Voici l'article que j'ai écrit pour Sud-Ouest Dimanche: http://www.sudouest.fr/2010/10/10/les-mineurs-a-quelques-jours-de-la-delivrance-207808-4585.php
...c'est le titre original de l'article que j'ai écrit pour Sud-Ouest Dimanche d'aujourd´hui, au sujet des 33 mineurs pris au piège dans l'Atacama. Comme je l'aime bien mais qu'il a été changé pour quelque chose de plus informatif, je vous le remets ici. Le lien vers l'article:
http://www.sudouest.fr/2010/08/29/attente-angoissante-sous-terre-pour-les-33-mineurs-171542-4585.php
J'ai toujours évité sur ce blog de parler de catastrophes et faits divers. Ces derniers jours, le monde entier s'intéresse au sort des 33 mineurs chiliens pris au piège dans un gisement atacameño. Moi aussi, bien sûr. Mais je ne compte pas chroniquer ces événements ici-même, à moins qu'ils ne m'inspirent une réflexion sur la nature humaine -ce qui est fort possible. En revanche, j'ai été contacté par le journal Sud-Ouest pour suivre les événement pour eux, en tant que correspondant. Je mettrais les liens vers les articles disponibles en ligne ici-même.
J'ai, depuis longtemps, la fâcheuse tendance à me couper en quatre pour essayer de faire plaisir à tout le monde. C'est fatigant, souvent ingrat et quasi-impossible, mais j'essaie quand même. Et puis il y a quelques jours, j'ai décidé d'arrêter et de penser un peu plus à ma pomme. Je pensais que cela me serait difficile, étant d'un naturel arrangeant et flexible. Mais hier soir, j'ai craqué.
Hier soir, ma copine et moi étions invités à l'anniversaire d'une collègue, dans un bar. Bon, allons-y. Au bout de 30 secondes, j'ai su que ca n'allait pas me plaire: endroit bruyant et totalement impersonnel, musique médiocre, décor kitsch... Bon, essayons de passer outre, après tout, ce qui importe, c'est les gens. Oui, mais voilà: avec tous ces décibels autour, pas envie de m'égosiller, ni d'essayer de comprendre à demi-mot ce que disent mes voisins de table. Voisins qui, de plus, sont des collègues certes sympathiques, mais pas des amis proches.
Bref, au bout d'une heure, j'en avais assez d'essayer de suivre la conversation, qui ne m'intéressait pas plus que la dernière découverte sur les techniques d'accouplement des moucherons en plein vol. En plus de devoir supporter ce lieu qui n'était pas du tout ma tasse de thé, je voyais fondre sur moi le voile de l'ennui. En temps normal, j'aurais fait mime de m'intéresser, j'aurais continué à sourirer, j'aurais fait l'effort de tendre un peu plus l'oreille et de m'égosiller. Mais hier soir, j'ai craqué. J'ai soudain dit à ma copine: "Je crois que je vais rentrer." J'ai dit au revoir à ma collègue dont c'était l'anniversaire, ai prétexté un mal d'estomac, et je suis parti.
Evidemment, ma copine n'a pas apprécié, c'est faire preuve de mauvaise éducation, lui faire honte devant ses amies collègues, et caetera. Je vais sans doute avoir droit à une petite scène quand elle va rentrer. Mais au nom de quoi devrais-je rester assis stoïquement à attendre que ca se passe en supportant ce que crache la sono du bar? Mon départ ne crée aucun manque: au contraire, ca ôte à l'assemblée son quota d'ennui et de potentielle mauvaise humeur.
Au diable les conventions! Je m'ennuie, je m'en vais. Ca ne plait pas, tant pis. Pour moi, c'a été un acte libérateur. Sans doute maladroit et un peu pataud, mais ca fait du bien. C'est un début, et je vais essayer de continuer dans cette voie. Ca risque de secouer un peu, et il faudra trouver le juste milieu. Sinon, ca risque de surprendre. Un peu trop.
A première vue, le titre de cet article n'a pas de sens. En réfléchissant, on pourrait penser: "c'est un plombier/peintre/ouvrier du bâtiment qui vit en HLM". Pas du tout. C'est une tendance curieuse de l'immobilier au Chili: on utilise des maisons avec jardin pour faire des bureaux, et on construit des tours pour faire des appartements. Etonnant, non? Je m'étais rendu compte de ce phénomène il y a longtemps déjà, mais c'est en cherchant une maison à louer que j'ai réalisé son ampleur. A Viña del Mar, 98% des habitations en location se trouvent dans des tours (approximation personnelle)! Et quand je visite une agence immobilière, on me dit que les maisons qui sont en location sont destinées à accueillir des bureaux, ou sont des résidences secondaires style cabanes au bord de la mer.
Plusieurs raisons à cela. D'abord, la sécurité. Les Chiliens vivent dans la paranoïa du ladron. Les cambriolages sont fréquents, certes, notamment dans les maisons individuelles. Les tours, en revanche, ont des parkings surveillés et des gardiens. Mais les médias ont tendance à surdramatiser les faits divers et alimentent la peur.
Il y a également une notion d'image. La plupart des maisons disponibles à la vente ou à la location ne sont pas du dernier cri et nécessitent d'importants frais d'entretien ou de réfection. Or la classe moyenne-aisée émergente au Chili est attirée par le modernisme. D'où la profusion d'immeubles modernes tout neuf, avec parking, concierge, sécurité, piscine, salle de gym et espaces verts. Les vieilles baraques peuvent se décrépir et s'empoussiérer.
Ensuite, les Chiliens ont un côté mouton de Panurge assez développé et sont prompts à suivre bêtement la tendance. J'oserais suggérer que ca a un lointain rapport avec 17 ans de soumission à la dictature, mais je m'écarte du sujet. J'en entends tous les jours se plaindre de ne pas pouvoir avoir de chien (les Chiliens adorent les toutous!) parce qu'ils vont aller vivre dans une tour. Pourquoi pas une maison avec un jardin? "Ah, mais une tour, c'est mieux". Pour la sécurité, les facilités, blabla. Toujours les mêmes arguments basiques.
Enfin, il est sans doute plus rentable pour les promoteurs immobiliers de construire des appartements que des bureaux. Et pour les banques, qui ont trouvé une poule aux oeufs d'or dans les crédits immobiliers. Donc, pour l'économie en général. Ce qui expliquerait, en partie, la surenchère des médias sur les cambriolages et l'insécurité. Ou bien, serait-ce moi qui suis parano?
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