En ce 8 mai, parlons un peu de paix... des ménages. Depuis un an et demi que je vis au Chili chez Caro et sa famille, tous les
soirs, c’est la même comédie. Tous les soirs, je fais semblant de dire bonne nuit à Caro et d’aller dans ma chambre. Tous les soirs, je reviens en
catimini pour aller me coucher avec elle. Cest un peu contraignant, mais à force c'est devenu un jeu. Ici, quand on n’est pas marié, on doit faire lit à part. Déjà, le simple fait que je sois venu au Chili pour habiter dans la même maison que Caro, chez ses parents, ça fait un peu jaser dans
l'entourage, surtout les vieux et les conservateurs. Alors imaginez s’ils venaient à penser que Caro et moi partageons le même lit!
Une fois, les JT du matin ont annoncé qu’il y aurait une coupure d’eau pendant 24 heures. La mère de Caro est aussitôt rentrée dans la chambre de sa fille pour lui dire d’aller vite se doucher.
Elle nous a surpris à demi-nus dans le lit. Sur le coup elle n’a rien dit, mais après, Caro en a entendu parler…
Caro est persuadée que ses parents pensent qu’après ce fâcheux épisode, nous ne nous risquons plus à dormir ensemble. Moi je suis sûr qu’ils ne sont pas dupes, mais qu’ils laissent faire. Pas vu,
pas pris, fermons les yeux et l’honneur est sauf. C’est ce que j’appelle l’hypocrisie du lit.
Mon amie Mireille, Française de Santiago qui sort avec un Chilien, a vécu une expérience assez terrible pour elle. Quand son « pololo » l’a emmenée pour la première fois chez sa famille (ce n’est
pas anodin au Chili!), pas question de dormir dans la même chambre. Mireille a dû aller coucher dans le même lit que la sœur de son copain, qu’elle
connaissait depuis à peu près deux heures.
Pour le copain de Mireille (et pour beaucoup de Chiliens), il est très important de mettre un nom sur la nature de leurs relations. C’est très codifié.
Petit manuel explicatif:
- Etape 1: On sort ensemble. Ca n’engage à rien, et ça peut durer de quelques jours à 3 ou 4 mois.
- Etape 2: On est « pololos », c’est-à-dire petit-e-s ami-e-s. « Pololear », c’est officialiser que l’on sort bien avec quelqu’un. Mieux vaut atteindre
assez vite l’étape « pololos », parce que sinon, ça peut vouloir dire que votre pareja a honte de vous ou ne tient pas à s’engager, ne souhaite pas officialiser votre relation, ni vous présenter
à ses amis. On reste généralement pololos quelques mois, mais ça peut parfois durer plusieurs années. (Ce qui signifie que l’on peut très bien avoir des relations sexuelles quant on est pololos…
enfin ça dépend de l’éducation religieuse)
- Etape 3: On devient « novios », c’est-à-dire que là, c’est une relation sérieuse. Ca vous intègre automatiquement au cercle d’amis de votre pareja,
qui vous présentera alors à sa famille (ce qui peut aussi se faire au stade « pololo », ça dépend de l’éducation). Moi par exemple je suis à cette étape-là, et je ne compte pas aller plus
loin.
- Etape 4: Comprometidos: ça y est, vous êtes fiancés, ce qui est évidemment un statut très passager avant l’étape 5.
- Etape 5: Le mariage. A l’église de préférence. Et la mariée en blanc.
- Etape 6: On fait des enfants (oui, avant le mariage, on évite, sinon ça oblige à sauter des étapes).
- Etape 7: On divorce (ah non ça c’est pas au programme).
Bon évidemment je caricature un peu, c’est pas aussi codifié pour tout le monde. Caro, par exemple, n’a jamais fonctionné comme cela, et trouve ça complètement
dépassé. Et il y a aussi beaucoup de familles chiliennes qui sont bien plus libérales avec la sexualité (généralement, ce sont les moins catholiques). Et puis je suis sarcastique, mais
je sais qu’en France c’était comme ça il y a encore pas si longtemps. Et que ça existe toujours.