Lundi 15 février 2010
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La société de consommation est-elle en train de remporter une victoire définitive sur
le monde de l'art? J'en ai bien peur. Aujourd'hui, on consomme la musique plus qu'on ne l'écoute, tout comme on se gave d'images et de popcorn. La littérature doit faire vendre; l'architecture
s'est rationalisée, fonctionnalisée (et c'est bien normal) et uniformisée. Tout doit être facile et accessible au grand public: c'est la culture prémâchée.
Tout ca n'est pas très nouveau. Mais ce qui est inquiétant, c'est que les formes d'art moins grand public, jadis affaire de connaisseurs et d'amateurs, sont en train de suivre le même chemin.
L'oeuvre en tant que telle n'intéresse plus la nouvelle génération d'acheteurs d'art. C'est le statut social que cela confère: signe extérieur de richesse, de bon goût, de culture. "Regardez,
j'ai un Pollock dans mon salon. Je n'ai aucune idée de ce que ca représente, mais c'est fort, non?" Dans un monde où tout est ramené à l'argent et au paraître, on considère d'abord une oeuvre par
sa valeur monétaire avant de songer à la valeur artistique. C'est triste.

Triste aussi, le gaspillage de talents. Pour pouvoir vivre de son travail, l'artiste doit de plus en plus s'adapter à un moule qui le rende vendeur, "se prostituer", diraient certains. Il y en a
qui résistent, quitte à bouffer des pâtes sans beurres ad vitam eternam. Mais le talent va aussi là où il y a de l'argent. Or argent et gens d'art ne font pas forcément bon ménage, et le talent
brut n'est pas exploité comme il devrait ou pourrait l'être, mais poli et affadi pour les besoins de celui qui l'emploie.
Faire de l'art qui fait vendre, est-ce pour autant être un vendu? Possible. Car la finalité de l'art n'est pas de vendre. C'est nécessaire pour l'artiste, certes. Mais on parle bien d'un marché
de l'art. Et sur ce marché-là, ce sont les acheteurs qui font la loi, pas les artistes.
Alors pour libérer l'art et les artistes, pour une création sans concessions, il faut inventer ou réinventer de nouvelles formes. L'essor libertaire du théâtre de rue, qui ne doit rien à
personne, est une bouffée d'air frais (même si la qualité n'est pas toujours au rendez-vous). L'art contemporain actuel, de plus en plus conceptuel, cérébral ou incompréhensible, est un
bouillonnant magma transdisciplinaire échappant à toute tentative d'équitetage et de mise en cases. Mais là encore, ceux qui ont l'art de se vendre ne sont pas forcément les plus grands
artistes.
On pourrait aussi "anoblir" au rang d'art des disciplines jusque-là méprisées mais dépourvues de nécessité mercantile, comme le scrapbooking, la récupération créative de déchets ou objets
inusités (je pense au collier de nouilles...). Et pourquoi pas? L'art contemporain s'est bien affranchi de l'esthétisme et des matières, de la technique aussi. Il ne tient qu'au fil tortueux du
concept. Dès lors, pourquoi un collier de nouilles ne pourrait-il pas être considéré comme de l'art, s'il est soutenu par ledit tortueux fil?
Au fond, ce qu'il faudrait, c'est libérer l'art de cette nécessité de plaire au marché, et permettre aux artistes de vivre et créer sans concessions grâce au mécénat. Mais un mécénat sans droit
de regard, comme une sorte de RMI artistique que verserait l'Etat. Et puis surtout, il faudrait redéfinir l'art comme un pur acte de création, qui n'appartient à personne; une création à valeur
non quantifiable et qui n'a pas besoin d'attendre les critiques d'éminents spécialistes pour être qualifiée d'art ou de cochon. Ainsi, et seulement, l'art pourra s'affranchir de l'oppressante
société de consommation et redevenir ce qu'il aurait toujours dû être: une discipline universelle, qui ne s'achète ni se vend, et appartient à l'Humanité toute entière.
Par @tom
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Publié dans : Un peu d'art
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