Vendredi 25 mai 2007
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DANS LE MONDE DES CALINS
Cécile a 22 ans, elle est blonde, élancée, jolie, souriante… et elle est free huggeur. Vous connaissez le principe du free hug? Ces gens qui, de façon spontanée,
embrassent les passants dans la rue pour leur donner un peu de chaleur humaine. Cécile, qui a un grand cœur croisé Playtex, a été enchantée par l’idée dès qu’elle en a eu
connaissance et s’est tout de suite acheté un t-shirt de free-huggeur. Dès sa première sortie dans la rue, ce fut un succès: «Toutes les personnes que j’ai
embrassées étaient ravies. Il y a même des ados qui sont venus me donner un hug rien qu’en voyant mon T-shirt…» en reluquant l’abondante poitrine qui pointe dessous,
diront certains… C’est vrai que Cécile, rien qu’en la voyant, on a envie de lui donner un câlin (non, ce n'est pas elle sur la photo en-dessous).
Victor a la cinquantaine passée, c’est un vieux hippie bedonnant, à moitié édenté, aux cheveux poivre et sel fins comme du poil d’âne. Lui aussi est free
huggeur. Sympathique, le bonhomme. Souriant, jovial. Mais en revanche, il est un peu déçu du free hug. «La plupart du temps, quand je veux donner une embrassade à un
quidam dans la rue, on me repousse. Les gens sont pas ouverts, de nos jours. Il y en a même qui ont peur de moi, je les vois changer de trajectoire quand ils approchent! Alors
qu’un peu de chaleur humaine, ça a jamais fait de mal à personnes, au contraire!» Lui-même, hors caméra, avoue qu’il a aussi adhéré au mouvement parce qu’il se sent en manque de contact physique,
d’affection.
Voilà, Victor a lâché le morceaux: je soupçonne la communauté des free huggeurs d’être un rassemblement de gens laids, d’êtres en manque d’affection, qui a trouvé là un concept en or pour avoir droit à des câlins et tripoter un peu gratis.
Bon je crois que sur ce coup-là, j’ai mauvais esprit. En réalité, j’aime bien ce concept de free hugs, parce que je pense, comme beaucoup, que ce monde manque d’amour et de tendresse, bordel!
***
Ca me rappelle un artiste de rue, vu en 2002 au Coup de Chauffe (le festival d’arts de la rue de Cognac). Il s’appelait le Caresseur public. C’était
un personnage intrigant, silencieux. Une grande cape noire, des gants de velours rouge, un long masque blanc mélancolique: on aurait dit un mélange entre un personnage de bal masqué du carnaval
de Venise et une statue de cire. Car le Caresseur restait de longues minutes assis sur sa chaise, sans bouger. Il apparaissait de nulle part, discrètement, s’installait sur une pelouse ou dans
une ruelle, et attendait.
Et puis soudain, le Caresseur se levait doucement, marchait lentement vers un passant, et délicatement, en silence, posait une main de velours sur sa
joue. Le passant, déconcerté, se laissait presque toujours faire. Les réticences tombaient vite, il se laissait embrasser par la longue cape noire, caresser le visage par les
gants. Et ressortait tout chamboulé de ces quelques secondes d’étreinte muette et surréaliste.
J’ai eu la chance, en tant que journaliste, de rencontrer l’homme qui se cachait derrière ce déguisement. Il nous a expliqué qu’il observait attentivement les passants avant d’en choisir un et de
l’aborder en douceur. Avec l’expérience acquise au cours des années, il parvenait à déceler les gens qui manquent d’affection, et qui ne se
fermeraient pas à ses caresses.
Et le voir à l’œuvre était fascinant. J’ai vu une dame pleurer dans ses bras. Au début, elle rigolait nerveusement en direction de ses copines avec qui elle se promenait. Et puis soudain, elle
s’est abandonné dans ces bras inconnus, doux et forts, rassurants. Elle s’est laissé aller, a serré très fort le Caresseur, et a fondu en larmes.
"Cela arrive souvent, nous confiait l’artiste. C’est pour cela que je continue. Parce que des milliers de gens ont besoin de cette petite dose d’amour que je peux leur apporter. Et parce qu’ils
me le rendent bien."
Alors à toi qui lis ces lignes, je t’envoie, moi aussi, un free hug virtuel. Prends soin de toi.