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Mercredi 26 septembre 2007 3 26 /09 /Sep /2007 07:39
Vous le savez sans doute, l’ancien dictateur péruvien Alberto Fujimori, qui vivait depuis près de deux ans au Chili, a été extradé au Pérou le week-end dernier pour y être jugé. La presse en a pas mal parlé en France apparemment, mais ne zappez pas! Vu du Chili, les choses sont plus croquignolettes.

Par exemple, parmi les partisans aveugles de Pinochet, on en trouve qui, en revanche, critiquent vertement Fujimori, le traitent de dictateur infâme. Alors que le régime de Fujimori a probablement fait moins de victimes que celui de Pinochet (on en attribue 54 au Péruvien, plus de 2.700 au Chilien). Alors que le parcours des deux hommes se ressemble: tous deux étaient inconnus en politique avant de prendre le pouvoir. Perçus à leurs débuts comme des alternatives au système, à l’ordre établi, les deux hommes ont chacun rapidement mis sur pied une dictature qui s’appuie sur l’armée. Tout comme Pinochet, Fujimori a commis des crimes contre l’Humanité via la répression des opposants politiques, a également détourné des fonds… Wikipedia vous en dira plus que moi.

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Fujimori était entré au Chili illégalement, bénéficiant d’un cafouillage de la police internationale à l’aéroport de Santiago. Arrivé du Japon en jet privé, il a eu le temps de passer la douane avant que le chef de la police soit alerté qu’un individu ressemblant à Alberto Fujimori venait de poser le pied au Chili. C’était en novembre 2005. Ca, c’est la version officielle, je ne saurais quel crédit lui accorder, je ne saurais dire s’il est possible qu’on ait simplement fermé les yeux et laissé passer sans rien dire.

L’ancien dictateur péruvien, en fuite depuis l’an 2000, a ensuite passé six mois sous les verrous, puis a été mis en liberté conditionnelle. Depuis quinze mois, il vivait dans une prison dorée près de Santiago, attendant que la Cour suprême chilienne décide ou non de l’extrader. Et préparant son retour en politique au Pérou. Confiant. Même après avoir appris la décision de la Cour suprême.

Très confiant même: vendredi soir, juste avant de monter dans l’hélicoptère qui venait le chercher pour l’emmener au Pérou, Fujimori a même donné une interview à la télévision chilienne. "Le Chili n’était qu’une étape pour préparer mon retour au pays. Les événements vont un peu plus vite que prévu, mais je suis un président qui affronte les problèmes", affirme-t-il, le sourire froid. "Le but de mon passage au Chili était de faire réduire le nombre de charges contre moi." Et c’est réussi: après vingt mois de procédures, cinq des douze chefs d’accusation, soit 27 de la quarantaine de délits, ont été retirés. Et la Cour suprême chilienne a fini par voter l’extradition de Fujimori.

"El Chino", comme le surnomment les Péruviens à cause de ses origines japonaises, ne sait que trop bien qu’en prenant cette attitude confiante, il montre à ses futurs juges qu’il n’entend pas se laisser ébranler. "Je m’en vais la conscience tranquille", conclut-il, espérant pouvoir se présenter aux prochaines élections présidentielles. C’est un livre à la main que Fujimori est monté dans l’hélico qui l’emmenait au Pérou. Le titre? "Fujimori revient".

fujimori.jpg

Cette extradition est une bonne affaire pour le gouvernement chilien. Depuis longtemps en froid avec le Pérou pour une vieille histoire de frontière dont j’ai déjà parlé, le Chili peut ainsi espérer améliorer les relations démocratiques entre les deux pays. D’autant plus que le gouvernement de Michelle Bachelet a lancé un programme pour venir en aide aux victimes du séisme du 16 août dernier au sud du Pérou.

La presidenta, justement, est en ce moment à New York pour le sommet de l’ONU sur le réchauffement climatique. Et elle a emmené dans ses bagages les chefs des principaux partis chiliens, opposition inclus. But du jeu: montrer que le Chili est un pays uni, afin de donner une image positive de la démocratie chilienne. Le pays brigue en effet un siège à la commission des droits de l’Homme de l’ONU. Et l’extradition de Fujimori tombe à pic pour jouer en faveur du Chili. Etrange coïncidence, non?
 
Par @tom - Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
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