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Lundi 8 mars 2010 1 08 /03 /2010 15:02
Après trois saisons à travailler à mon compte comme guide touristique, j'ai décidé de raccrocher. D'abord, parce que j'ai un emploi à temps plein qui ne me permet pas de me consacrer pleinement à cette activité. Ensuite, parce que l'envie n'est plus là. Et j'estime qu'un guide qui n'a pas, qui n'a plus la passion de partager ses connaissances et ses anecdotes n'est pas un bon guide.

Rien à voir avec le tremblement de terre, donc. Comme je l'ai déjà écrit, les zones les plus touristiques (les volcans et lacs, la Patagonie, le désert d'Atacama, l'île de Pâques) n'ont pas été touchées. Et les centres de Santiago, Valparaiso et Viña del Mar offrent toujours les mêmes points de vue, plages et musées aux visiteurs.

L'an passé, j'ai sérieusement songer à investir et monter une véritable petite agence de tourisme indépendante. Si je n'avais pas eu cet emploi stable en parallèle, peut-être l'aurais-je fait. Le potentiel est là, et il existe plein de manières de développer le tourisme dans ce pays. La qualité des tours organisés par les opérateurs chiliens dans la région de Valparaiso et à Santiago laisse souvent à désirer (on vous emmène en bus d'un point à un autre, avec des guides pas toujours bavards ni enthousiastes, et les visites sont très superficielles).

Modestie mise à part, je faisais beaucoup mieux, et j'ai souvent bien plus de connaissances que les guides locaux. Mais c'est fini tout ca. J'ai envie de consacrer mon temps libre à autre chose, et ne m'occuperai désormais d'organiser des visites guidées que pour les amis et la famille, quand ils viendront par ici. A bon entendeur...
Par @tom - Publié dans : Vie du blog (et du blogueur) - Communauté : Voyages
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Vendredi 5 mars 2010 5 05 /03 /2010 19:48
On n’a jamais vu plus tristes humoristes que les amuseurs publics chiliens. Invités dans divers programmes de télé dédiés à mobiliser les Chiliens et à leur remonter leur moral, ils n’ont pas le cœur à la plaisanterie. Désarmés qu’ils sont, comme leurs compatriotes. 2010 devait être une année de célébrations, les 200 ans du pays. La fête a tourné court. Toute manifestation culturelle a été interdite cette semaine. Le festival international de la chanson de Viña del Mar, l’un des plus importants du continent, a été amputé de sa dernière journée, samedi dernier. La venue du roi d’Espagne pour le salon de la langue espagnole a été annulée. Les places de concert pour les prochains jours sont remboursées –qui, de toute facon, a l’âme à sortir et faire la fête ?

La culture risque bien d’être une victime collatérale de ce cataclysme. Qui va dépenser l’argent public dans l’art et les spectacles ? Il n’y aura que les gros producteurs de concert et la télévision pour promouvoir un semblant de culture et de divertissement. Qu’est-il arrivé aux maisons-musées de Pablo Neruda ? Leurs nombreuses collections de coquillages, verres et bouteilles, en autres, doivent être sans dessus dessous. Et quid de l’exposition exceptionnelle de l’armée en terre cuite de l’empereur de Chine ? Les sculptures de soldats grandeur nature, actuellement exposées dans les sous-sols du palais présidentiel à Santiago, auront-elles résisté à cet ennemi que nulle hallebarde ne saurait menacer ?

De tout cela, on n’en parle pas dans les médias. Pas encore, en tout cas. En revanche, au titre de « divertissement », on invite les participants de « Peloton », un reality-show sur le mode « Septième compagnie », à découvrir les images du séisme en direct. Enfermés dans leur bulle, ils n’avaient aucune idée de l’ampleur des dégâts, quatre jours après la secousse. Après que le public ait pu apprécier, avec un brin de voyeurisme, leur réaction incrédule et choquée face aux images, les candidats sont retournés à leur casemate avec une nouvelle mission : faire de leur mieux pour divertir les téléspectateurs et ramener les sourires dans les foyers. Ca me fait rire jaune, mais passons.

La télévision chilienne s’est unie pour organiser un Téléthon spécial pour récolter des fonds en faveur des victimes du séisme, ce week-end. On espère que les humoristes auront retrouvé, au moins un peu, le sourire.
Par @tom - Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur - Communauté : Expatrie(e)s
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Vendredi 5 mars 2010 5 05 /03 /2010 14:41
Je n’ai pas eu l’occasion de regarder TV5, encore moins les chaînes de télé ou les journaux francais. Mais d’après ce que j’ai pu lire ci et là sur Internet, l’information est mal relayée à l’étranger. Sur le site de l’ambassade de France au Chili, on déconseille fortement aux voyageurs de se rendre dans le pays. C’est n’importe quoi. Certes, il y a des pillages et des violences dans les zones sinistrées. Certes, les secours pourraient être mieux organisés. Mais les autorités ont tout de même pris le contrôle des opérations beaucoup mieux et plus vite que l’ont fait, par exemple, les Etats-Unis après la catastrophe de Katrina. Par ailleurs, l’aéroport de Santiago est de nouveau partiellement opérationnel, et la situation est tout-à-fait sous contrôle dans la capitale et dans la région de Valparaiso. Quant aux zones touristiques de l’Atacama et de Patagonie, elles n’ont pas été touchées.

Chaos ? Anarchie ? Danger dans les rues ? C’est peut-être vrai dans les régions les plus touchées ; mais rien de tout cela par ici. Attention, Valparaiso, où l’intensité du séisme n’a été « que » de 7 degrés sur l’échelle de Mercalli (pour la différence entre Mercalli et Richter, voir la table ci-dessous), est assez sérieusement touchée. On compte pas moins de 3.400 maisons fortement endommagées et vouées à être détruites. Le nombre de victimes pour la région s’élève à 25 personnes. Mais la vie continue ici, rythmées par les répliques.

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Le séisme est certes à l’épicentre des conversations et préoccupations, mais le travail fait office d’échappatoire. Curieusement, beaucoup d’employés sont contents d’aller au turbin : certains se sentent plus en sécurité au bureau que dans leur logement. Et en groupe, inconsciemment, on a moins peur. Comme toujours, les drames sont l’occasion de solidarisation et de rapprochement entre les êtres. Mes pensées vont en ce moment à toutes les personnes âgées qui vivent seules dans leur maison, sans famille, sans amis valides, sans visites, et qui traversent seules cette épreuve.

Si l’aide est maintenant bien organisée et le pays tout entier mobilisé, les saccages de supermarchés continuent encore sporadiquement dans les régions du Maule et de Bio-Bio. Mais avec le couvre-feu de 18 heures à midi (18 heures par jour !), ces feux de pailles devraient s’éteindre. Et pour éviter les pillages, la meilleure solution, c’est rouvrir, tant bien que mal -quitte à servir les clients au goutte-à-goutte à travers les grilles.

Les grandes chaînes de magasins l’ont bien compris. Non seulement elles ont travaillé sans relâche pour rouvrir leur succursales, mais en plus, elles accaparent les écrans de télé avec leurs opérations de bienfaisance. Presque toutes proposent, pour chaque panier de nourriture achetée dans leurs locaux, de faire don de l’équivalent aux victimes. En réalité, les grandes enseignes en tirent sans doute un certain bénéfice (d’image, tout au moins), ne nous leurrons pas. Mais ne crachons pas sur une aide toujours bienvenue pour ceux qui n’ont plus rien
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Par @tom - Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur - Communauté : Expatrie(e)s
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Mercredi 3 mars 2010 3 03 /03 /2010 21:26
Bonjour et merci pour vos messages de sympathie. Je voudrais pouvoir y repondre, mais difficile de repondre aux emails et de tenir un blog quand on n'a pas de connection Internet! J'ai pu en trouver une, avec un mauvais ordinateur qui ne connait pas les accents. Mais venons en aux faits.

Apres le premier choc, les autorites ont mis un peu de temps a realiser l'ampleur des degats et a s'organiser. Avec les routes et communications coupees, difficile de reagir au quart de tour. Dimanche soir, pour faire face aux pillages de supermarches, le couvre-feu a ete declare dans les regions du Maule et de Bio-Bio. Mais malgre la presence des militaires, la mise a sac et les violences continuent. Lundi, par exemple, un local a ete volontairement incendie par des voisins depourvus de nourriture. Des voisins inquiets et en colere. Car beaucoup d'entre eux sont encore totalement coupes du monde, ne recoivent aucune information et se sentent oublies par les pouvoirs publics. Hopitaux (quand ils sont en etat de fonctionner), pompiers et forces de l'ordre font sans doute ce qu'ils peuvent, mais ce n'est pas suffisant pour rassurer et s'occuper de toute la population.

C'est dans ce contexte que lundi, la vie a repris a Santiago, a Valparaiso, dans les regions ou les degats sont importants, mais pas au point de paralyser toute activite. Lundi, personne n'avait la tete au travail. Beaucoup ont trouve leur bureau sens dessus dessous, et la journee s'est passee a nettoyer, ranger et prendre des nouvelles de ses collegues. Drole d'ambiance. C'etait un peu comme se reveiller avec une forte gueule de bois apres un week-end d'exces. C'etait un peu comme une seance de therapie collective, chacun s'efforcant d'exorciser ses peurs en racontant son vecu, en ecoutant comment ca s'est passe chez l'autre, quel est l'etendue des degats chez Untel, etc. Savoir que tous sont passes par la meme angoisse, par les memes evenements, c'est rassurant. A chaque nouvelle replique (on en compte environ 200 sur toute la zone, quelques-unes assez fortes) l'atmosphere se tend dans les bureaux. On entendrait une fourmi respirer. Quand la terre se met a trembler, la Terre s'arrete de tourner.

Pendant ce temps a la television, les images de desastre continuent d'arriver, au fur et a mesure que les secours et les journalistes atteignent les zones les plus reculees. Les tragedies humaines s'etalent sur petit ecran. Si le nombre de morts est officiellement de plus de 800 (mercredi matin), aucun chiffre du nombre de disparus ou de blesses n'est disponible. L'entraide s'organise. Les associations humanitaires sont sur le pont, les habitants se filent des coups de main, pretent tentent et vetements chauds, abritent les plus demunis, partagent la nourriture ou une simple pile electrique.

Le soutien vient de l'exterieur, aussi. Michelle Bachelet, d'abord reticente a appeler a l'aide internationale (Haiti en a plus besoin, disait-elle), a finalement du changer d'avis devant l'ampleur des degats. La presidente a demande du renfort pour etablir des hopitaux de campagne et des ponts mecano. De nombreux Etats ont repondu, et Hillary Clinton et le meilleur ennemi peruvien se sont rendus au Chili hier. Parmi les Etats voisins, il est a noter que ce sont des pays parmi les plus pauvres et les plus a gauche d'Amerique Latine, l'Equateur et le Venezuela, qui ont les premiers proposes leur aide au futur gouvernement de droite du pays le plus riche d'Amerique Latine. On peut au moins se rejouir de cela: la solidarite passe au-dessus des clivages politiques. Sans faire de vagues.

Mardi dans la journee, enfin, des caisses de vivres, couvertures et vetements ont commence a arriver dans les zones les plus sinistrees, mettant fin a pres de quatre jours d'isolement total, parfois de jeune. Le Chili commence a relever la tete et a rassembler les forces. Les collectes de dons se multiplient, les convois d'aide benevole partent pour le sud depuis Santiago. Le pays en a vu d'autres (dont le plus fort seisme jamais enregistre, en 1960), et il s'en relevera. J'en parlerai dans mon prochain article, demain j'espere.
Par @tom - Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur - Communauté : Expatrie(e)s
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Lundi 1 mars 2010 1 01 /03 /2010 16:00

D’abord c´est un léger balancement, un bruit sourd qui vous tire de votre sommeil. Un tremblement comme un autre, comme on en ressent régulièrement dans ces contrées. Mais le balancement se transforme en fortes secousses, le grondement s’accentue, menacant. Pas le temps de réfléchir, pas le temps de comprendre, pas le temps d’emporter quoi que ce soit avec soi. Saut du lit, course vers la porte d’entrée. L’encadrement d’une porte : l’endroit le plus sûr pour se protéger. Instinctivement, on s’accroche bêtement au mur. Pas de quoi rassurer la peur : l’impression de tangage est aussi forte que sur un bateau de pêche affrontant des vagues de deux mètres.

 

Pendant que dure le séisme, l’esprit se vide. Impossible de penser. Le fracas de verres qui se brisent, de vitres qui éclatent, les alarmes des voitures, les fondements mêmes de la maison qui craquent et grincent, tout cela couvre le grondement de la Terre. Des éclairs jaillissent : les câbles électriques qui se touchent. Dans ce décor dantesque, on perd la notion du temps. Mais ca parait long, très long : près de 3 minutes de secousses ininterrompues, apprend-on après coup.

 

Puis c’est le calme plat, le silence atterré d’un peuple qui se réveille KO debout. Quelques secondes seulement. Tout de suite après, c’est la panique. Plongés dans le noir, pied nus, en pyjama dans la nuit froide, les Chiliens s’affolent, crient le nom des enfants égarés, de la grand-mère invalide qui n’a pas pu sortir du bâtiment. Des chiens hurlent à la mort, les sirènes des carabineros et des pompiers retentissent au loin. Certains se ruent à l’intérieur, dans l’espoir de sauver quelques objets précieux, de trouver à tâtons chaussures et manteaux. D’autres n’osent pas s’aventurer et restent au sol, traumatisés, dans la nuit fraiche. Sans électricité, sans eau, sans information, il est plus prudent de se regrouper sur le trottoir et attendre la lumière du jour pour évaluer l’ampleur des dégâts.

 

Le lever du soleil fait mal aux yeux : les ravages se découvrent enfin. Faute d’électricité, on allume la radio de la voiture. Les médias parlent d’un tremblement de terre de 8,3 à 8,8 sur l’échelle de Richter, ce qui en ferait l’un des cinq plus forts jamais enregistrés. Les répliques, plus ou moins fortes, se multiplient et rendent difficiles les opérations de secours. Autour de chez moi à Quilpué, pas de maison en ruine, pas de gros dégâts apparents. Mais l’intérieur des bâtiments est souvent bien plus touché qu’il n’y parait. La ville de Concepcion, la plus proche de l’épicentre, est détruite. Les témoignages qui s’accumulent durant la journée, les images qui défilent à la télé (qui fonctione de nouveau) sont catastrophiques. C’est une zone grande comme un tiers de la France qui est sévèrement touchée.

 

En plus du séisme, les villages de la côte centrale ont subi un tsunami ravageur, qui a probablement fait plus de victimes que le tremblement de terre lui-même. Dimanche soir, on estime que 500.000 habitations sont sérieusement dégradées ou totalement détruites. Plus de 700 personnes sont mortes, et le chiffre risque d’augmenter substantiellement : les secours n’ont pas encore pu parvenir à de nombreuses zones isolées, au sujet desquelles ne parvient aucune information. On ne compte pas les disparus ni les blessés.

 

Le premier choc passé, les secours s’organisent mais ne peuvent éviter l’anarchie : dans les villes les plus touchées, coupées du monde, c'est la panique totale et la course aux aliments de base. Les foules se ruent sur les supermarchés, forcent les grilles et ramassent ce qu’elles peuvent, de peur de manquer. Dans les petites communes peu achalandées, des commercants peu scrupuleux doublent, triplent ou quadruplent le prix du lait, de l’eau ou du pain. Les stations d’essence sont prises d’assaut. La peur de manquer se répand, irrationnelle, jusque à Santiago où il n’y a aucun risque de pénurie. Dans la capitale ou à Viña del Mar, pourtant moins touchées, de nombreux opportunistes profitent de la panique et des coupures d’électricité pour dévaliser les magasins. Aliments, vêtements, mais aussi frigos et télés sont enlevés sans vergogne. Les policiers, mobilisés dans tout le pays, ont du mal à réaliser les opérations de secours tout en se préoccupant des voleurs.

 

Devant l’ampleur des dégâts, le gouvernement chilien décrète l’état d’urgence dans les deux régions les plus touchées, avec couvre-feu et plein-pouvoirs aux militaires pour maintenir l’ordre et assurer les opérations d’aide et de secours. Sebastian Piñera, le futur président de la République qui entrera en fonction le 11 mars, appelle le secteur privé à venir en aide à l’Etat. Selon les premières estimations, le séisme et le tsunami qui a suivi auraient causé 30 milliards de dollars de dommages. C’est 15% du produit intérieur brut du pays, rien que ca.

 

La situation est dramatique, mais les Chiliens relativisent : Haïti est dans toutes les têtes. Le séisme qui a touché Port-au-Prince était beaucoup moins fort mais a causé beaucoup plus de dégâts et de victimes. C’est que le Chili est nettement mieux préparé. Les constructions anti-sismiques sont monnaie courante ici : tout nouveau building doit obéir à des règles d’urbanisme strictes (pas toujours respectées, cela dit). Et l’on ne compte pas les nombreuses maisons en bois, très flexibles. Par ailleurs, les Chiliens sont habitués aux secousses telluriques et savent comment réagir face à ces situations. Mais ca n’empêche pas les situations de panique.

 

Ici, avec mes quelques verres cassés, je me sens chanceux. Je dois me passer d’Internet, c’est tout. J’aurais presque honte de moi : j’ai apprécié la sensation de la terre qui bouge sous mes pieds, cette sensation d’être insignifiant et impuissant. Ca fait réfléchir, sur ce qui compte vraiment dans notre existence, sur la vanité humaine, aussi. Mais quand je vois les conséquences, je me dis que l’heure n’est pas à philosopher sur le sens de la vie. Pas encore…

Par @tom - Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur - Communauté : Expatrie(e)s
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