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Dimanche 23 septembre 2007 7 23 /09 /Sep /2007 02:38

Le 23 septembre 1973, douze jours après que son ami Allende ait été renversé, Pablo Neruda mourait dans la détresse et la désolation. Le plus célèbre des auteurs chiliens (et l'un des deux prix Nobel de littérature du pays avec Gabriela Mistral) avait aussi été l'un des chefs de file du parti communiste, et sa vie remplie de voyages, marquée par l'exil, est un véritable roman. Les mémoires du poète, "J'avoue que j'ai vécu", recèlent d'anecdotes pétillantes ou mélancoliques. Et parce qu'il a su décrire Valparaiso comme personne, voici quelques extraits de ce livre:


"Valparaiso est secret, plein de recoins. Sur les collines se déverse comme une cascade la foule des pauvres. On sait ce que cette population innombrable mange -et ne mange pas, comment elle s'habille -et ne s'habille pas. Le linge étendu sur les cordes pavoise chaque maison et la prolifération incessante des pieds nus dénonce par son fourmillement l'amour sans cesse renaissant.

Mais près de la mer, en terrain plat, il y a des maisons avec des balcons et des fenêtres, où n'entrent pas beaucoup de pieds."

Neruda évoque ensuite (trop longuement pour que je le rapporte ici) quelques personnages haut-en-couleur de Valparaiso, et poursuit:

"Petits mondes de Valparaiso, abandonnés, sans raison et sans temps, comme des caisses laissées un jour au fond d'une cave et que personne n'a plus réclamées, caisses dont on ne sait pas d'où elles viennent et qui ne sortiront jamais de leur enceinte. Dans ces domaines secrets, dans ces âmes de Valparaiso sont peut-être gardés à jamais la souveraineté perdue d'une vague, la tempête, le sel, la mer qui bourdonne et qui papillote. La mer de chacun, menaçante et recluse: un son incommunicable, un mouvement solitaire, devenu farine et écume des rêves.

Les vies excentriques que j'ai découvertes à Valparaiso m'ont toujours surpris par leur identité parfaite avec ce port déchirant. Là-haut, sur les falaises, la misère fleurit à gros bouillons frénétiques de goudron et de gaieté. En bas, les grues, les embarcadères, les travaux de l'homme couvrent la ceinture de la côte d'un masque peint par le bonheur fugitif. Certaines vies, pourtant n'ont jamais atteint les falaises, comme elles ne sont pas descendues non plus jusqu'au travail. Elles ont gardé dans leur coquille leur propre infini, leur portion de mer.

Et elles l'ont protégé avec leurs propres armes, tandis que l'oubli s'approchait d'elles comme la brume."


C'est beau, n'est-ce pas? A noter que Neruda parle de Valparaiso au masculin, alors que j'aurais tendance à parler d'elle. Je vois plutôt la Vallée-Paradis comme une ville féminine, malgré sa rudesse de cité portuaire. Je continuerai cet hommage à Neruda demain, avec de nouveaux extraits de ses mémoires, toujours sur Valparaiso.

 
Par @tom - Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
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Commentaires

Neruda ... Lui au moins méritait le Prix Nobel. C'est pas comme le Péruvien Vargas Llosa.
Commentaire n°1 posté par El Nino le 23/09/2007 à 02h57
Tu dis ça à cause des idées politiques de Vargas Llosa! En même temps, je l'ai jamais lu, ce monsieur...
Réponse de @tom le 23/09/2007 à 06h00
Oui, c'est Beau! Merci de nous faire partager tes morceaux choisis...
J'aurais sûrement écrit  "elle" pour Valparaiso moi aussi...
Commentaire n°2 posté par Nono5606 le 23/09/2007 à 11h28
Il y en aura d'autres! ;)
Réponse de @tom le 23/09/2007 à 17h48
incroyable que de tels hommes meurt dans l'indifférence et la pauvreté
Bonjour
Je m'excuse de ne passer qu'aujourd'hui mais je suis en foire aux vins jusqu'au 6 octobre . Je passerais de temps en temps .
Bon dimanche
Commentaire n°3 posté par bunny62 le 23/09/2007 à 12h54
Ne t'excuse pas! Repasse quand tu veux!

Je précise toutefois que Neruda n'est pas mort pauvre. C'est juste qu'il a vécu l'horreur du coup d'Etat, lui l'homme de gauche, durant les 12 derniers jours de sa vie, ainsi que le pillage d'une de ses maisons (mais je crois qu'on ne l'a appris qu'après sa mort) par les hommes de Pinochet
Réponse de @tom le 23/09/2007 à 17h50
Bonjour
Merci pour cette article "poétique". Personnellement je ne connais pas toutes les oeuvres de Neruda, mais il y a environ 25 ans j'avais acheté le long poème sur le Machu Pichu. C'était une édition français/espagnol. Ce recueil est resté toutes ces années à côté de mon lit et je l'ai offert à quelqu'un qui vit au Pérou.
Il y a quelques mois j'ai trouvé une petite édition "La solitude lumineuse" extrait de "J'avoue que j'ai vécu" édité par Folio.
Si je peux ajouter une parenthèse à ton attention et à celle d'El Nino : Vargas Llosa est un excellent écrivain. Par contre, et c'est souvent le cas avec les "grands hommes" quel que soit le domaine : il faut dissocier l'oeuvre de l'homme, car il arrive effectivement que l'on soit écoeuré par les attitudes, par les positions qui si elles ont été courageuses à un moment ne sont plus les mêmes à d'autres...
Commentaire n°4 posté par Michèle le 23/09/2007 à 17h42
Comme pour Céline, par exemple...
Réponse de @tom le 23/09/2007 à 17h52
C'est peut-être un grand écrivain, mais ses positions politiques me dégoûtent ! En fait, c'est comme pour la musique. J'écoutais Metallica jusqu'à ce qu'ils disent que "le metal est bon pour torturer les Arabes".
Commentaire n°5 posté par El Nino le 23/09/2007 à 18h13
Oui... Je ne sais pas s'il faut essayer de séparer l'homme de l'oeuvre, comme le propose Michèle, ou pas. Metallica, effectivement, je boycotterais. Céline, bon, il est mort, c'est pas pareil
Réponse de @tom le 24/09/2007 à 03h04
Epoustouflant...
Merci ! :)
Commentaire n°6 posté par caco le 24/09/2007 à 00h11

Pour Métallica je veux bien ! Pour le reste je ne suis pas complètement d'accord. A ce compte là il ne faudrait plus écouter Wagner, ni lire Tintin, ni regarder les films avec Depardieu, etc...
Ce qui au départ devait être un hommage à Neruda se transforme en polémiques ! après tout qu'est-ce que nous savons de sa vie intime ? Etait--il un homme merveilleux ou pas ?

Commentaire n°7 posté par Michèle le 24/09/2007 à 11h43
Arrêtons-là de suite ce début de polémique! Nous ne savons pas, effectivement, comment était le Neruda privé, intime. Mais j'admire l'homme public. (Et j'écoute Wagner)
Commentaire n°8 posté par @tom le 24/09/2007 à 21h36

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