Amateurs de thermalisme et de sources d'eau chaude, venez donc au Chili! Entre établissements de grand luxe, stations thermales familiales et bains rustiques en plein air, vous y trouverez votre compte.
Personnellement, j'ai toujours eu une préférence pour les sources thermales naturelles, inviolées par la main de l'homme. C'est-à-dire des piscines naturelles sans infrastructure, à l'air libre, laissées à leur environnement d'origine. Un lieu en particulier attirait mon attention depuis longtemps: les thermes de la vallée de la Colina, une séries de huit petits bassins de calcaire accrochés à flanc de montagne, à plus de 2.500 mètres d'altitude, au-dessus de Santiago. Un écrin naturel au milieu des Andes, où il n'est pas rare d'apercevoir des condors planer.
Mais encore faut-il y arriver. Le chemin est caillouteux, chaotique. Il faut savoir éviter les chèvres,
s'éloigner des nombreux camions (il y a une mine près du site) et du nuage de poussière qui les suit,
éviter les trous dans la route abîmée par les poids-lourds, les marres d'eau et autres chausse-trappe,
ne pas s'effaroucher face aux nuages menacants au-dessus de nos têtes...
Finalement, après plus d'une heure de tape-fesses motorisé, enfin, la récompense. Nous voilà arrivés aux sources de la béatitude.
L'eau, chauffée par la lave qui passe par les sous-sol du volcan San Jose tout proche, sort de terre en gargouillant à 90 degrés. Un mince filet d'eau dévale la pente lisse et alimente une série de bassins, lentement créés et faconnés par les dépôts naturels de minéraux. Plus l'on descend la pente, plus l'eau se refroidit, et la température des piscines naturelles passe progressivement de 60 à 25 degrés.
L'eau, chargée en minéraux, a des propriétés curatives. Mais pour l'instant, nous n'en avons cure: nous nous délectons de l'eau chaude, tandis qu'il commence à pluvioter et que un vent frais nous fait voler les cheveux dans la figure. Ah, on est bien à l'intérieur!
Et là, moment magique: sur la montagne en face de nous, de l'autre côté de la vallée, ce ne sont pas des gouttes qui tombent, mais d'abondant flocons. Dans notre piscine d'eau chaude, les pieds en éventail, nous assistons avec ravissement au spectacles du sommet se couvrant d'un manteau de blanc. Il ne manque plus que le pisco sour!
Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et il faut redescendre avant l'arrivée de la nuit. Et avant que la pluie ne fasse des ravages sur la chaussée!
Nous passons la nuit au refuge de Lo Valdes, un beau chalet de bois un peu plus en aval, là où la vallée redevient verte. Et pour couronner cette belle journée, les derniers rayons de soleil nous gratifient d'un spectacle magnifique.
Après cinq ans passés au Chili, cela reste gravé comme l'un de mes meilleurs souvenirs.
...et non pas dix ans, comme on nous le rabache depuis des semaines! Pour ceux qui ne s'en souviennent pas ou qui sont trop jeunes, le 11 septembre, c'est le coup d'Etat de Pinochet qui provoque la chute et la mort de Salvado Allende, en 1973. C'est le début du régime militaire qui restera en place au Chili pendant 17 ans.
Le 11 septembre, ici, est une date de deuil pour le peuple de gauche. Mais c'est une aussi une date de célébration pour les (encore) nombreux sympathisants de Pinochet. Même si pour les nouvelles générations chiliennes, le 11 septembre, c'est avant tout les attentats à New York, pour le Chili, cela passe au second plan.
Je ne vais donc pas m'apesantir sur les événements de 2001, mais je trouve intéressant de constater qu'aujourd´hui, trois mouvements se dessinent. Deux courants massifs, et une voie alternative. D'abord, il y a ceux qui croient dur comme fer qu'Al-Qaida et Ben Laden sont 100% responsables des attentats. Parmi eux, une grande partie des militants républicains nord-américains. Ensuite, il y a les théoriciens du complot, toujours plus nombreux, qui invoquent les Illuminati, les franc-macons et autres groupes occultes, qui auraient froidement orchestré la mort de milliers de compatriotes, avec le coup de pouce des terroristes islamistes. Mais il existe une troisième voie, qui se contente de faire de l'investigation rationnelle basée sur les évidences et les documents disponibles, et dont l'analyse n'est pas biaisée. Et qui, sans dénoncer quiconque en particulier, montre bien que l'histoire officielle ne tient pas debout. En voici un exemple (en anglais).
A part ca, on ne sait toujours pas de facon certaine si Salvador Allende a été tué ou s'il a donné fin à sa vie. Sa dépouille a été exhumée il y a quelques mois pour en savoir plus. Et si le rapport d'autopsie valide la thèse du suicide, d'aucuns signalent des failles dans les conclusions et mettent en doute sa crédibilité. Ils point notamment le fait que seuls les forces armées et le corps médical de l'Armada ont eu accès au cercueil, malgré le désir de la veuve d'Allende de voir les restes de son défunt mari. Suspect, si l'on songe que c'est le commandant en chef des forces armées qui a ordonné le coup d'Etat. La mort de l'ex-président risque bien de rester pour très longtemps sujet à controverse. Tout comme les attentats aux Etats-Unis.
On me demande souvent ce qui me manque de la France. En dehors des réponses évidentes (la famille, les amis, le bon fromage et Yvette Horner), je dirais ceci: la culture, l'esprit critique, et l'exigence de la qualité. Il est triste de constater l'ignorance crasse de la grande majorité des chiliens, même parmi ceux qui ont recu une éducation dite "de qualité". La culture, la vraie, est réservée à une élite de connaisseurs, et c'est bien dommage. L'esprit critique, dans un pays muselé par 17 ans de dictature, se développe chez les nouvelles générations. Mais pour être critique, il faut être constructif, il faut un minimum de culture. Donc pour l'instant, l'esprit critique chilien se base surtout sur des complaintes et des revendications. Quand à l'exigence de la qualité, il suffit de regarder la finition, ou plutôt l'absence de finition des ouvrages architecturaux modernes. Pour nous autres Francais, bien des bâtiments ou infrastructures nouvelles ont des airs d'inachevés. Et c'est juste un exemple: beaucoup de choses ici sont faites "al lote", "ahi no mas", c'est-à-dire un peu par-dessus la jambe.
Mais au-delà de ce qui me manque de la France, il me semble plus intéressant de me demander ce que m'a apporté le Chili, comment il m'a transformé en cinq ans de vie commune.
D'abord, il m'a poussé à l'humilité. Je me suis rendu compte ici que le cliché du Francais arrogant et insatisfait est tout sauf un cliché. Depuis, je fais ce que je peux pour donner le contre-exemple.
Il m'a enseigné à savoir me taire sur des sujets sensibles quand je ne partage pas les idées des autres. Toujours se souvenir que l'étranger est bienvenu, tant qu'il ne critique pas ostensiblement le pays qui l'accueille. Ca, c'est l'apanage des locaux.
Il m'a fait apprécier la fragilité de la culture locale, face à l'invasion médiatique, radiophonique et télévisuelle de la culture pop américaine.
Il a radicalisé mes idées politiques, dans un contexte socio-économique très inégalitaire.
Il m'a enseigné à savoir me laisser porter par les événements plutôt que prendre systématiquement les choses en main. Changer de rythme, réduire le stress.
Dans la même veine, il m'a enseigné à être moins exigeant, à savoir accepter la médiocrité. Finalement, quand on baisse ses expectatives, on a moins de risque d'être décu. Donc quelque part, on vit mieux.
Et surtout, il m'a fait réaliser l'importance de garder contact avec ses racines. Je ne parle pas de se regrouper avec les autres Francais du Chili, non. Ca ne m'a jamais particulièrement intéressé: si j'ai choisi de changer de pays, ce n'est pas pour devenir communautaire et côtoyer d'autres expatriés. Quand je dis les racines, je parle de la famille, des proches. La distance et l'absence mettent en relief l'importante de ces relations. Et c'est bien elles, et elles seules, qui me font sentir parfois le mal du pays. Et Yvette Horner.
Cela fait maintenant cinq ans que je vis au Chili. Put... cinq ans, comme dirait l'autre! C'est pas encore sept
ans au Tibet, mais c'est une belle et longue expérience, un quinquennat dont la fin n'est pas encore vraiment programmée. Après m'être adapté à la vie locale, avoir appris l'espagnol le chilien, avoir travaillé comme guide indépendant, avoir bousillé mes yeux et gaspillé mon
énergie oeuvré comme employé puis chef d'équipe à Global Inc, je commence à avoir envie de passer à autre chose. Quoi
exactement, difficile à dire. Retourner en Europe, certainement, plus près des racines. Car si j'ai adopté le Chili, et réciproquement, cela reste un pays d'adoption. C'est chez moi sans être
chez moi. Retourner en Europe donc, mais sans doute pas en France, pas tout de suite. Qu'y faire, je ne sais encore. J'entrevois trop de chemins possibles pour décider lequel suivre.
Fermer ce blog une fois de retour? Possible. Peut-être même avant cela. Je ressens la nécessité d'occuper mon
temps à autre chose qu'à écrire sporadiquement dans cet espace. Vusurlemonde est une fenête qui me plaît, mais les gonds commencent à grincer, la peinture à s'écailler, et je n'ai ni la volonté
ni le temps de lui consacrer une vraie restauration -ou même un bon nettoyage de printemps. Qui plus est, l'objectif initial de ce blog s'est quelque peu évaporé, et je devrais décider de me
consacrer à des projets d'écriture plus ambitieux. Mais c'est difficile. La longueur m'effraie, j'ai toujours été plutôt concis et ma plume n'est pas très endurante.
En plus de cela, Global Inc est une éponge qui absorbe temps et énergie. Agréable éponge, certes, et c'est là le
danger. A trop absorber l'intellect, c'est votre cerveau qui se transforme en éponge. Il a trop travaillé dans la journée, il faut le laisser s'essorer dans la soirée. Et tout ce qui peut y
rentrer alors ne sont que des déchets télévisuels qui, votre cerveau étant dans un état de vulnérabilité spongieuse, sont plus nocifs que le Cif citron. Prière de rincer la matière grise après
usage.
Cerveaux en pilote automatique, Youtoub vous entube, Fessebouc vous addicte, Touitueur vous absorbe. Et moi je
divague et navigue en essayant d'éviter ce trop-plein pseudo-divertissant, pseudo-informatif. J'ai longtemps considéré Internet comme une infinité de fenêtres et portes ouvertes sur le monde, un
espace de liberté. J'ai maintenant l'impression que c'est une prison qui accapare attention et énergie, qui s'infiltre tel une gigantesque pieuvre partout où il peut.
C'est en grande partie le Chili qui m'a connecté. De retour sur le vieux continent, devrais-je en profiter pour
déconnecter? Me transformer en ermite de la virtualité, de ceux qui croient encore que rien ne vaut les relations humaines, commerciales ou diplomatiques en chair et en os? L'ivresse du
modernisme, l'aveuglement béat des Chiliens devant les nouvelles technologies, est-ce un péché de jeunesse? Déconnecter, est-ce faire preuve de sagesse, ou bien cela signifie-t-il que je suis
devenu un vieux grincheux conservateur et rétrograde?
Je ne sais pas. Ce que je sais, c'est qu'encore une fois j'ai digressé. Ce qui se voulait au départ un retour sur cinq ans de vie chilienne s'est transformé en élucubrations. Je crois que ce n'est pas le moment. Le bilan, on le fera en partant. Pour l'instant, je vais juste me déconnecter.
Et vous, vous éteignez votre portable la nuit?
Septembre... la fin des vacances... et le moment idéal pour penser à passer les vacances d'hiver au Chili! Alors pour la première fois depuis longtemps, quelques carnets de voyages pour vous donner envie. Allez hop!
Le Chili a la particularité (une parmi tant d'autres) d'abriter le seul palmier vivant en zone non-tropicale du globe. Le palmier chilien, au tronc épais, mesure en général une quinzaine de mètres de haut et atteint sans problème les mille ans. On recense des spécimens de 30 mètres et de 1.400 ans. Aujourd'hui, il n'existe que trois zones dans tout le pays où cet arbre continue de pousser naturellement. Toutes sont classées zone naturelle protégée.
A un peu plus d'une heure de route de Valparaiso se trouve la forêt de palmiers d'Ocoa, dans le parc national La Campana. L'endroit, abrité des vents froids du sud et de la brume maritime par une imposante montagne (La Campana, nommée ainsi pour sa silhouette en forme de cloche), jouit d'un micro-climat qui permet la survie des palmiers... et qui en fait un site idéal pour une promenade printanière.
A la fois très vert et très sec, le vallon dans lequel se trouvent les palmiers est un havre de tranquillité. Eloigné des principaux circuits touristiques, il est très peu fréquenté, et le calme n'est troublé que par les gazouillement des oiseaux et le frissonnement du vent entre les palmes. La zone faisant partie d'un parc national, il existe plusieurs sentiers balisés et faciles à emprunter. S'enfoncer sous la voûte des grands arbres, monter vers le sommet de La Campana ou s'acheminer jusqu'à un petit cirque orné d'une cascade... le palmar d'Ocoa a de nombreux attraits pour les marcheurs.
Au détour d'un virage, près d'un ruisseau, vous aurez peut-être la chance de croiser des renards, et... des vaches qui n'hésitent pas, malgré leur taille, à s'engouffrer dans les fourrés épineux, à la recherche de nourriture. La première fois, ca surprend. Et puis enfin, il y a les cactus candélabres, qui se parent de fleurs rouges en été. Tout simplement superbe!
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