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Dimanche 18 janvier 2009 7 18 /01 /Jan /2009 06:17

Depuis les années 1830, c’est la guéguerre entre Chili et Pérou. Et pourtant, c'est la Bolivie qui a commencé. Une fois les Espagnols boutés hors d'Amérique du sud, il y a toujours eu un désaccord entre Bolivie et Chili au sujet du nord de l'Atacama, que les deux pays revendiquaient. C'est ce désaccord qui aboutira à la guerre entre Chili et Bolivie, en 1879 (voir vol. 2). Le Pérou, allié de la Bolivie, entre aussi en guerre. Et comme la Bolivie ne possède pas de navires de guerre, ce sont les Péruviens qui sont chargés du sale boulot.

 

1884: la Bolivie et le Pérou perdent la guerre contre le Chili, qui gagne ainsi une grande quantité de terre dans l’Atacama. Des terres très importantes, car très riches en ressources minières. 125 ans après, Péruviens et Boliviens revendiquent toujours. La Bolivie réclame un accès à la mer. Or, historiquement, elle n’a jamais eu d’accès au Pacifique, selon les historiens chiliens. En revanche, elle a eu accès à l’Atlantique (pourtant beaucoup plus éloigné), alors que le pays appartenait à ce qui n’était pas encore l’Argentine.

 

Le Chili a proposé d'accorder à la Bolivie un couloir de 5 kilomètres de large entre la ville d’Arica et la frontière chiléno-péruvienne, entre l’océan et la cordillère d’est en ouest. En contrepartie, la Bolivie devrait donner au Chili un bout d’Altiplano andin de la même superficie. Pas satisfaisant. Pourtant le gouvernement chilien s'est voulu conciliant: au final, c’est la faute du Pérou (qui a perdu la guerre) si la Bolivie n’a pas d’accès à la mer. Donc c’est au Pérou qu’elle devrait réclamer un bout de terre, pas au Chili.



Mais surtout (et vous en avez peut-être entendu parler), le Pérou, en 2008, a saisi le tribunal pénal international de La Haye pour redéfinir sa frontière maritime avec le Chili. Pourtant, trois traités internationaux successifs signés par les deux pays établissent, puis confirment la frontière entre Chili et Pérou de manière très précise: ce sera une ligne droite parallèle à l’équateur, de longitude 18°21’03’’ Et selon les traités, la frontière maritime suit ce même parallèle.

 

Mais le Pérou ne l’entend pas de cette oreille. S’appuyant sur les textes internationaux qui stipulent que la frontière maritime entre deux pays est définie par la médiane à l’angle formé par la frontière terrestre, il réclame une importante parcelle de mer appartenant actuellement au Chili. Or cette règle n’est pas valable lorsqu’un traité a été signé entre les deux pays. Et dans le cas du Pérou et du Chili, il y en a trois! La demande au TPI de La Haye est donc, a priori, sans fondement (selon la version chilienne, si j'étais au Pérou, j'aurais peut-être un autre son de cloche!).



Cette situation ubuesque, en plus de fragiliser les liens entre les deux pays, est une erreur stratégique. Car, au lieu de se chipoter pour savoir à qui appartient telle portion du Pacifique, ils feraient mieux de lutter ensemble contre tous ceux qui viennent faire de la pêche sauvage (comme les baleiniers japonais ont tenté de le faire récemment) ou "dégazer" en pleine mer en toute impunité, ou encore les pays riches qui, grâce à leur technologie de pointe, exploitent les richesses des fonds maritimes chiliens et péruviens.

Certains y voient une simple manoeuvre politique du gouvernement en place. En effet, pour récupérer des voix, quoi de mieux qu'un bon coup d'éclat nationaliste? Comme, par exemple, faire fi des traités internationaux et réclamer un (gros) bout d'océan à ces salauds de Chiliens? En attendant, ca fait une occasion en or pour les Chiliens de critiquer les Péruviens, de les envoyer se faire voir chez les Grecs et de les traiter de crétins ignorants.


Mais les dirigeants péruviens ne sont pas stupides. Il se dit en coulisses qu'en réalité, les gouvernants chiliens et les magnats de la finance ne sont pas dupes de cette provocation: sur le devant de la scène, tous s'indignent et font front uni contre la décision "inique" du Pérou; en réalité, tant que les relations commerciales sont bonnes, ils s'en ficheraient un petit peu, de tout ce tintouin. Et comme la décision du TPI de La Haye ne sera pas rendue avant 2010 (au mieux), de l'eau peut couler sur la frontière péruano-chilienne.

Par @tom - Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur - Communauté : Merveilleuse Amérique Latine
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