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Vendredi 2 octobre 2009 5 02 /10 /Oct /2009 21:54
Il était une fois un champ de geysers perdus, solitaires, dans les hauteurs arides de la cordillère des Andes. Durant des millénaires, peut-être plus, les fontaines d'eau bouillante ont vécu tranquilles, suscitant vraisemblablement le respect et la crainte des populations indiennes. Et puis l'homme moderne est apparu, avec toute sa curiosité, sa science, son argent et son avidité.


Les geysers d'El Tatio, malgré leur isolement à 4.200 mètres d'altitude, sont peu à peu devenus l'un des plus grands attraits touristiques du Chili: c'est le troisième site le plus visité du pays, avec plus de 100.000 visiteurs par an. C'est merveille de voir les colonnes de fumée s'élever à l'aurore dans leur écrin montagneux, d'observer les couleurs chatoyantes au fond des sources bouillonnantes, d'y faire chauffer le lait et cuire les oeufs du petit déjeuner, et enfin de se baigner dans une piscine naturelle d'eau chaude alors que la température extérieure atteint les -2 degrés.


Ca, c'est le côté agréable et inoffensif de l'homme moderne. Mais je l'ai dit, il n'y a pas que la curiosité. Le gouvernement chilien et des entreprises privées y ont vu un moyen de développer l'énergie géothermique. D'un point de vue environnemental, c'est une bonne idée, puisqu'il s'agit d'une énergie renouvelable. Oui mais voilà: il s'agit d'un site unique, de grand intérêt géologique, l'un des joyaux du pays. Or ces considérations n'ont pas empêché le gouvernement de permettre l'exploitation du site (ou tout au moins, juste à côté).

Et ce qui devait arriver se produisit: en forant sur le plateau à proximité des geysers pour chercher un filon d'eau chaude, l'Entreprise Géothermique du Nord a créé accidentellement un nouveau geyser, de 60 mètres de haut (alors que les autres atteignent au plus un mètre). Pour être clair, les geysers d'El Tatio, avant, c'était ca:


Maintenant, c'est ca:


Selon les scientifiques, les geysers ne vont pas disparaître, mais la création de cette nouvelle colonne d'eau gigantesque a fortement modifié la pression, et la plupart des sources d'eau chaude sont désormais réduites à de simples gargouillis. L'entreprise doit maintenant faire appel à des spécialistes étrangers pour réparer les dégâts. En espérant qu'il soit possible de simplement "reboucher" un trou d'où jaillit avec violence une colonne de 60 mètres d'eau bouillante.

De mon côté, moi qui croyait que le Chili avait finalement compris l'intérêt qu'il avait à protéger ses richesses naturelles, je tombe de haut. Au moins 60 mètres.

PS: aux dernières nouvelles, le geyser géant a pu être contenu, et des actions en justice pourraient être menées contre le groupement d'entreprises responsable, ainsi que les institutions estatales qui ont autorisé l'exploitation.
Par @tom - Publié dans : Sauver la planète - Communauté : Voyages
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Samedi 26 septembre 2009 6 26 /09 /Sep /2009 04:52
Il y a quelques jours, j'ai déambulé dans les rues et collines de Valparaiso accompagné d'une touriste un peu particulière, puisqu'il s'agissait d'une jeune journaliste du Petit Journal de Santiago*. L'idée était de faire un reportage facon carte postale-bons plans sur Valparaiso, avec une vision francophone. Donc voilà, j'y apparais un petit peu en tant que guide. L'article est par là: http://www.lepetitjournal.com/content/view/47203/1221/

*Le Petit Journal est un réseau de sites d'information francophones éparpillés dans plusieurs grandes villes du monde. Santiago y compris. L'édition chilienne a plusieurs milliers d'abonnés.
Par @tom - Publié dans : Vie du blog (et du blogueur) - Communauté : Voyages
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Jeudi 24 septembre 2009 4 24 /09 /Sep /2009 15:30
Il est parfois des commentaires journalistiques qui me font sursauter. Je regardais l'autre jour "Informe Especial", l'équivalent chilien d'"Envoyé Spécial" en France. Il y avait un reportage sur le trafic de drogues entre Pérou, Chili et Bolivie, et notamment sur les "mulets", sobriquet donné aux pauvres gars que l'on paie pour traverser les Andes à pied avec la marchandise. Outre le fait que ces pauvres gens soient payés une misère (en comparaison de ce que va rapporter la vente aux vrais trafiquants, qui eux ne prennent pas le risque de se faire prendre par la police), c'est souvent mieux que n'importe quel job qu'ils pourraient trouver en Bolivie, par exemple.

Passons sur ces tristes faits, ce n'est pas là que je veux en venir. Ce qui m'a fait sursauter, c'est le commentaire du journaliste au sujet de la douane à Arica. Ville-frontière avec le Pérou, Arica voit défiler chaque jour des centaines de Péruviens, mais aussi Boliviens qui voient le Chili comme une sorte d'Eldorado. L'équipe d'"Informe Especial" a filmé en caméra cachée la brigade des stupéfiants, et il apparait vite qu'un grand nombre de ressortissants chiliens et boliviens tentent d'entrer au Chili avec le drogue. Commentaire du journaliste: "Remarquez les caractéristiques physiques de ces gens."

C'est clairement un commentaire que l'on n'entendrait pas à la télévision francaise. Chez nous, ce serait considéré comme raciste, et un journaliste qui userait de tels propos serait vraisemblablement interdit d'antenne pour un bon bout de temps. Maintenant, si l'on y pense bien, est-il plus discriminatoire de stigmatiser les "caractéristiques physiques", ou de dire clairement dans le reportage: "la majorité des gens arrêtés à la douane sont des ressortissants boliviens et chiliens, tous d'origine aymara ou autre ethnie indigène"? Désigner les "caractéristiques physiques", c'est certes discriminant, mais n'est-il pas plus humain de laisser planer un doute sur leur identité, plutôt que pointer clairement du doigt les communautés indigènes? Qu'en pensez-vous?
Par @tom - Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur - Communauté : Libre pensée politique
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Lundi 21 septembre 2009 1 21 /09 /Sep /2009 15:10
Les ascensores de Valparaiso, ces fameux funiculaires en bois qui parsèment les collines de la ville portuaire, sont-ils menacés de disparition? Emblème incontournable de la cité, ils constituent pourtant un moyen de transport économique, écologique et pittoresque. Mais la plupart des ascensores sont trop peu rentables, ou trop dangereux et vétustes, ou trop chers à restaurer, ou... les trois à la fois. La machinerie de certains funiculaires n'a pas été changée depuis près d'un siècle. Par exemple, l'ascensor Las Monjas ("les nonnes") est assez vertigineux et brinquebalant pour donner envie de dire le Pater noster quand on l'emprunte.

La majorité des quinze ascensores restants (trois d'entre eux sont arrêtés) sont privés; cinq sont municipaux. Et mis à part deux d'entre eux (Concepcion et Artilleria, les plus touristiques), il est vrai que la fréquentation est assez faible. Si bien que les funiculaires privés pourraient fermer l'un après l'autre. Une éventualité confirmée par l'annonce, la semaine dernière, de la fermeture de trois des douze ascensores encore en fonctionnement.


La situation n'est pas nouvelle, les autorités locales le savent bien, mais rien n'a été fait pour y remédier. La municipalité de Valparaiso, peu riche, se désole de la situation. Elle serait prête à racheter ces trois funiculaires privés, mais elle n'a déjà pas les fonds pour entretenir convenablement ceux qu'elles possèdent. Le ministère des Biens Nationaux étudie l'acquisition des ascensores municipaux, mais l'étude est au point mort depuis des mois, et cela ne réglerait pas le problème des funiculaires privés. Quant à l'intendance régionale, elle a offert son aide, mais avoue qu'il n'y a aucun plan concerté entre la ville, la région et le gouvernement. A tel point que l'indendant (l'équivalent d'un préfet de région chez nous) parle déjà de "sauver au moins les funiculaire municipaux", à défaut de pouvoir les sauvegarder tous. Optimisme quand tu nous tiens...

Les ascensores sont à Valparaiso ce que "Stairway to Heaven" est à Led Zeppelin: l'ascenseur à la postérité. Les supprimer, ce serait enlever un peu d'âme à la ville. Et ce serait soustraire au tourisme l'une des principales attractions de la Ciudad-Puerto. Autrement dit, ce ne serait pas bon pour l'économie. Mais la ville a déjà sauvé de l'abandon les traditionnels trolleys de Valparaiso. Je suis donc plutôt confiant pour le futur des ascensores. Il suffit que les politiques cessent de se renvoyer la balle et finissent par décider qui s'y collera à casser sa tirelire et venir à la rescousse des funiculaires. Ca peut prendre un certain temps, mais ca finira par se résoudre.
Par @tom - Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur - Communauté : Voyages
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Samedi 19 septembre 2009 6 19 /09 /Sep /2009 16:22
Ce week-end au Chili, ce sont les fiestas patrias. Fête nationale le 18 septembre, et jour de l'armée le 19. Il paraît que la majorité des Chiliens pensent qu'il s'agit de la déclaration d'indépendance du Chili, alors que c'est la première réunion du Congrès, en 1810. L'indépendance ne sera proclamée qu'en 1818.

Mais peu importe ce que l'on commémore, ce qui importe aux yeux des Chiliens, c'est la célébration, qui dure trois jours et trois nuits. Certes, il y a les défilés militaires, discours officiels et tout le tintouin protocolaire. Mais le sentiment patriotique des Chiliens s'attache assez peu aux faits d'armes des ancêtres. C'est avant tout une grande fête populaire, où l'on se réunit en famille, entre amis, ou au milieu d'une foule de gens dans les "ramadas", sortes de grands banquets en plein air (pensez aux festins des albums d'Astérix, ca vous donnera une idée).


Les Fiestas Patrias, c'est le moment de l'année ou les estomacs grandissent, grandissent pour ingurgiter des kilos de viande au barbecue et des litres de chicha (un vin nouveau cuit, très sucré) et autres boissons alcoolisées.

Les Fiestas Patrias, c'est le moment où l'on peut commencer, normalement, à sortir les vêtements d'été (ce n'est que le début du printemps, mais avec l'alcool, ca tient chaud)


Les Fiestas Patrias, c'est le moment où les propriétaires de salles de gym et les vendeurs de Weight Watchers commencent à se frotter les mains: après les kilos pris pendant les fêtes, il faut se mettre à la diète en prévision de l'été.


On pourrait faire une liste beaucoup plus longue, mais je vais m'arrêter là. Ce que je trouve plus intéressant, c'est que les Fiestas Patrias, c'est peut-être le seul moment de l'année où l'on ravive le concept de "chilénité". Soudain, la danse traditionnelle de la campagne, la cueca, se rappelle au bon souvenir des citadins. Durant quelques jours, il est de bon ton de célébrer les paysans, les "huasos", et leurs coutumes ancestrales -que l'on ignore ou raille durant le reste de l'année.



Septembre est un mois chargé en célébrations au Chili. Une semaine avant la fête nationale, on célèbre le 11 septembre, jour du coup d'Etat de Pinochet et la mort de Salvador Allende. Aujourd'hui encore, l'armée chilienne commémore officiellement le coup d'Etat. Et le commémore plutôt comme un événement positif. D'ailleurs, l'ancien vice-commandant en chef des armées a qualifié Allende de "pire président de l'Histoire du Chili", et affirme que le coup d'Etat et les violences commises sont "de la faute des socialistes".


Côté socialiste, beaucoup déplorent que l'on commémore la mort d'Allende le 11, plutôt que le 4 septembre, jour de son accession au pouvoir. Ce serait certes plus joyeux, mais l'Histoire retiendra surtout les événements du 11 septembre, et Pinochet et Allende resteront indéfectiblement liés. 36 ans après le coup d'Etat, il y a toujours des manifestations et échaufourrées à Santiago le 11 septembre. Et il est probable que durant de nombreuses années encore, partisans de l'un et de l'autre commémorent simultanément le même événement, mais avec des visions totalement opposées.

Après ca, on peut comprendre que pour la fête nationale, une semaine après, on se soucie surtout de bien boire et manger!
Par @tom - Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur - Communauté : Voyages
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