Jeudi 17 juillet 2008
4
17
/07
/2008
07:10
"Le Chili d’aujourd’hui, après 17 ans d’une dictature impitoyable et 19 ans de
gouvernements qui gèrent avec de plus en plus de difficultés une transition négociée avec les militaires et les groupes économiques qui les soutenaient, ce Chili
traverse une crise grave." C'est Armando Uribe, Président du Parti Socialiste du Chili en France, qui parle, dans son discours à l'occasion des cent ans de Salvador Allende dont j'ai déjà parlé hier.
"Une crise politique, d’abord, qui touche tous les partis, sans exception, de la droite jusqu’à la gauche: les partis implosent, se scindent, expulsent, se fractionnent, de nouvelles formations
surgissent, sans véritable colonne vertébrale, partis «instrumentaux» comme on dit, devant servir à porter au pouvoir des personnes plutôt que des idées ou des programmes. (...) La crise n’est
pas que politique, elle est également économique. (...) La maladie économique du Chili réside dans la non redistribution des richesses, dans l’endettement effrayant des ménages, qui payent tout,
jusqu’au beurre, à crédit, à des taux d’usure qui dépassent aujourd’hui les 52%! Tout ce qui était privatisable l’ayant été, tout est éminemment payant, à
commencer par l’éducation et par la santé."
J'interromps une minute Mr Uribe pour commenter un peu. Le beurre à 52%, c'est un peu exagéré, mais il est vrai qu'il n'est pas rare de voir des gens s'acheter un
simple tee-shirt en douze mensualités. L'éducation publique est dans un piteux état, l'éducation privée est bien trop chère pour la qualité de l'enseignement reçu, et pour la santé, il y a
clairement la santé pour les riches, et la santé pour les pauvres. Et voilà comment beaucoup de jeunes Chiliens voient leur avenir:
(Affiche de protestation contre la nouvelle Loi générale sur l'éducation)
Mais écoutons Mr Uribe: "La crise actuelle est aussi une très profonde crise institutionnelle, dont proviennent la crise politique et la détresse économique dont je viens de parler. La transition
de la dictature à la démocratie s’est faite, en 1989 à la condition expresse que la légalité instaurée par la dictature et le schéma économique imposé restassent
inchangés. Cet accord conclu en secret, évoqué de temps à autre, y compris par ceux qui l’ont scellé, n’a jamais été publié. Le Chili vit donc, depuis 1989 avec une constitution dessinée
sur mesure pour Pinochet et votée en 1980 dans des conditions inacceptables: en pleine dictature, avec un million de Chiliens exilés de force, des dizaines de milliers en prison, des milliers des
dirigeants politiques et syndicaux disparus dans les geôles, sans listes électorales, et alors que les garanties constitutionnelles étaient suspendues.
Nous subissons encore aujourd’hui un ordre institutionnel inique et des lois de sécurité nationale dont il est inadmissible qu’elles puissent être appliquées en démocratie, comme celles qui
servent à réprimer le peuple Mapuche, dont les prudentes revendications n’empêchent pas le Gouvernement d’emprisonner les dirigeants et même, depuis quelques semaines, d’emprisonner une cinéaste, Elena Varela, pour le délit d’avoir tourné un documentaire sur leurs luttes."
(Photo de Juan Pedro Catepillan prise lors d'une manifestation de soutien à Elena Varela)
"Nous subissons enfin, cet accord tacite, secret, qui fait que si grâce au courage des magistrats un certain nombre de militaires ont fini par être traduits en justice pour des atteintes aux
droits de l’homme, les responsables politiques de la dictature, les idéologues et tous les précieux soutiens des militaires qui ont cautionné le coup d’Etat et cautionné toutes les trahisons et
toutes les horreurs restent impunis."
C'est effectivement le cas: si on assiste à des procès condamnant d'anciens chefs militaires de Pinochet ainsi que certains collaborateurs politiques, on peut s'étonner du fait qu'un homme comme
Hernan Büchi, qui fut le principal conseiller économique de Pinochet (et a fait des ponts d'or aux grandes entreprises, notamment nord-américaines), publie dernièrement un livre dont la promotion est assurée par les médias. Mais laissons Mr Uribe poursuivre:
"Ce cadre constitutionnel et juridique hérité des militaires comporte bien d’autres injustices sur lesquelles je ne peux pas m’étendre ici, comme le déni du droit de vote aux Chiliens de
l’étranger (alors que nous représentons quelque 7% de la population) ou encore un système de vote, le fameux système binominal, qui assure systématiquement à
l’opposition de droite une représentation très confortable dans les deux chambres."
Le chef des socialistes chiliens de France termine en réclamant la création d'une Assemblée constituante, pour donner une nouvelle Constitution, plus
démocratique, au Chili.
Pour lire le texte entier en PDF, cliquer ici.
Par @tom
-
Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
-
2
-
Partager
Priorité numéro 1 à la fin de la dictature et toujours rien 19 ans après ?
La faute à qui ?
Comment un responsable politique de la formation principale de la Concertacion peut être autant sans vergogne ?
Ce sont bien les socialistes qui n'ont pas osé ou voulu toucher à la Constitution... et c'est pourquoi d'entrée les communistes ont rebçnoncé à participer à la Concertatcion
C'est ici que ca se passe pour changer les choses.
C'est facile à dire de loin.
Et, pour ne pas perturber tes lecteurs, rappelons quand même que le PS est la force principale de la Concertacion au pouvoir.