Jeudi 21 juin 2007
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19:40
A la demande d'El Nino et d'Aelor, un nouvel article sur le
Transantiago. J'ai déjà expliqué que le nouveau système de transports public de Santiago, s'il était nécessaire et bienvenu pour désengorger le trafic et réduire la pollution, est un échec cuisant pour le gouvernement. J'ai déjà dit qu'il a causé de nombreux dégâts pour les travailleurs de la rue. Depuis près de cinq mois que le Transantiago a été mis en place, les dysfonctionnements se multiplient, entraînant
manifestations des usagers mécontents et faisant chuter la cote de popularité du gouvernement.
La grande erreur du Transantiago est d'avoir été mis en place sans concertation des usagers (pour un gouvernement qui s'appelle la Concertacion, c'est
un comble!) Des usagers qui n'ont rien compris au soudain changement de système, malgré la campagne d'information confiée en janvier à l'ex-star du foot et héros national Ivan Zamorano (depuis,
il est devenu tellement impopulaire qu'il parle de s'expatrier...) Au bout de cinq mois, ils s'y sont finalement habitués, mais tous les matins c'est la même galère: il n'y a pas assez de bus, les gens s'entassent et rentrent sans payer, et sont souvent contraints d'attendre longtemps, très longtemps avant de pouvoir se rendre à leur
travail.
Résultat: le métro, alternative au bus, est engorgé. Tellement, que parfois les carabineros ferment les grilles des stations pour laisser s'écouler le
flot de passagers, avant de laisser passer les usagers qui piaffent d'impatience derrière les grilles. Sitôt ouvertes, une pression monstre vous
pousse vers l'avant, vous voilà emporté par la foule qui vous trrrraîne qui vous entrrrraîne... mais moins joyeusement que dans la chanson. Il ne fait pas bon être un enfant, une femme enceinte
ou un handicapé pour prendre le métro le matin!
Les problèmes du Transantiago ont grandement occulté le reste de l'actualité chilienne. Depuis 5 mois, on ne parle que de ça, ou presque (ce qui
empêche d'évoquer les autres problèmes). Et comme la majorité des médias sont hostiles au gouvernement, ils en remettent un couche dès qu'ils peuvent. Alors que tout n'est pas si noir, puisque
la pollution a baissé (un peu), puisque certains trajets sont bien plus rapides qu'avant, puisque l'on peut désormais voyager en métro et en bus avec
la même carte d'abonnement...
Mais pourquoi, au bout de cinq mois, n'a-t-on pas augmenté le nombre de bus? L'idée du Transantiago était de faire baisser la pollution, donc de
diminuer le nombre de véhicules en circulation. Ca a été fait, mais trop. Le gouvernement a donc demandé à ce que l'on rajoute des bus. Sans succès. Car si le métro est public, ce sont des
entreprises privées qui couvrent le réseau de bus. Et la plupart d'entre elles ont réduit le nombre de bus en circulation pour faire des économies,
malgré les remontrances du gouvernement. Oui, parce que chaque entreprise s'est vue confier un secteur de Santiago, donc il n'y a plus de concurrence entre elles. Donc, même si elle fait circuler
moins de bus, pas de risque pour l'entreprise de se faire "piquer" ses client. Alors pourquoi dépenser plus en carburant et en salaires de chauffeurs, si c'est pour obtenir pratiquement les mêmes
revenus?
De plus, se sachant "couvertes" par le gouvernement, ces entreprises se défaussent de toute responsabilité en cas de problèmes. Leur attitude montre
bien que la coopération public-privé, de manière générale, ne fonctionne pas (je pense notamment aux cliniques avec obligation de service public dans
les zones rurales françaises...) Au Chili, tout le monde en a ras la casquette. Et la colère des usagers est parfois très violente.
"Transantiago, toujours la même merde", dit ainsi ce manifestant prêt à casser la vitre du bus à coup de projectile.
Résultat, les conducteurs des bus laissent parfois monter les usagers sans payer (30% des voyageurs
frauderaient, chiffre en hausse). C'est compréhensible: en plus de devoir contenir les mécontents, les chauffeurs sont déçus par le Transantiago, notamment parce qu'ils n'ont pas obtenu les
avantages qu'ils espéraient (meilleurs salaires, horaires de travail moins exténuants) et parce que certains de leurs collègues ont perdu leur emploi. De plus, leur salaire ne dépend pas de ce
que paient les usagers, et ils considèrent qu'ils sont là pour conduire, pas pour faire la police.
Mais c'est un cercle vicieux, puisque les chauffeurs incitent ainsi leurs employeurs à réduire encore la voilure: il
semblerait que le Transantiago ne soit pas rentable, et que la plupart des entreprises de bus soient déficitaires. Donc rien ne les pousse à faire des efforts, à moins que le
gouvernement ne mette la main à la poche. Ce qu'il fait, non sans mal.
Bref, tout va mal, si bien que l'ex-président centriste Eduardo Frei, devenu sénateur, propose de nationaliser le Transantiago. Si son idée était
acceptée, ce serait une petite révolution. Le Chili n'a sans doute pas connu de mesure autant "de gauche" dans sa politique économique depuis
Allende. Et pourtant, Frei n'est pas un gauchiste, il aurait plutôt tendance à favoriser le privé. Alors pour qu'il en arrive à dire ça, pour qu'une partie de l'opposition de droite accepte de
voter une augmentation des crédits publics pour le Transantiago, c'est bien la preuve qu'il y a un vrai problème.
Par @tom
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Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
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J'ai pris le métro de Santiago quand je suis allé au Chili il y a 5 ans et demie. Je me suis cru à Bruxelles ou Paris. D'ailleurs, les ingénieurs français de la RATP y avaient aidé non ?
Merci au passage de me faire de la pub ;)
Et pour la pub, de rien ;)