Pinochet. N’oublions pas que le Chili a une grande tradition militaire, et que l’armée, en plus de son
poids au sein de l’Etat, jouit ici d’un fort respect de la part de la population.
Une chose m’a fait sourire: voir les militaires évoluer au son de la Marche de Radetzky, de Johann Strauss, un air sautillant qu’on est plutôt habitué à entendre au concert du Nouvel An de
l’orchestre philharmonique de Vienne ou de Berlin, entre le Lac des cygnes et le Danube bleu. Mais au Chili, faute de compositeur de musique
militaire, on pêche à droite à gauche: Strauss, Haendel, Verdi… J’imagine qu’on fait de même dans d’autres pays.
Par contre, une chose m’a fait froid dans le dos: lors d’un de ces barbecues en famille et entre amis, au son d’une marche militaire, une dame d’une soixantaine d’années s’est soudain levée et a scandé « Pinochet, Pinochet! » Ses yeux nostalgiques lançaient des éclairs de joie mêlés de folie aveugle. Evidemment, ça crée une gêne,
surtout devant moi. Car si les Chiliens sont encore divisés au sujet du général, ils savent très bien que de l’étranger, tout le monde ou presque condamne la dictature. Moi, ça m’a un peu noué
l’estomac de voir ça. Même si je sais que Pinochet a fait de bonnes choses pour le pays et son économie, je ne peux pas excuser les 3.000 personnes tuées sous son régime, soi-disant pour le bien
de la patrie.
Alors j’écoute la dame, que l’on avait fait taire entretemps, qui s’offusque que personne n’aille dans son sens. Elle raconte que lorsque Allende est arrivé au pouvoir, il a pris des mesures pour
que les sans-abri soient logés par les habitants possédant de grands terrains. C’est ainsi que du jour au lendemain ont débarqué dans son vaste jardin toute une
famille de pauvres, qui ont campé sur place, et à qui il fallait donner de l’eau et des vivres. Elle raconte encore que la veille du coup d’Etat de Pinochet, il fallait faire la
queue dans les magasins pour pouvoir acheter des quantité ridicules de nourriture, comme en URSS. Et que dès le lendemain du coup d’Etat, les rayons des supermarchés étaient de nouveau pleins. A
l’entendre, la présidence d’Allende ressemblait à l’Occupation en France…
Evidemment elle n’est pas objective, elle a eu l’impression d’être envahie, utilisée comme une vache à lait par le gouvernement socialiste. Alors
pour tous ces gens-là, il est logique que Pinochet soit toujours apparu comme le libérateur du danger communiste. Et autant je ne peux pas excuser les crimes de dictateur, autant je peux
comprendre ceux qui, comme cette dame, l’ont soutenu.
Par @tom
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Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
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Mercredi 19 septembre 2007
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14:18
DANS LE MONDE DES CORRESPONDANTS DE PRESSE
J’ai travaillé cet été à Sud-Ouest, quotidien régional basé à Bordeaux, en tant que secrétaire de rédaction. Ma tâche, pour faire simple, consistait à relire les articles des autres, les
corriger, les améliorer, les raccourcir au besoin, changer les titres, choisir les photos, et préparer la mise en page. C'est pas passionnant comme boulot, et surtout frustrant par rapport aux
journalistes qui sont sur le terrain, font des reportages et écrivent. Heureusement, des fois, on trouve quelques perles dans les articles, surtout venant des correspondants de presse non
professionnels. En voici quelques-unes que j'ai glanées cet été.
Il y a ceux qui s'emmêlent les pinceaux avec les dates et les heures: "De 14h30 à 17 heures aura lieu l'Université contre le racisme. La journée débutera à 10 heures." Ou bien:
"La course de samedi aura lieu jeudi". J’en conclu que le gagnant est arrivé mercredi soir.
Il y a les redondants: "Il a pour mission d'offrir aux visiteurs la possibilité de se documenter en tenant à leur disposition un présentoir comportant toutes les informations nécessaires.
Les touristes peuvent ainsi prendre les renseignements qu'ils recherchent pour animer leur séjour." Je crois qu'on a compris l'explication sans passer à côté de l'idée générale tout en
entendant bien de quoi il s'agit sans perdre le fil directeur...
Pire, il y a les descendants cachés de M. de Lapalisse: "Il s'arrêtait pour faire une halte pour repartir ensuite." Ou encore : "Les habitués sont toujours
fidèles." Heureusement, sinon on ne pourrait plus se fier à personne!
Il y a aussi ceux qui vous donnent vachement envie de lire l'article quand ils écrivent dans le sous-titre ("accroche", dans le jargon): "Rien de particulier n'est prévu". Ca
accroche le lecteur, ça coco!
Et puis il y a les courriers de lecteurs parfois inénarrables. Par exemple, après un article sur un accident dans un parc aquatique, on a un email d’une lectrice disant à peu près: "il y
a quelques années, mon fils s’est tapé la tête contre un pilier peint en bleu en nageant sous l’eau. Cordialement" et sa signature. On s’est demandé si elle voulait que l’on publie ce
courrier sybillin, pour avoir sa minute de célébrité warholienne à l’échelle du journal… Aujourd’hui, on fait et raconte tellement n’importe quoi pour être (re)connu!
Mardi 18 septembre 2007
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Aujourd'hui 18 septembre c'est la fête nationale au Chili. Les drapeaux bleu-blanc-rouge fleurissent un peu partout sur les maisons et les voitures
-un peu par patriotisme (quoique...), mais surtout parce que l'on risque une amende si l'on n'arbore pas la bannière tricolore dans
son jardin ou sur le toit de sa maison. Le 18 septembre, il n'y a pas de feu d'artifice, mais le printemps arrive et c'est l'occasion de sortir les barbecues, ou plutôt de faire de véritables
orgies de barbecue, pendant plusieurs jours. Les plus grands stades servent de gigantesque site de pique-nique, où l'on joue de la musique
folklorique et où l'on danse la cueca.
La cueca, c'est la danse nationale chilienne. Symboliquement, elle est censée imiter un jeune coq faisant la cour à sa poulette favorite. Plutôt que
de vous faire une longue explication, une fois n'est pas coutume, je vous mets une petite vidéo pour vous montrer à quoi ça ressemble:
http://www.youtube.com/watch?v=QJmr3GkX3Ow
Un Etats-Unien tombé amoureux du Chili, auteur du très amusant et instructif "Comment survivre dans la jungle chilienne en faisant du négoce", décrit
bien la mentalité chilienne à travers cette danse:
"D'abord, le danseur amène sa partenaire sur la piste en la tenant par le bras. Se regardant dans les yeux en faisant tourner leur mouchoir au-dessus de la tête, les deux danseurs se tournent
autour l'un de l'autre durant toute la danse. Après ce long flirt sans jamais se toucher, le couple termine la danse exactement comme elle avait commencé, et au même endroit. Et on peut toujours
recommencer, on n'obtiendra rien de mieux que le contact moite d'un avant-bras qui transpire. Pour le business, c'est pareil. On fait de multiples
réunions pour rapprocher les points de vue et signer des accords, mais à la fin de chaque réunion on n'est pas plus avancé qu'au départ".
Et oui, au Chili, il faut accepter d'être patient, et de se trouver face à des interlocuteurs incapables de prendre des décisions, et encore moins des risques. Mais
pour en revenir à la cueca, autant dire que comme technique de séduction, ça reste limité. Après, il faut pas s'étonner que les jeunes préfèrent la sensuelle
salsa ou l'émoustillante samba des pays voisins. Et moi aussi, d'ailleurs!
Par @tom
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Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
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Samedi 15 septembre 2007
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20:15
A l'heure où vous lirez ces lignes, j'aurai quitté la France. Je serai peut-être même déjà au Chili. J'ai été
très heureux de ces deux mois et demi passé en France, même si ce fut trop court, même si c'est difficile de retrouver les amis, la famille si peu de temps et de devoir se dire au
revoir à nouveau très vite. C'est dur de repartir, ça use quelques mouchoirs, mais j'en ai vraiment envie. J'en ai pris plein la figure émotionnellement cet été, pour
tout plein de raisons que je ne vais pas détailler ici. C'était bien (parfois difficile, aussi), mais du coup j'éprouve un peu aussi le besoin de souffler, faire le vide.
Oui je sais, ça peut faire sourire, venant de quelqu'un qui a passé la plupart de son temps à en prendre du bon (temps), mais c'est la vérité! Quand on a peu de temps et que l'on sait que l'on ne
reverra pas les gens avant longtemps, tous les moments sont importants. Ces deux mois et demi furent donc très denses, et je me sens à la fois chargé d'émotions,
plein, et vidé! Mais au Chili je vais relancer la machine, bon pied bon oeil, et j'ai plein d'idées et de projets. Vous raconterai tout ça. Et pas plus tard que bientôt. Alors à plus
tard!
Pardon à ceux qui ont déjà reçu ça (en partie) par mail, j'ai eu envie de le dire ici aussi!
Vendredi 14 septembre 2007
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