Fin 2005. Lors du débat télévisé entre les deux finalistes de l'élection présidentielle chilienne, Michelle Bachelet avait juré
qu'à titre personnel, elle ne signerait jamais de traité de libre-échange avec la Chine -tant qu'il serait prouvé que l'ex Empire du milieu ne respecte
pas les droits de l'Homme.
Avril 2008. Au titre de présidente de la République, Michelle Bachelet s'envole pour la Chine dans le but de signer un traité de libre-échange. Depuis Pékin, elle assure Pékin de son soutien aux
Jeux Olympiques; pire, dans un communiqué officiel, elle ajoute que "le Chili respecte la souveraineté et l'intégrité territoriale de la République Populaire
de Chine et reconnaît que Taiwan et le Tibet font parti de la Chine".
Réduire ses convictions en miette pour le bien-être économique du pays, c'est bien triste. La pauvre Michelle a dû chi(n)er des couleuvres toute la nuit
après tout ce qu'elle a dû avaler. Je ne la blâme pas complètement, parce qu'elle avait derrière elle la pression des puissants lobbies financiers. Et puis elle pourra toujours dire
qu'à titre personnel, elle continue de condamner la Chine -mais pas en tant que présidente. Pirouette précaire et périlleuse, surtout pour une femme
qui a connu la torture.
Mais peut-être devrais-je être plus sévère avec elle. Car le premier à qui profiterait un traité de libre-échange, c'est l'Etat chilien. Le Chili, premier
producteur de cuivre au monde, en vend la plus grande partie à la Chine. Or la plupart des mines appartiennent à l'Etat, qui en retire de substantiels bénéfices. Accroître les relations
économiques avec la Chine, c'est apporter des gros sous dans les caisses de l'Etat chilien, qui en a bien besoin, notamment pour financer
le Transantiago.
Les prêts auprès des banques se succèdent pour faire face à l'énorme déficit engendré par le plan de transport en commun de Santiago. Et il faut croire qu'il
existe une coalition sourde du Congrès chilien contre le gouvernement, car les parlementaires ne se sont toujours pas mis d'accord pour voter le budget du
Transantiago, plus d'un an après sa mise en service! Pendant ce temps, c'est Bachelet et son gouvernement qui paient les pots cassés.
Alors dans ce contexte, oui, Mme Bachelet: vivent la Chine et les Jeux Olympiques! (c'est d'ailleurs du cuivre chilien qui est utilisé pour fabriquer les
médailles). Et tant pis pour Taiwan, les droits de l'Homme et le Tibet! Voilà qui ne devrait pas laisser les bonzes de marbre, ou
plutôt... de cuivre!