Pendant une semaine, Vina del Mar a vécu au rythme de son Festival internacional de la cancion. Au début, il y a 30 ans, c’était une compétition, l’équivalent latino-américain de l’Eurovision. Mais peu à peu ça s’est transformé en un festival de musiques amplifiées comme les autres, avec des stars locales et internationales, et aujourd’hui la compétition n’intéresse plus personne. Pour info, cette année il y avait un groupe de reggae français, NZH, qui a vite été éliminé.
L’intégralité du festival est retransmis en direct. Ce qui est bien. En France, avec tous les festivals qui existent, on est même pas capable d’en diffuser un seul, même partiellement et en différé. Ca fait pas glonfler l’Audimat, paraît-il. Mais au Chili, si! Ce qui me conforte dans l’idée qu’en France, on a une telle profusion d’événements culturels qu’ils perdent de leur importance, de leur magie. Mais ça, on en reparlera une autre fois. Ici, Tom Jones et Ricky Martin étaient attendu comme le Messie (j’exagère un peu là quand même!)
Tom Jones. Il a de l’énergie papy! Et de la voix! Et du déhanché! A 66 ans, il a enchanté le festival, et moi qui le regardais à la télé, j’ai été très agréablement surpris par sa prestation et son groupe très rhythm’n’blues. Comme Elvis, il a toujours été très attiré par la musique black, et son show a la pêche d’un concert de Maceo Parker ou Wilson Pickett. Comme on dit ici, Tom Jones a «dompté le Monstre».
Le Monstre, c’est le public surnommé ainsi parce que lorsqu’il aime pas, il siffle, hue et conspue les artistes. C’est lui qui décerne les prix, à l’applaudimètre. Presque tous les chanteurs repartent avec au moins une torche d’argent. Au moins, parce que si le public continue d’applaudir, arrive une torche d’or. Et puis si après la torche d’or, le public réclame la Gaviota (mouette) d’argent, l’artiste reçoit en plus la Gaviota en question. A ce stade, tous ceux qui ne connaissent pas le fonctionnement du festival (comme Tom Jones cette année) s’esclament: «Quoi? Encore un prix?»
Enrique Iglesias, qui a reçu la Gaviota il y a quelques années, ne savait apparemment pas quoi en faire, alors il est allé au bout de l’avant-scène et l’a lancé dans le public. Or il faut savoir que les ailes de la gaviote sont très effilées, tranchantes comme un couteau. Vous devinez la suite: le trophée a atteint au visage une pauvre dame qu’il a fallu hospitalisé. Heureusement pour elle, elle n’a pas perdu son œil, ni le trophée. Depuis, on a supprimé l’avant-scène et laissé un large espace entre la scène et le public. Et Enrique n’a jamais remis les pieds au festival.
La suite demain…