Samedi 7 juin 2008
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Quand je suis arrivé à Global Inc, on m’a presque tout de suite demandé si je voulais que mon numéro de
portable apparaisse sur ma carte de visite.
-Euh… j’ai pas besoin de carte de visite!
-Tu en auras de toute façon, on en commande automatiquement pour chaque nouvel employé.
-Mais c’est du gaspillage! Je vais jamais m’en servir, je n’ai aucun contact avec un quelconque client ou interlocuteur (c'est vrai: je fais des revues de presse moi, pas du public relation!)
Mais rien n'y fit: une semaine après, me voilà avec un lot de 100 cartes de visite papier bristol à mon nom, qui vont moisir au fond d’un tiroir de mon bureau. Bon, j'ai décidé de les utiliser
pour faire la liste des courses.
En revanche, j'ai demandé un stylo de l'entreprise, ou un tapis de souris, que je trouve cent fois plus utile. Ah ben ça non, y'a pas, désolé. Alors que je sais très bien que c'est pas vrai parce
qu'aux ressources humaines, ils en ont. D'ailleurs c'est pas juste, aux RH ils ont plein de trucs sympas, de petits cadeaux et gadgets publicitaires.
Et là, je vais faire tomber un mythe. On dit généralement que le service des ressources humaines est impopulaire parce qu'il est chargé de virer les gens. C'est faux! Il est d'abord impopulaire parce qu'il bénéficie de ces petits traitements de faveur inaccessibles aux autres employés. C'est pas pour rien que j'appelle le DRH Mr. Profiteur! Mais à
Global Inc, l'équipe de RH est sympa. Ici ils ont compris qu'en chouchoutant l'employé, il se sent valorisé et travaille mieux. Et puis en plus, ça inhibe chez l'employé lambda toute volonté ou
tentative de créer une section syndicale dans l'entreprise. Bien pensé, non?
Alors la carte de visite d'emblée pour tout le monde, ça fait partie de cette "valorisation" de l'employé. Et puis je sais pas ce que vous en pensez, mais moi je trouve que carte de visite et
syndicaliste, ça va pas trop ensemble. Il leur faudrait des tracts de visite "CGT Global Inc".
Mercredi 28 mai 2008
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A Global Inc, on travaille dur, mais l'ambiance est cool. Par exemple, on s'habille de façon
"semi-formelle"; c'est-à-dire que les femmes n'ont pas à venir en tailleur, et la cravate n'est pas obligatoire. Et le vendredi, on peut venir en jeans-basket (d’ailleurs, ça m’amuse toujours de
voir notre directeur général arriver avec un pauvre T-shirt style bob Ricard –mais en T-shirt).
Néanmoins, lors des visites importantes, la cravate s'impose. Et je dois vous dire une chose: la cravate, j'ai horreur de ça. J'ai dû en
mettre une il y a quelques semaines, chose qui, auparavant, avait dû m'arriver deux fois dans ma vie. Et pour la première fois, j'étais tout seul pour me la nouer. Autant vous dire que j'ai pesté
ferme pendant une heure face au miroir de la salle de bain, essayant de me dépêtrer de cette histoire de noeuds, contre
l'andouille qui a eu l'idée saugrenue d'inventer la cravate.
Non mais c'est vrai quoi! A quoi sert une cravate? Je veux bien que ça fasse joli, mais c'est complètement inutile (si c'est pour se
réchauffer le cou, une écharpe, c'est mieux). Ca serre la glotte (c’est pas pour rien qu’en anglais ça s’appelle "tie", du verbe "serrer") un peu comme le voile
islamique mais en moins pire. Et puis ça trempe dans l’assiette si l’on n’y prend pas garde.
A l’instar de Sheila qui se demandait qui a eu cette idée folle un jour d’inventer l’école, je me demande donc bien qui a eu l'idée, un
jour, de prendre un long bout de tissu et de se l'entortiller autour du cou en essayant de l'attacher. Un marin qui s'ennuyait en faisant des noeuds? un
paysan qui n'arriver pas à attacher la longe à ses bêtes et qui cherchait un nouveau système? un suicidaire qui n'avait pas de corde pour se pendre?... Et surtout, quels sont les malditos qui ont
propagé l’invention pour en faire un accessoire de mode indispensable dans le monde?
Ce serait une question pour Ray Ponsatoo, mais j’ai préféré chercher
moi-même (parce que si je lui demande, qui sait quand il va me répondre? En 2012?)
Selon le site d’amoureux du petit bout de soie accesscravates.com, la cravate "fut inventée au XVIIe siècle par les cavaliers croates et
retrouvée sur la représentation tombale du premier empereur de Chine (IIIe siècle avant notre ère). La cravate est la contraction et la déformation du mot croate." Ainsi donc, à l’origine,
ce seraient les Chinois… pourtant la cravate telle qu’on la connaît n’a rien à voir avec les vêtements traditionaux chinois… A tout prendre, je préfère le col
Mao…
D’autres sources disent toutefois que le petit accessoire de soie est apparu en France et en Italie au XIVe siècle, et s’est popularisé à
partir du XVIIe comme marque d’élégance, sous l’impulsion de Louis XIV notamment. Et malheureusement, la Révolution française n’a pas réussi à tordre le cou à
la cravate, accessoire pourtant noble.
Mais je suis finalement presque heureux que la cravate ait survécu. Car à la place, on aurait pu avoir ses prédécesseurs, le jabot de dentelle ou, pire, la fraise façon Henri IV ou Austin Powers! Remarquez, ce pourrait être rigolo d’arriver tous au bureau attifés de la sorte…
Mardi 27 mai 2008
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Aujourd'hui, j'inaugure une nouvelle rubrique sur ce blog. Depuis trois mois que je suis rentré au service
d'une grande firme multinationale, j'ai eu l'occasion de noter pas mal de détails intéressants sur le monde de l'entreprise globalisée. Bienvenue donc à Global
Inc., le nom virtuel que j'ai choisi à mon employeur.
Je ne sais pas encore exactement ce que je vais vous raconter, mais je pense vous parler de divers personnages, tels que Mr
Jargon (l'informaticien qui me raconte des trucs auxquels je ne pipe mot), Mme Restobeurk (la serveuse du resto d'entreprise que même pas mon chien il en mangerait), Mr Blablabla (mon chef et
voisin bavard), Chef-qu'est-pas-chef (pas besoin de décrire plus), ou encore Mr profiteur (le DRH). Je ne sais pas si ce que je
vais vous raconter là vous paraîtra intéressant ou non. Je compte sur vous pour me dire en commentaire si ça vous ennuie ou pas. Rendez-vous demain avec un premier
chapitre, où je vous conterai ma répugnance pour les cravates.