"Chérie, y'a quoi à la télé ce week-end?"
Au Chili, pour la fin de semaine pascuale, la question ne se pose même pas: c'est Jésus-Christ superstar. Vendredi soir, sur les six chaînes nationales, six films sur Jésus, sa vie, son oeuvre.
Version peplum, version documentaire, version dessin animé, il y en a pour tous les goûts. Mais pendant trois jours, il n'y a rien d'autre à se mettre sous la dent. L'ami Jésus partage la cène, mais pas les courbes d'audience! Rien d'étonnant après tout, dans un pays catholique et conservateur.
En fait ça me fait plutôt sourire. Car, aux dires des Chiliens, ce sont toujours les mêmes vieux films qui passent (tout comme à Noël d'ailleurs). Vous savez, ces inénarrables vieux peplums des
années 50 en Technicolor défraîchi, avec leurs décors kitsch et toc, leur bande-son fatiguée qui ne sonne plus très juste; ces films à prétention historique qui m'ont toujours paru aussi crédibles que Richard Virenque quand il affirmait ne jamais s'être dopé. Touchant de naïveté!
Franchement, quand on vous peint les personnages de Rome, quelque soit leur classe sociale, avec les dents gâtées, le front dégoulinant de sueur et de crasse, la barbe maculée de vin et de relief
de la dernière orgie, vous y croyez, vous? Quand on vous les montre troussant de bon coeur les femmes affublées de tuniques
abracadabrantesques, et que celles-ci semblent toujours contentes à l'idée d'une petite partie de jambes en l'air, vous y croyez, vous? Moi pas. Donc au final, ces films pétris d'imperfections,
d'approximations et d'anachronisme, ça me fait rire. Enfin un film, et encore, pas entier. Après, on frise vite l'overdose.
Bref, au Chili, durant le week-end de Pâques, on ne fait pas seulement une indigestion de chocolat, mais aussi de nanars en costume. Et au Chili, durant le week-end de Pâques, les 15% de non-chrétiens n'ont qu'à s'abstenir de regarder la télé. C'est moins saint, mais c'est plus sain.