Mardi 16 mars 2010
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« Le tremblement de terre n’était pas prévu au programme ». Sebastian Piñera
en est fort marri : lui qui espérait insuffler le changement après vingt ans de gouvernance de centre-gauche, le voilà transformé en futur président d’un pays en état d’urgence. Son
programme, ce sera désormais « remettre le pays sur pied ». Le nouveau chef d’Etat l’a dit, la priorité sera reconstruire des hôpitaux et des écoles, réaménager les infrastructures
portuaires et routières, construire de nouveaux logements. Les réformes économiques et sociales attendront.
Comme un malheur ne vient jamais seul, la bourse de Santiago a vu rouge après le séisme. La réplique des marchés secoue à son tour le Chili, et l’on espère que les conséquences ne sauront pas
dramatiques. Le gouvernement a d'ores et déjà prévu de verser des subsides aux entreprises pour éviter les licenciements. Voilà une véritable double peine, totalement injuste, qui me fait dire
une fois de plus que l’économie de marché et le capitalisme ne sont pas des solutions viables, durables et soutenables pour l’Humanité. Heureusement pour le pays, les cours du cuivre, dont il est
premier producteur mondial, ont monté en flèche. Des fois que le Chili cesserait d’exporter, sait-on jamais, les acheteurs se bousculent pour acheter le métal brut.
A l'image du peuple chilien, l'économie vacille mais ne devrait pas flancher. La principale raffinerie du pays est actuellement hors-service, faisant craindre pour l'approvisionnement en
carburant. L'industrie viticole a perdu près de 250 millions de litres. L'agriculture est également touchée. Pas les plantations elles-mêmes, mais le système d'irrigation des cultures, qui
fonctionne à l'électricité. Dans les régions agricoles du sud de Santiago, où le courant n'est pas encore rétabli, on craint de fortes pertes.
Malgré tout, Piñera maintient son objectif de croissance annuelle de 6% pour le Chili. Et c’est possible: il y a tant à reconstruire qu’il y a de quoi donner du travail à de nombreuses
entreprises. Mais plus que jamais, les chiffres ne seront pas représentatifs du nouveau de vie des habitants du pays. Car comme souvent, ce sont les plus pauvres qui ont le plus perdu.
Comment le gouvernement de Piñera va-t-il faire pour surmonter les 30 milliards de dollars de dégâts causés par le séisme (une estimation qui, de plus, pourrait être revue à la hausse)? Il va
d'abord piocher dans la cagnotte de 11 milliards que lui a rapporté l'industrie du cuivre. Ensuite, le Chili va emprunter massivement à l'étranger. Autrement dit, le nouveau président tente de ne
pas modifier outre-mesure son budget prévisionnel et ses projets.
Une hypothèse autrement plus polémique a été avancée: faire passer le coût de la reconstruction au contribuable chilien, et au consommateur. Le gouvernement envisage de surtaxer certains produits
comme les cigarettes, les carburants, les vignettes automobiles, etc. Mais surtout, il est question d'augmenter les impôts. Et ca, ca passe plutôt mal auprès d'une population déjà durement
affectée. Au lieu de cela, il paraîtrait plus judicieux de rogner un peu sur le budget de l'armée chilienne, la plus riche d'Amérique Latine, qui recoit par décret 10% des bénéfices de
l'industrie du cuivre. Mais pour que cela se passe, il faudrait sans doute un autre tremblement de terre. Politique, celui-là.
Par @tom
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Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
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Lundi 15 mars 2010
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15:00
- Chérie, on fait l'amour?
- Hmm... non, j'ai la flemme!
Encore meilleur que le mal de tête!
Par @tom
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Publié dans : Pensées du jour
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Lundi 8 mars 2010
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15:02
Après trois saisons à travailler à mon compte comme guide touristique, j'ai décidé de
raccrocher. D'abord, parce que j'ai un emploi à temps plein qui ne me permet pas de me consacrer pleinement à cette activité. Ensuite, parce que l'envie n'est plus là. Et j'estime qu'un guide qui
n'a pas, qui n'a plus la passion de partager ses connaissances et ses anecdotes n'est pas un bon guide.
Rien à voir avec le tremblement de terre, donc. Comme je l'ai déjà écrit, les zones les plus touristiques (les volcans et lacs, la Patagonie, le désert d'Atacama, l'île de Pâques) n'ont pas été
touchées. Et les centres de Santiago, Valparaiso et Viña del Mar offrent toujours les mêmes points de vue, plages et musées aux visiteurs.
L'an passé, j'ai sérieusement songer à investir et monter une véritable petite agence de tourisme indépendante. Si je n'avais pas eu cet emploi stable en parallèle, peut-être l'aurais-je fait. Le
potentiel est là, et il existe plein de manières de développer le tourisme dans ce pays. La qualité des tours organisés par les opérateurs chiliens dans la région de Valparaiso et à Santiago
laisse souvent à désirer (on vous emmène en bus d'un point à un autre, avec des guides pas toujours bavards ni enthousiastes, et les visites sont très superficielles).
Modestie mise à part, je faisais beaucoup mieux, et j'ai souvent bien plus de connaissances que les guides locaux. Mais c'est fini tout ca. J'ai envie de consacrer mon temps libre à autre chose,
et ne m'occuperai désormais d'organiser des visites guidées que pour les amis et la famille, quand ils viendront par ici. A bon entendeur...
Par @tom
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Publié dans : Vie du blog (et du blogueur)
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Vendredi 5 mars 2010
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19:48
On n’a jamais vu plus tristes humoristes que les amuseurs publics chiliens. Invités
dans divers programmes de télé dédiés à mobiliser les Chiliens et à leur remonter leur moral, ils n’ont pas le cœur à la plaisanterie. Désarmés qu’ils sont, comme leurs compatriotes. 2010 devait
être une année de célébrations, les 200 ans du pays. La fête a tourné court. Toute manifestation culturelle a été interdite cette semaine. Le festival international de la chanson de Viña del Mar,
l’un des plus importants du continent, a été amputé de sa dernière journée, samedi dernier. La venue du roi d’Espagne pour le salon de la langue espagnole a été annulée. Les places de concert
pour les prochains jours sont remboursées –qui, de toute facon, a l’âme à sortir et faire la fête ?
La culture risque bien d’être une victime collatérale de ce cataclysme. Qui va dépenser l’argent public dans l’art et les spectacles ? Il n’y aura que les gros producteurs de concert et la
télévision pour promouvoir un semblant de culture et de divertissement. Qu’est-il arrivé aux maisons-musées de Pablo Neruda ? Leurs nombreuses collections de coquillages, verres et
bouteilles, en autres, doivent être sans dessus dessous. Et quid de l’exposition exceptionnelle de l’armée en terre cuite de l’empereur de Chine ? Les sculptures de soldats grandeur nature,
actuellement exposées dans les sous-sols du palais présidentiel à Santiago, auront-elles résisté à cet ennemi que nulle hallebarde ne saurait menacer ?
De tout cela, on n’en parle pas dans les médias. Pas encore, en tout cas. En revanche, au titre de « divertissement », on invite les participants de « Peloton », un
reality-show sur le mode « Septième compagnie », à découvrir les images du séisme en direct. Enfermés dans leur bulle, ils n’avaient aucune idée de l’ampleur des dégâts, quatre jours
après la secousse. Après que le public ait pu apprécier, avec un brin de voyeurisme, leur réaction incrédule et choquée face aux images, les candidats sont retournés à leur casemate avec une
nouvelle mission : faire de leur mieux pour divertir les téléspectateurs et ramener les sourires dans les foyers. Ca me fait rire jaune, mais passons.
La télévision chilienne s’est unie pour organiser un Téléthon spécial pour récolter des fonds en faveur des victimes du séisme, ce week-end. On espère que les humoristes auront retrouvé, au moins
un peu, le sourire.
Par @tom
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Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
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Vendredi 5 mars 2010
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14:41
Je n’ai pas eu l’occasion de regarder TV5, encore moins les chaînes de télé ou les
journaux francais. Mais d’après ce que j’ai pu lire ci et là sur Internet, l’information est mal relayée à l’étranger. Sur le site de l’ambassade de France au Chili, on déconseille fortement aux
voyageurs de se rendre dans le pays. C’est n’importe quoi. Certes, il y a des pillages et des violences dans les zones sinistrées. Certes, les secours pourraient être mieux organisés. Mais les
autorités ont tout de même pris le contrôle des opérations beaucoup mieux et plus vite que l’ont fait, par exemple, les Etats-Unis après la catastrophe de Katrina. Par ailleurs, l’aéroport de
Santiago est de nouveau partiellement opérationnel, et la situation est tout-à-fait sous contrôle dans la capitale et dans la région de Valparaiso. Quant aux zones touristiques de l’Atacama et de
Patagonie, elles n’ont pas été touchées.
Chaos ? Anarchie ? Danger dans les rues ? C’est peut-être vrai dans les régions les plus touchées ; mais rien de tout cela par ici. Attention, Valparaiso, où l’intensité du
séisme n’a été « que » de 7 à 8 degrés sur l’échelle de Mercalli (pour la différence entre Mercalli et Richter, voir la table ci-dessous), est assez sérieusement touchée. On compte pas
moins de 3.400 maisons fortement endommagées et vouées à être détruites. Le nombre de victimes pour la région s’élève à 25 personnes. Mais la vie continue ici, rythmées par les
répliques.
Le séisme est certes à l’épicentre des conversations et préoccupations, mais le travail fait office d’échappatoire. Curieusement, beaucoup d’employés sont contents d’aller au turbin :
certains se sentent plus en sécurité au bureau que dans leur logement. Et en groupe, inconsciemment, on a moins peur. Comme toujours, les drames sont l’occasion de solidarisation et de
rapprochement entre les êtres. Mes pensées vont en ce moment à toutes les personnes âgées qui vivent seules dans leur maison, sans famille, sans amis valides, sans visites, et qui traversent
seules cette épreuve.
Si l’aide est maintenant bien organisée et le pays tout entier mobilisé, les saccages de supermarchés continuent encore sporadiquement dans les régions du Maule et de Bio-Bio. Mais avec le
couvre-feu de 18 heures à midi (18 heures par jour !), ces feux de pailles devraient s’éteindre. Et pour éviter les pillages, la meilleure solution, c’est rouvrir, tant bien que mal -quitte
à servir les clients au goutte-à-goutte à travers les grilles.
Les grandes chaînes de magasins l’ont bien compris. Non seulement elles ont travaillé sans relâche pour rouvrir leur succursales, mais en plus, elles accaparent les écrans de télé avec leurs
opérations de bienfaisance. Presque toutes proposent, pour chaque panier de nourriture achetée dans leurs locaux, de faire don de l’équivalent aux victimes. En réalité, les grandes enseignes en
tirent sans doute un certain bénéfice (d’image, tout au moins), ne nous leurrons pas. Mais ne crachons pas sur une aide toujours bienvenue pour ceux qui n’ont plus rien.
Par @tom
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Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
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