Mercredi 24 février 2010
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J'ai déjà parlé sur ce blog de Maitencillo, petite cité balnéaire et port de pêche à
60 kilomètres au nord de Vina del Mar. Mais je n'y ai jamais consacré un article entier. L'erreur va être réparée de suite.

Maitencillo, qui possède l'une des plus longues et belles plages de la côte centrale du Chili, est certes un peu moins pittoresque que le village d'Horcon. Mais la petite cité a su garder un certain charme, et n'est pas encore défigurée par les grands buildings. Et pour cause:
Maitencillo s'étale sur une étroite bande de terre, à flanc de falaise: pas de place pour les hautes tours -ou presque, certaines ont réussi à poindre sur les hauteurs.

Maitencillo est depuis longtemps un site de villégiature pour les familles de classe moyenne supérieure, qui viennent de Santiago, Valparaiso ou les villes environnantes pour profiter de l'océan.
On y trouve souvent des politiques en vacances, des acteurs, qui se mélangent avec les locaux, les familles de pêcheurs et les surfeurs. Point de rendez-vous de tout ce monde: le petit marché et
ses poissons frais.

L'eau potable est rare à Maitencillo, et beaucoup de maisons ont des puits assez profonds, ou bien des réservoirs d'eau de pluie. L'eau du robinet a un goût plutôt saumâtre. Pour faire du thé,
c'est horrible. Autant utiliser de l'eau de mer! Mais à part cet inconvénient, c'est un havre de paix (hormis en pleine saison estivale). Il est toujours agréable de se promener entre ces maisons
de vacances en bois, s'arrêter pour déguster une empanada de mariscos (sorte de chausson aux fruits de mer et au fromage, délicieux!), flâner sur la plage, grimper sur le romantique promontoire,
ou bien assister au repas des pélicans.

Les pélicans sont très communs au Chili, et spécialement à Maitencillo. Ils y sont pratiquement apprivoisés: on peut les approcher à moins de deux mètres. Et c'est dans leur propre intérêt: en se
comportant ainsi, ils bénéficient des largesses des pêcheurs, qui tous les jours leur servent une caisse de restes de poissons pour déjeûner. Voilà ce que ça donne:
C'est généreux de la part des pêcheurs, sympa pour les pélicans, et ça devient un spectacle. Mais je ne crois pas que ce soit une bonne chose, en réalité. Car au lieu d'aller pêcher, les pélicans
n'ont plus qu'à paresser en attendant le retour des pêcheurs. Et surtout, ça les rend agressifs. Parfois, les coups de bec sont très méchants et violents. C'est un exemple de plus du
travestissement de l'ordre naturel par la faute des hommes. Mais ne soyons pas si chagrin: après tout, cette coutume fait plaisir à tout le monde, les pélicans les
premiers.
Lundi 15 février 2010
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La société de consommation est-elle en train de remporter une victoire définitive sur
le monde de l'art? J'en ai bien peur. Aujourd'hui, on consomme la musique plus qu'on ne l'écoute, tout comme on se gave d'images et de popcorn. La littérature doit faire vendre; l'architecture
s'est rationalisée, fonctionnalisée (et c'est bien normal) et uniformisée. Tout doit être facile et accessible au grand public: c'est la culture prémâchée.
Tout ca n'est pas très nouveau. Mais ce qui est inquiétant, c'est que les formes d'art moins grand public, jadis affaire de connaisseurs et d'amateurs, sont en train de suivre le même chemin.
L'oeuvre en tant que telle n'intéresse plus la nouvelle génération d'acheteurs d'art. C'est le statut social que cela confère: signe extérieur de richesse, de bon goût, de culture. "Regardez,
j'ai un Pollock dans mon salon. Je n'ai aucune idée de ce que ca représente, mais c'est fort, non?" Dans un monde où tout est ramené à l'argent et au paraître, on considère d'abord une oeuvre par
sa valeur monétaire avant de songer à la valeur artistique. C'est triste.

Triste aussi, le gaspillage de talents. Pour pouvoir vivre de son travail, l'artiste doit de plus en plus s'adapter à un moule qui le rende vendeur, "se prostituer", diraient certains. Il y en a
qui résistent, quitte à bouffer des pâtes sans beurres ad vitam eternam. Mais le talent va aussi là où il y a de l'argent. Or argent et gens d'art ne font pas forcément bon ménage, et le talent
brut n'est pas exploité comme il devrait ou pourrait l'être, mais poli et affadi pour les besoins de celui qui l'emploie.
Faire de l'art qui fait vendre, est-ce pour autant être un vendu? Possible. Car la finalité de l'art n'est pas de vendre. C'est nécessaire pour l'artiste, certes. Mais on parle bien d'un marché
de l'art. Et sur ce marché-là, ce sont les acheteurs qui font la loi, pas les artistes.
Alors pour libérer l'art et les artistes, pour une création sans concessions, il faut inventer ou réinventer de nouvelles formes. L'essor libertaire du théâtre de rue, qui ne doit rien à
personne, est une bouffée d'air frais (même si la qualité n'est pas toujours au rendez-vous). L'art contemporain actuel, de plus en plus conceptuel, cérébral ou incompréhensible, est un
bouillonnant magma transdisciplinaire échappant à toute tentative d'équitetage et de mise en cases. Mais là encore, ceux qui ont l'art de se vendre ne sont pas forcément les plus grands
artistes.
On pourrait aussi "anoblir" au rang d'art des disciplines jusque-là méprisées mais dépourvues de nécessité mercantile, comme le scrapbooking, la récupération créative de déchets ou objets
inusités (je pense au collier de nouilles...). Et pourquoi pas? L'art contemporain s'est bien affranchi de l'esthétisme et des matières, de la technique aussi. Il ne tient qu'au fil tortueux du
concept. Dès lors, pourquoi un collier de nouilles ne pourrait-il pas être considéré comme de l'art, s'il est soutenu par ledit tortueux fil?
Au fond, ce qu'il faudrait, c'est libérer l'art de cette nécessité de plaire au marché, et permettre aux artistes de vivre et créer sans concessions grâce au mécénat. Mais un mécénat sans droit
de regard, comme une sorte de RMI artistique que verserait l'Etat. Et puis surtout, il faudrait redéfinir l'art comme un pur acte de création, qui n'appartient à personne; une création à valeur
non quantifiable et qui n'a pas besoin d'attendre les critiques d'éminents spécialistes pour être qualifiée d'art ou de cochon. Ainsi, et seulement, l'art pourra s'affranchir de l'oppressante
société de consommation et redevenir ce qu'il aurait toujours dû être: une discipline universelle, qui ne s'achète ni se vend, et appartient à l'Humanité toute entière.
Par @tom
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Publié dans : Un peu d'art
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Mercredi 10 février 2010
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14:10
Les actionnaires au gouvernement. La droite libérale en rêve partout dans le monde,
Sebastian Piñera l'a fait. Le nouveau président chilien a divulgué hier la composition de son cabinet: on dirait le comité de direction d'une multinationale. Sur 22 ministres, on trouve pas moins
de 7 entrepreneurs et 11 économistes ou spécialistes de la finance. Voici quelques-unes des figures principales:
Rodrigo Hinzpeter, ministre de l'Intérieur, numéro 2 du gouvernement:
Spécialiste du droit des affaires, issu d'une famille de gauche (Hinzpeter père était
intime d'Allende), il a progressivement dérivé à droite et est devenu le bras droit de Piñera. C'est peut-être cela que le nouveau président appelle "l'esprit d'ouverture".
Alfredo Moreno Charme, ministre des Relations
Extérieures, numéro 3: Spécialiste de la finance et des fusions d'entreprises, il est directeur ou vice-président de plusieurs grandes companies nationales. et internationales. A l'image de
Piñera qui a finalement vendu ses actions de Lan Chile, il devrait renoncer à la plupart de ces fonctions.
Jaime Ravinet, ministre de la Défense, numéro 4:
Membre de la Démocratie Chrétienne qui faisait partie de la coalition gouvernementale de centre-gauche, dont il a été ministre. Figure de la politique chilienne, c'est le premier "traître" à
retourner sa veste (quand il a appris sa nomination, il a quitté la DC après 49 ans de militantisme). Voilà qui va faire mal à la future opposition, et peut-être amener le centre à défaire son
alliance avec les socialistes et se rapprocher de la droite piñeriste.
Cristian Larroulet, secrétaire général de la
Présidence, numéro 6: Un autre économiste qui a fait ses classes auprès de l'école ultra-libérale de Chicago, tout comme Alfredo Moreno. Piñera avait dit que son gouvernement ne compterait
aucun ancien ministre de Pinochet. Peut-être, mais Larroulet fut directeur de cabinet de l'emblématique ministre des Finances de Pinochet, Hernan Buchi.
Et que dire de Joaquin Lavin, assesseur de la
planification nationale de Pinochet, éminence de l'Opus Dei, nommé ministre de l'Education? On peut comprendre que Piñera se devait d'accorder un portefeuille à Lavin, qui fut son adversaire
présidentiel il y a quatre ans et s'est depuis converti en précieux allié. Mais l'éducation? Autant la confier aux jésuites!
Parmi les autres cadres du gouvernement, on compte également l'un des architectes de l'indépendance de la banque centrale (clairement, il a fait en sorte que l'Etat se mêle le moins possible des
marchés financiers et du business local), six femmes (mais aucune en charge d'un ministère stratégique), et des vrais professionnels pour des domaines aussi spécifiques que la santé ou
l'agriculture (ca, c'est plutôt bien). Et pour le côté people, on a mis un acteur de télé (qui possède aussi une compagnie de théâtre e est assesseur culturel, il est vrai). Là, sans
commentaire.
Bref, moi qui espérais un gouvernement ouvert, comme Piñera lui-même l'avait annoncé, j'ai été bien optimiste et naïf. Certes, à première vue, il y a beaucoup d'indépendants (la moitié des
ministres ne sont affiliés à aucun parti) et un ex-pilier du centre-gauche. Mais tous ces indépendants sont bien évidemment sympathisants du nouveau président. Et au final, c'est surtout un
cabinet d'économistes et de financiers. Qui, j'en ai bien peur, risquent de gouverner un pays comme ils géreraient une fabrique de pots de yaourts. L'avenir le dira...
Par @tom
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Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
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Jeudi 4 février 2010
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23:46
Cela fait maintenant presque trois semaines que le Chili a élu son nouveau président,
Sebastian Piñera. Et je n'ai pas écrit une ligne à ce sujet. Pourquoi? Parce que ledit président n'entrera en fonction qu'en mars, donc il y a le temps pour en parler. Et puis sitôt l'élection
terminée, tout le monde est parti en vacances, et moi-même je vaquais à d'autres occupations. Mais passons, j'ai décidé qu'il était temps de sortir de mon mutisme.
Sebastian Piñera est souvent comparé à Silvio Berlusconi. Tous deux hommes de droite, ils ont amassé une grande fortune dans les affaires (Piñera est actionnaire principal de la compagnie
aérienne Lan, du plus grand club de foot chilien et d'une chaîne de télé). Tous deux ont vu en la politique une sorte d'ultime challenge, et l'on pourrait dire que les deux y ont cherché une
sorte de consécration.
Mais la comparaison s'arrête là. Berlusconi s'est allié à l'extrême-droite et a fait passer des lois aventageuses pour ses négoces. Piñera, lui, a promis qu'aucun ancien ministre de la dictature
de Pinochet ferait partie de son gouvernement, et il s'est engagé à vendre toutes ses actions. Bon, il y a de fortes chances que ca reste en famille, mais au moins il fait preuve d'intégrité.
J'ai aussi l'impression que pour Berlusconi, la consécration consistait à arriver au sommet. Piñera a vraiment le désir de changer et de "faire les choses bien", sans quoi il ne considérera pas
avoir atteint cette fameuse consécration. Ceci dit, il a déjà la satisfaction de mettre fin à vingt ans de règne de la coalition de centre-gauche qui gouverne le Chili depuis la chute de
Pinochet.

Comment Piñera agira-t-il une fois au pouvoir? Je ne me livrerai à aucun pronostic. Mais j'ai peur qu'il oublie un peu vite son programme social et fasse des ponts d'or à ses copains
capitalistes. Comme un certain Nicolas. Oui, selon moi, Piñera s'apparente plus à Sarkozy. Comme lui, il risque d'avoir une politique très capitaliste, et souhaite renforcer la lutte contre la
délinquance (au prix de quelles entraves à la liberté individuelle? c'est bien cela qui inquiète ses détracteurs). Comme lui, il a annoncé qu'il souhaiterait intégrer des personnalités de gauche
et du centre dans son gouvernement. Et ca, c'est très intéressant, dans un pays où le clivage droite-gauche est très marqué (en gros, il divise les ex-pinochétistes à droite et les opposants à la
dictature de l'autre côté).
En France, Nicolas Sarkozy a non seulement réussi à intégrer des personnalités de gauche dans son gouvernement et faire en sorte que cela fonctionne, mais il a aussi durablement affaibli
l'opposition, désemparée face à cette "trahison" de quelques membres historiques et qui ne sait plus trop sur quel pied danser. Très vicelard, comme stratégie. Plus que l'esprit d'ouverture, je
soupconne que c'est cette possibilité de faire vaciller l'opposition qui a motivé Piñera à imiter Sarkozy. Mais laissons-lui pour l'instant le bénéfice du doute.
Si Sebastian Piñera réussit à ouvrir son gouvernement à gauche, ce sera de toute facon une grande victoire pour lui. Soit une victoire de la démocratie et de l'ouverture, signifiant que la droite
a définitivement tiré un trait sur la sombre époque de la dictature; soit une victoire de la droite face à l'opposition, qui se retrouverait profondément démobilisée si certains cadres
acceptaient l'offre du nouveau président. J'espère profondément que la première option l'emportera. Sans trop y croire...
Par @tom
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Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
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Dimanche 10 janvier 2010
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19:06
Il est important d'être toujours rassasié. Ainsi, impossible de vous faire avaler des
couleuvres.
Par @tom
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Publié dans : Pensées du jour
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