Samedi 22 décembre 2007
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On l’a vu hier, le régime présidentiel de la France n’est pas aussi démocratique qu’il n’y paraît. C’est d’ailleurs l’un des seuls pays
d’Europe où le président a un réel pouvoir, et surtout une telle liberté de manœuvre par rapport au Parlement. Dans son texte pour "L’autre campagne", Thomas Heams le rappelle: "Les autres pays
ont choisi de faire des élections législatives leur rendez-vous électoral fondamental, le lieu légitime d’une discussion “programme contre programme”. Enfin, précision importante, ces élections
collectives n’empêchent pas des destins individuels de s’accomplir, puisqu’il en sort un chef de l’exécutif, le Premier ministre, chef de la majorité et responsable devant le Parlement."
Autrement dit, nos voisins privilégient le débat d’idées et l’élection d’une équipe à la confrontation de personnalités. Et ce n’est qu’ensuite que
l’on choisit le chef d’équipe.
Or en France, il en va tout autrement, puisque le pouvoir exécutif a deux chefs: le président et le Premier ministre. "Dans les phases de cohabitation, le Premier ministre a la légitimité la plus
forte et gouverne, mais le président conserve son pouvoir de nuisance, créant une tension permanente au sommet de l’Etat, propice pour chaque tête de
l’exécutif à se défausser sur l’autre dans l’échec ou à revendiquer l’exclusivité d’un succès. Quand majorité parlementaire et présidentielle concordent, le Premier ministre est au mieux un aide
de camp malléable et, au pire, et bien souvent, un dauphin dangereux." L’aide de camp malléable-type, c’est Fillon pour Sarkozy, le dauphin dangereux, ç’aurait pu être Rocard pour Mitterrand, à
une autre époque.
"Il y a donc bien concurrence, et non pas équilibre des pouvoirs au sommet de l’Etat. La confusion règne et se diffuse, ébranlant toujours plus les électeurs dans leur confiance accordée à leurs
dirigeants. La simplicité et l’efficacité plaident en faveur d’un seul chef de l’exécutif. Parce qu’il dirige le gouvernement au quotidien, parce qu’il doit rendre compte de sa politique devant
le Parlement, ce chef doit être le Premier ministre." On ne ferait que copier ce qui existe en Grande-Bretagne, en Espagne, en Italie, en Allemagne…
et fonctionne plutôt bien! J’ai toujours trouvé ça gênant que, dans les réunions intergouvernementales, la France soit souvent le seul pays à être représenté par deux personnes, et non par le
seul Premier ministre. Surtout quand Premier ministre et président ne sont pas du même bord.
L’auteur termine en démontrant que ce changement constitutionnel est tout-à-fait possible progressivement. Or avec notre nouveau président, qui semble déléguer encore moins les pouvoirs qu’un De
Gaulle, on prend plutôt le chemin inverse. J’ai l’impression qu’il est comme un enfant qui, alors qu’il a enfin obtenu ce dont il a toujours rêvait, en veut toujours plus. Et que maintenant qu’il
a enfin ces pouvoirs de président, il veut en grapiller toujours plus, de pouvoirs, à ne plus savoir qu’en faire. Ce qui pourrait le conduire à les
gaspiller, ou les utiliser mal. En plus d’être irresponsable de la part du président (de toutes façons, constitutionnellement, il l’est déjà), ce serait dangereux, non?