A première vue, le titre de cet article n'a pas de sens. En réfléchissant, on pourrait penser: "c'est un plombier/peintre/ouvrier du bâtiment qui vit en HLM". Pas du tout. C'est une tendance curieuse de l'immobilier au Chili: on utilise des maisons avec jardin pour faire des bureaux, et on construit des tours pour faire des appartements. Etonnant, non? Je m'étais rendu compte de ce phénomène il y a longtemps déjà, mais c'est en cherchant une maison à louer que j'ai réalisé son ampleur. A Viña del Mar, 98% des habitations en location se trouvent dans des tours (approximation personnelle)! Et quand je visite une agence immobilière, on me dit que les maisons qui sont en location sont destinées à accueillir des bureaux, ou sont des résidences secondaires style cabanes au bord de la mer.
Plusieurs raisons à cela. D'abord, la sécurité. Les Chiliens vivent dans la paranoïa du ladron. Les cambriolages sont fréquents, certes, notamment dans les maisons individuelles. Les tours, en revanche, ont des parkings surveillés et des gardiens. Mais les médias ont tendance à surdramatiser les faits divers et alimentent la peur.
Il y a également une notion d'image. La plupart des maisons disponibles à la vente ou à la location ne sont pas du dernier cri et nécessitent d'importants frais d'entretien ou de réfection. Or la classe moyenne-aisée émergente au Chili est attirée par le modernisme. D'où la profusion d'immeubles modernes tout neuf, avec parking, concierge, sécurité, piscine, salle de gym et espaces verts. Les vieilles baraques peuvent se décrépir et s'empoussiérer.
Ensuite, les Chiliens ont un côté mouton de Panurge assez développé et sont prompts à suivre bêtement la tendance. J'oserais suggérer que ca a un lointain rapport avec 17 ans de soumission à la dictature, mais je m'écarte du sujet. J'en entends tous les jours se plaindre de ne pas pouvoir avoir de chien (les Chiliens adorent les toutous!) parce qu'ils vont aller vivre dans une tour. Pourquoi pas une maison avec un jardin? "Ah, mais une tour, c'est mieux". Pour la sécurité, les facilités, blabla. Toujours les mêmes arguments basiques.
Enfin, il est sans doute plus rentable pour les promoteurs immobiliers de construire des appartements que des bureaux. Et pour les banques, qui ont trouvé une poule aux oeufs d'or dans les crédits immobiliers. Donc, pour l'économie en général. Ce qui expliquerait, en partie, la surenchère des médias sur les cambriolages et l'insécurité. Ou bien, serait-ce moi qui suis parano?
...que fait l'expatrié? C'est la question que je me pose en ce moment. Rien à voir avec moi, non. Mais des amis étrangers, venus au Chili pour une raison bien précise, qui se retrouvent soudain dépourvus de cette motivation première. L'un perd son emploi, l'autre son compagnon. Choisir l'expatriation n'est pas une décision facile. Il faut de bonnes et solides raisons pour franchir le pas. Et quand soudain le motif principal s'envole au loin... qu'est-ce qui retient l'expatrié?
Ce choix d'existence, une vie loin de la famille, des amis, des racines, est souvent fragile. Quand on vit à des milliers de kilomètres de ses terres, on se retrouve sans filet, il faut reconstruire des repères, des réseaux. Certains s'en sortent très bien et se sentent même considérablement allégés sans le poids d'une histoire personnelle ou familiale compliquée. Mais d'autres n'ont pas la même capacité d'adaptation et s'amarrent tant bien que mal à la raison qui les a amenés à quitter leur pays. Ceux-là, incapables de s'intégrer, sont voués à l'échec.
Revenons à mes deux amis. Tous deux se sont parfaitement adaptés à la vie chilienne et sont heureux ici. Ils y ont désormais leurs amis, leurs habitudes, leur vie... Mais leur raison fondamentale de vivre au Chili venant de s'écrouler, les voici devant le gouffre de l'incertitude. Tous deux ont des attaches ici, des responsabilités (un boulot pout l'une, une relation naissante mais a priori sérieuse pour l'autre). Mais que fait l'être humain quand les fondements s'effondrent autour de lui? Il cherche un point d'appui, il appelle sa mère, retourne instinctivement vers ce qui le rassure: ses racines. Dès lors, que pèse le reste? Une relation naissante a peu de chances de fonctionner si ce qui l'entoure n'est pas stable. Et un boulot, c'est un boulot, ca se change.
Je serais heureux que mes deux amis restent au Chili. Mais il est plus probable que dans quelques mois, voire quelques semaines, ils disent au revoir à leurs proches, fassent leurs valises et tournent définitivement la page chilienne dans leur histoire personnelle. Retour au sérail.
Et que ferais-je, moi, dans la même situation?...
La Chine n'est pas à un paradoxe près. Inventeur du communisme libéral capitaliste, grand conservateur des traditions mais qui détruit au bulldozer son patrimoine architectural et culturel, le pays le plus peuplé du monde cultive le paradoxe comme le riz dans la vallée du Fleuve Jaune. En voici un autre: en Chine, impossible de trouver des vêtements XL. Ici, ils sont tous estampillés "Made in China".
Mais le nouveau paradoxe, c'est que la Chine, pays où la sexualité reste très largement taboue et où la pornographie est punie par la loi, est devenue le premier producteur mondial de lingerie érotique et de sex-toys. On estime que la Chine se taille 70% de parts du marché, et que l'industrie génère 2 milliards de dollars par an de l'autre côté de la Grande Muraille. Etonnant? Pas vraiment. Les grand magasins européens et américains regorgent de vêtements et jouets "Made in China". Donc pourquoi pas des sous-vêtements et des jouets pour adultes?
L'ironie de l'histoire, c'est que les ouvriers payés au lance-pierre pour manufacturer ces produits n'ont peut-être même pas le droit de les utiliser. Il y a bien des sex-shops en Chine (le premier a ouvert à Pékin en 1993), mais il serait étonnant qu'en province, parmi les classes sociales basses, l'usage de sex-toys soit accepté. Rappelons que les manufactures chinoises sont de véritables villes où les ouvriers, souvent issus de familles villageoises sans éducation, sont parqués ensemble comme du bétail. J'y imagine mal l'introduction de sex-toys et lingerie érotique. Tiens, je me demande s'il y a pas des gamins qui travaillent dans ces manufactures? Ce serait le comble, non?
Pourquoi les concerts, les discothèques, les festivals, les rave parties ont-ils tant de succès? Pourquoi toi, ami lecteur, aimes-tu assister à ce genre d'événements? Pour la musique, me diras-tu. Certes. Mais pas seulement. Par définition, ce sont des expériences collectives. Au-delà de la musique, c'est la symbiose entre les auditeurs qui leur donne toute leur saveur. Sauter ensemble, danser ensemble, chanter et crier ensemble. Faire corps avec une foule à l'unission à quelque chose d'enivrant, de réconfortant aussi. Tu n'es pas d'accord avec moi? Alors lis ce qui suit:
Il existe depuis quelques mois un concept nouveau et étonnant: des discothèques et
rassemblements sans aucune sono, sans aucun haut-parleur. Chacun écoute dans son propre casque. En général, tous écoutent la même musique en même temps, dansent et crient en choeur; chacun est
simplement libre de changer le volume à sa guise. Et quand vous en avez assez, il suffit d'ôter votre casque: si vous voulez reposer vos oreilles, vous n'aurez pas à supporter les décibels comme
dans une discothèque ou une fête normale. Bref, l'expérience de groupe est là, mais avec moins d'inconvénients. En plus, c'est tout benef pour les organisateurs ou propriétaires, qui économisent
en matériel de son et en électricité.
Mais dans certaines de ces fêtes, chacun est libre d'écouter sa propre musique. Imaginez-vous chaloupant sur un rythme latino, tandis que votre voisin secoue frénétiquement la tête en écoutant du Prodigy, et un autre se balance sur du reggae... Visuellement, c'est assez déconcertant: une foule en totale arythmie, complètement désynchronisée, se dandinant dans le silence. On dirait des zombies dansants. Et là, j'ai du mal à comprendre. Parce qu'il n'y a aucune expérience de groupe, aucun partage. C'est une foule de solitude, un rassemblement d'autistes. C'est la discothèque de l'isolement. Pour moi, c'est un exemple de plus que la technologie peut nous couper des autres aussi bien que nous en rapprocher.
Plutôt qu'entraîneur, Diego Maradona serait bien meilleur comme juge de lignes!
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