Dimanche 5 octobre 2008
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L'ère des excès politiques me semble bel et bien révolu au Chili. Après les dérives
communistes d'Allende (parce qu'il y en a eu, Allende n'était pas parfait!), après la dictature, après l'ouverture du pays au capitalisme ultra-libéral, j'ai le sentiment qu'on est arrivé au stade de la modération. La modération, ce sont les 18 ans de démocratie stable que connait le pays, c'est la proposition d'une nouvelle constitution pour
en finir pour de bon avec l'héritage de Pinochet, c'est, encore, le tout récent projet de loi pour la nationalisation de l'eau chilienne...
C'est justement la constitution de 1980, faite par et pour Pinochet, qui est ici en cause. Le dictateur avait privatisé à tours de bras, et créé une Loi des eaux qui laissait le précieux liquide
aux mains des multinationales. Aujourd'hui encore, 80% de la distribution d'eau au Chili dépend d'une entreprise étrangère, Endesa.
A l'heure où l'eau devient un bien de plus en plus précieux, où l'on parle de plus en plus de possibles guerres de l'eau, nationaliser les ressources serait une mesure pleine de bon sens, surtout
dans un pays qui possède d'abondantes richesses en eau potable, en Patagonie et en Antarctique.
Samedi 27 septembre 2008
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Regardez bien cette pièce.
Il s'agit d'une pièce de 10 pesos chiliens (environ 1,4 centimes d'euro). Prêtez attention au personnage qui apparait, une femme ailée se libérant de ses chaînes: la Liberté. Maintenant, lisez la
date inscrite sous le dessin: 11 septembre 1973. Le jour du coup d'Etat de Pinochet. Vous venez de découvrir une pièce de propagande de la dictature.
Dans les années 80, toutes les pièces de 5 et 10 pesos célébraient la "liberté" apportée par Pinochet. Mais cette pièce-ci date de 1991. C'est-à-dire qu'elle a été frappée après la chute du
dictateur. On aurait pu penser que dès le retour à la démocratie, on aurait changé le dessin des monnaies. Et bien non. Mais ce n'est pas tout: ces pièces sont
encore très courantes, 18 ans après la dictature. J'en ai encore récolté deux quand le boulanger m'a rendu la monnaie du pain.
Et je n'ai entendu parler d'aucun projet de les retirer de la circulation, malgré le fait que le père de la présidente actuelle a subi la torture sous
Pinochet. Mais c'est bien connu, les chefs d'Etat, ca n'use pas les pièces de 10 pesos!
Jeudi 25 septembre 2008
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Enfin une bonne nouvelle pour les Indiens du Chili. L’Organisation Internationale du
Travail (OIT) a accepté la ratification par le Chili de l’accord n° 169, qui permettra aux peuples indigènes d’accéder à un certains nombre de droits.
Les peuples indigènes, ce sont les Indiens Mapuches, Aymaras et autres, qui ont toujours vécu sur ces terres et que les conquistadores ont vite privé de leurs droits. Et si la ségrégation
n'existe officiellement plus au Chili, elle est encore bien réelle.
Savez-vous par exemple qu'il arrive fréquemment que des jeunes délinquants indigènes purgent des peines disproportionnées par rapport à leurs méfaits? Tout ca parce qu'il existe une loi qui
permet d'assimiler les délits commis par les Mapuches à du terrorisme politique. Et dont on abuse un peu, aux dires des Mapuches et diverses organisations
humanitaires.
Mais grace à cette signature, les minorités indiennes gagneront, notamment, le droit d'être représentées par quota au congrès. Un sous-secrétariat aux
affaires indigènes va également être créé. Ca n'empêchera pas le racisme au quotidien (ici, quand quelqu'un se met soudainement en colère, on a l'habitude de dire "te salio el Indio", tu as faire
sortir l'Indien), mais c'est déjà mieux que rien.
A propos, vous savez comment on appelle les Indiens au Chili? los Indios. Normalement, il faudrait dire Indigenes. Et vous savez comment on appelle les Indiens d'Inde au Chili? los Hindus.
Normalement, il faudrait dire Indios. Oui mais Indios, c'est ce qu'on utilise pour Indigenes. Bref, il y a de quoi s'y perdre. Un conseil, enfin: si vous rencontrez des Chiliens, ne leur dites pas qu'ils sont typés indiens, ils risqueraient de mal le prendre.
Dimanche 14 septembre 2008
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"Vous entrez dans un espace publicitaire". C'est
la première chose nouvelle que j'ai remarqué en débarquant au Chili, après nos vacances européennes.
"Vous entrez dans un espace publicitaire"... autant dire que la chose m'a moyennement plu.
"Vous entrez dans un espace publicitaire", c'était écrit en gros, sur une grande pancarte, à l'entrée de l'autoroute Santiago-Valparaiso. Une grande pancarte publicitaire qui était la première
d'une longue série.
Ca, c'est pas nouveau, il y a toujours eu de la pub au bord des autoroutes. Mais annoncer solennellement à l'automobiliste qu'il "entre dans un espace publicitaire", c'est-à-dire qu'il va se
taper pendant des kilomètres cette pollution visuelle, j'avais encore jamais vu. Personnellement, ca me donnerait plutôt envie de changer de route. Surtout
quand on sait que:
1) l'autoroute est payante, et chère
2) les annonceurs paient eux aussi assez cher pour placer leurs beaux placards publicitaires
3) donc finalement on paie pour voir les foutues pancartes, et que les concessionnaires d'autoroute se frottent les mains.
Si au moins, au lieu de faire de la pub bêbête, on nous expliquait pourquoi les Anglais roulent à droite...
Mercredi 10 septembre 2008
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Voilà qui devrait faire plaisir à Armando Uribe, Président du Parti Socialiste du Chili en France (et à beaucoup de socialistes
chiliens): une nouvelle constitution pour célébrer le Bicentenaire du Chili, en 2010. C'est l'idée du sénateur et
possible candidat à la présidentielle Eduardo Frei, de la Démocratie Chrétienne. Symboliquement, l'idée a été lancée la veille du 35e anniversaire du coup d'état et de la mort d'Allende.
Il faut dire que la constitution actuelle a été créée par (et pour) le régime de Pinochet. Et si elle a subi de nombreuses modifications après la dictature, elle est toujours sur pied. Frei
propose donc de la remplacer par un nouveau texte, "plus libertaire". Cela permettrait notamment de donner plus de pouvoir au Parlement, et surtout plus
d'indépendance aux régions. Malgré sa géographie très étirée, le Chili est en effet extrêmement centralisé. D'ailleurs, tous les politiciens chiliens (ou presque) vivent à Santiago.
Mais Frei ne cherche pas à jouer les Raffarin local. Plus qu'à l'idée de régionalisation, il s'attache au concept de liberté: "L'Etat sous la constitution des
années 80 était considéré comme un Etat autoritaire. C'est une constitution qui fut élaborée avec la peur de la liberté. Voulons-nous réellement un pays plus
démocratique avec une participation plus importante des citoyens ?" Personnellement, j'en doute parfois. Mais j'ai mauvais esprit.
L'ironie de la chose, c'est que Frei a été président du Chili de 1994 à 2000, et que durant tout ce temps, il n'a jamais parlé de changer la constitution.
Sans doute est-elle plus confortable lorsque l'on est chef de l'Etat que lorsque l'on est sénateur au pouvoir limité.
Au fait: en allemand, Frei veut dire libre. Et en chilien?