Mercredi 28 novembre 2007
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Après la chaude et aride vallée d’Elqui, changement d’atmosphère avec les Islas Damas, à 120 kilomètres au nord de La Serena. Quand
nous arrivons en face des îles, le temps est assez nuageux, il fait assez froid. Mais au large, c’est carrément un bloc de brouillard opaque. On ne
voit pas les îles, on distingue seulement une forme inquiétante, presque fantômatique, qui émerge de l’épais nuage.
C’est sur ces austères îlots rocailleux que se trouve la Réserve nationale Pingüinos de Humboldt. Elle abrite quelque 4.000 pingouins, une importante
colonies de lions de mers, des cormorans, des fous de bassan, des loutres de mer, des vautours… Des dauphins viennent pêcher à proximité, et l’on peut quelquefois y observer des baleines. Oui
oui, vous avez bien lu, des pingouins et des baleines à quelques centaines de kilomètres des tropiques!
Comment est-ce possible? La région de La Serena a un climat très particulier. Alors que la ville se trouve à seulement 30 degrés au sud de l’Equateur (l’équivalent de Porto Alegre au Brésil, de
Durban en Afrique du sud, ou encore de Sydney en Australie), il n’y fait jamais plus de 25°C, et c’est très nuageux. Toute la région est chaude et semi-désertique, mais la côte est refroidie par le courant marin de Humboldt, un courant froid venu de l’Antarctique qui atteint les 100 kilomètres de large en face de La Serena.
Or cette région est l’un des endroits où il y a le moins de distance entre la mer et la cordillère. Ce qui fait que l'air froid amené par le courant de Humboldt et l’air chaud et sec de
l’intérieur des terres s'entrechoquent violemment. Entre les deux, une forte différente de pression atmosphérique, ce qui a pour effet de former, tous les matins, la
camanchaca, une épaisse couche de nuages qui s’estompe en début d’après-midi.
En gros, la région de La Serena, au pied des Andes, est chaude et semi-désertique, et presque toujours ensoleillée. Sauf le long de la côte, la plupart du temps couverte de nuages, et froide. Si
bien qu’à certains endroits, il pleut presque autant qu’en Patagonie! Etrange paradoxe! Et si l’on redescend vers Valparaiso, 400 kilomètres plus
éloigné des tropiques, on retrouve des températures un peu plus élevées, et un climat méditerranéen. Etonnant, non?
Bref, c’est donc grâce à ce courant froid qu’une importante faune marine peut être observée au large de La Serena.
Pour accéder aux îles, il faut monter dans des lanchas, des barques de pêche à fond plat, qui peuvent accueillir une petite vingtaine de personnes. Nous voilà bien équipés, dûment encapuchonnés,
coupe-ventés et gilet-de-sauvetagisés. Parés à affronter le Pacifique pour 10 kilomètres de traversée. Sur une si petite embarcation, c’est impressionnant: entre le
creux et le sommet des vagues, il y a plus de deux mètres, et notre barque est un peu ballottée par la houle. Et pourtant l’océan est calme. Et on n'est qu'à quelques encâblures
de la côte, protégés par les îles…
Après ces quelques sensations fortes, la lancha s’approche au plus près de l’île, un grand roc de granite difforme posé là tel un iceberg. Soudain, une forte odeur, pas vraiment agréable. Un cri
rauque: les lions de mer (ou loups de mer, c'est exactement la même chose). Pas très farouches, ils se prélassent tranquillement sur les rochers,
avant d'aller chasser poissons et pingouins (ça arrive; c'est pour cela qu'ils ne vivent pas aux mêmes endroits de l'île).
Suivront les cormorans, les fous de bassan, puis les pingouins de Humboldt, les plus petits de tous les manchots (40 centimètres environ), très
courants au Chili… Ce sera ainsi pendant une heure trente, le temps de longer l’île en s’arrêtant tout près des animaux. Grandiose. Et pour finir, une petite promenade sur la seule plage de
l'archipel.
Le Chili a plus de 5.000 kilomètres de côte. Une côte souvent inhospitalière, à pic, rèche, sauvage, mais belle dans son âpreté. Malgré le soleil qui
harasse ou malgré la pluie qui glace, malgré le vent qui assèche la peau et ride les yeux. Et quand la roche ciselée au couteau du temps laisse place à quelque rare plage de sable, le vent et les
fortes houles du froid Pacifique, dépourvus de clémence, interdisent bien souvent la douceur et la quiétude. Rares sont les anses protégées, rares sont les havres de paix. Cette plage en est une.
Et c'est sur cette image que s'arrête ma chronique. A demain, de retour à La Serena.