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Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 13:56

On me demande souvent ce qui me manque de la France. En dehors des réponses évidentes (la famille, les amis, le bon fromage et Yvette Horner), je dirais ceci: la culture, l'esprit critique, et l'exigence de la qualité. Il est triste de constater l'ignorance crasse de la grande majorité des chiliens, même parmi ceux  qui ont recu une éducation dite "de qualité". La culture, la vraie, est réservée à une élite de connaisseurs, et c'est bien dommage. L'esprit critique, dans un pays muselé par 17 ans de dictature, se développe chez les nouvelles générations. Mais pour être critique, il faut être constructif, il faut un minimum de culture. Donc pour l'instant, l'esprit critique chilien se base surtout sur des complaintes et des revendications. Quand à l'exigence de la qualité, il suffit de regarder la finition, ou plutôt l'absence de finition des ouvrages architecturaux modernes. Pour nous autres Francais, bien des bâtiments ou infrastructures nouvelles ont des airs d'inachevés. Et c'est juste un exemple: beaucoup de choses ici sont faites "al lote", "ahi no mas", c'est-à-dire un peu par-dessus la jambe.

 

Mais au-delà de ce qui me manque de la France, il me semble plus intéressant de me demander ce que m'a apporté le Chili, comment il m'a transformé en cinq ans de vie commune.

D'abord, il m'a poussé à l'humilité. Je me suis rendu compte ici que le cliché du Francais arrogant et insatisfait est tout sauf un cliché. Depuis, je fais ce que je peux pour donner le contre-exemple.

Il m'a enseigné à savoir me taire sur des sujets sensibles quand je ne partage pas les idées des autres. Toujours se souvenir que l'étranger est bienvenu, tant qu'il ne critique pas ostensiblement le pays qui l'accueille. Ca, c'est l'apanage des locaux.

Il m'a fait apprécier la fragilité de la culture locale, face à l'invasion médiatique, radiophonique et télévisuelle de la culture pop américaine.

Il a radicalisé mes idées politiques, dans un contexte socio-économique très inégalitaire.

Il m'a enseigné à savoir me laisser porter par les événements plutôt que prendre systématiquement les choses en main. Changer de rythme, réduire le stress.

Dans la même veine, il m'a enseigné à être moins exigeant, à savoir accepter la médiocrité. Finalement, quand on baisse ses expectatives, on a moins de risque d'être décu. Donc quelque part, on vit mieux.

Et surtout, il m'a fait réaliser l'importance de garder contact avec ses racines. Je ne parle pas de se regrouper avec les autres Francais du Chili, non. Ca ne m'a jamais particulièrement intéressé: si j'ai choisi de changer de pays, ce n'est pas pour devenir communautaire et côtoyer d'autres expatriés. Quand je dis les racines, je parle de la famille, des proches. La distance et l'absence mettent en relief l'importante de ces relations. Et c'est bien elles, et elles seules, qui me font sentir parfois le mal du pays. Et Yvette Horner.

Par @tom - Publié dans : Vie du blog (et du blogueur) - Communauté : Expatrie(e)s
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