Vendredi 7 septembre 2007
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C'est légèrement remonté que j'écris ces lignes. Remonté contre l'arrogance, la suffisance et le
cynisme (au choix, ou les trois à la fois) de bon nombre de mes congénères franco-français. On m'avait pourtant dit, quand je n'étais moi-même qu'un petit Français en Erasmus, que
les Français étaient froids et arrogants et peu accueillants. Moi je rigolais, je disais que non, que c'est un cliché, que c'est juste les Parisiens qui pestent dans le métro contre les touristes
qui les ralentissent.
Et bien non, ce n'est pas qu'un cliché. Ne vous en déplaise, messieurs et mesdames mes concitoyens, une part non négligeable d'entre vous est assez désagréable, négative, stressée, malpolie,
cynique, arrogante, méprisante, carapaçonnée dans ses certitudes pourtant souvent fausses... et par dessus tout, sourde aux critiques. Non, pire: les Français
entendent la critique, mais la rejettent en critiquant à leur tour. Surtout si ça vient de l'extérieur. Il n'y a que les Français qui sont suffisamment supérieurs pour pouvoir
donner des leçons!
Oui, je vous l'ai dit, je suis un peu énervé, là! Mais c'est que j'ai des exemples. Prenez un truc tout bête: l'accent. L'autre jour, je vais dans un bar à tapas de Bordeaux avec des collègues.
On commande tous des tapas, avec des noms en espagnol. Et quand vient mon tour, je me fais railler parce que je prononce avec l'accent! Dans le même
genre, vous avez remarqué, aussi, qu'à chaque que l'on entend un mot étranger à la radio ou à la télé, les journalistes le francisent, ou plutôt le franchouillardisent? Comme s'ils n'étaient pas
capables (enfin, certains...) de le prononcer correctement? Ben non. Et on y est tellement habitué que le jour où quelqu'un prononce avec l'accent, ça nous choque presque les oreilles!
Il y a aussi cela: les Français, soit par fierté, soit par honte, font un blocage lorsqu'il s'agit de s'exprimer dans la langue de Shakespeare,
Goethe, Neruda ou Rakham le rouge. J'ai constaté ça à de nombreuses reprises avec Caro, qui ne parle que très peu français. Moi, sachant que je me trouvais avec des gens qui parlaient (au moins
un peu) anglais, je leur ai demandé de faire un effort. Et bien il n'y a pratiquement que ma cousine, qui pourtant baragouine l'english comme une vache castillane victime de l'encéphalopathie
spongiforme (pardon si tu me lis, c'était pour l'image), qui a osé se lancer. Alors qu'est-ce que c'est? De la fierté mal placée? Oh, j'ai bien senti que certains pensaient tout bas que Caro
devrait faire un effort et parler français comme moi j'ai appris l'espagnol. C'est pas si simple! Et c'est une réflexion bien pratique pour qui veut éviter de devoir changer d'idiome quelques
instants.
Et puis surtout, il m'est revenu comme un boomerang certaines critiques que j'ai émises depuis mon retour en France. Et j'en conclus la chose suivante: L'expatrié a le droit de faire rêver en
parlant des paysages superbes et de la culture du pays où il réside, ses amis et lecteurs franco-français vont s'ébaubir. L'expatrié peut faire la critique de la politique du pays où il réside,
ses amis et lecteurs franco-français vont dire que c'est intéressant. Mais l'expatrié de passage en France, dans son berceau, ne peut plus se permettre de le
critiquer en le comparant au pays où il réside. "Retourne là où tu étais si t'es pas content", lui dit-on en substance. C'est bizarre, ça me rappelle furieusement "la France, on
l'aime ou on la quitte". Et puis ça sent un peu le discours raciste, ça, non? Vous n'avez qu'à remplacer le mot "expatrié" par le mot "immigré": "Retourne d'où tu viens,
l'immigré".
Après avoir lu tout ça, vous devez penser que je suis bien français aussi, critique, négatif et un peu amer. Ben oui, on se refait pas!
J'ai beau être parti au Chili, j'ai quand même la France dans les gènes. Et des fois, ça me gène. Je voulais aussi vous parler, en lien avec tout ça, de "Two days in Paris", le film de Julie
Delpy. Mais ce sera pour demain. A moins que je ne regrette d'avoir écrit tout ce qui précède, sous le coup de l'énervement. On verra.