Dimanche 13 décembre 2009
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Il me faut d'urgence un médecin. Je fais une overdose... d'affiches politiques.
Aujourd'hui, dimanche 13 décembre, le Chili est appelé aux urnes pour choisir son prochain président, ainsi que ses députés et sénateurs, tout à la fois. Ici, on ne recoit pas dans sa boîte à
lettres la propagande électorale contenant les grandes lignes des programmes des candidats. La campagne se fait essentiellement par les médias, et par voie d'affichage. Et si l'élection est
démocratique, l'affichage est très anarchique. Ce serait presque dangereux pour la circulation. Jugez plutôt:
Avec le peu d'information délivrée au grand public (qui prend vraiment la peine d'aller sur le site Internet des candidats et se plonger dans leur programme?), l'élection se joue surtout à la
tête du client, à l'image que les électeurs se font des partis. Donc on a droit à des slogans basiques à faire retourner dans leur tombe les publicitaires francais des années 30, à des chansons
promotionnelles niveau Club Dorothée (j'exagère à peine! mais au moins c'est plus modeste que le nouveau clip des jeunes UMP!), à des affiches photoshopées où l'on a ajouté, derrière le portrait
du candidat au Parlement, la tête souriante du présidentiable qui le soutient... Personnellement, je ne vois pas en quoi apposer dix affiches du même candidat l'une à côté de l'autre inciterait
plus à voter pour lui. Mais bon, je suis sans doute insensible au charme de ces glorieux politiciens.
Ce qui est très amusant, c'est que dans certains cas, le même candidat présidentiel soutient deux membres de sa coalition, mais qui se présentent l'un contre l'autre au Sénat. Imaginez par
exemple Laurent Fabius postulant pour être député face à Arnaud Montebourg, et les deux s'affichant au côté de Ségolène Royal. C'est monnaie courante au Chili. Ce qui produit une curieuse
situation où deux supposés amis politiques se font entre-déchirer leurs affiches par les partisans de l'un et de l'autre.
Prenons un cas intéressant: Joaquin Lavin, ex-maire de Santiago et ex-candidat à la présidence. Aujourd'hui candidat au Sénat, il est soutenu par le présidentiable Sebastian Piñera... contre
lequel il concurrait il y a quatre ans.
Comme tous les candidats officiels de la coalition de droite, Lavin utilise sur ses affiches les même logos que Piñera, les mêmes couleurs, les mêmes slogans ("Pur Futur", en voilà un slogan
qu'il est bon!). Tous ces candidats affichent "gran senador" ou "gran diputado". Sauf Lavin. Lui, sans vergogne, se dit "tremendo senador", c'est-à-dire "immense sénateur". Serait-ce un
traitement de faveur en tant qu'ancien candidat à la présidence, qui ne peut pas se représenter pour cause d'alliance avec son ex-concurrent? Notez également la photo. Quelle image pense-t-il
refléter, avec ce gros plan de la veste à la main par-dessus l'épaule et cet air évangélique, tête vers le ciel? Lavin, sauveur décontracté? Quand on sait que le bonhomme fut collaborateur de
Pinochet et est membre de l'Opus Dei, ca frôle le ridicule.
A propos d'influence religieuse, il est intéressant de voir qu'au Chili du XXIe siècle, la religion se mêle encore de la politique. Par exemple, l'église évangélique a officiellement apporté son
soutien au centre-gauche. Par ailleurs, les chefs de l'armée et de la police, bien que supposés neutres, soutiennent presque ouvertement la droite conservatrice. Des restes de Pinochet...
Mais je m'égare. Pour finir, ces affiches invasives et ridicules me tapent sur les nerfs. Et malheureusement, si les "commandos" formés par les candidats font preuve de beaucoup de zèle pour
accrocher leur propagande pratiquement n'importe où (et pour bousiller celle des concurrents), ils sont beaucoup moins motivés pour ensuite enlever toute cette poubelle électorale des rues,
arbres, abribus, etc. Je risque donc de devoir supporter cette propagande périmée pendant encore un bon bout de temps... Docteur, et pour cette overdose?
Par @tom
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Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
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