Samedi 20 mars 2010
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Trois semaines déjà depuis que la terre a fortement tremblé au Chili. Trois semaines,
et de nombreux problèmes demeurent. Dans les zones désastrées, l'électricité et l'eau courante sont toujours coupées. Les habitants sont toujours logés sous des tentes, tandis que les premières
pluies automnales arrivent. Les licenciements pour cas de force majeure ont augmenté de 3000%. Et chaque jour, on découvre de nouveaux dégâts, de nouveaux drames.
Beaucoup ont perdu leur appartement, et faute d'avoir contracté une assurance, ils se retrouvent du jour au lendemain sans rien. Il y a bien une loi qui protège les propriétaires d'appartements
en cas de défaillance du building, mais les démarches sont longues et compliquées: jusque à dix ans pour obtenir justice et dédommagement, s'il est prouvé que le bâtiment n'a pas été construit
selon les normes antisismiques. Mais pour pouvoir le prouver, il faut faire une "autopsie" de l'édifice, ce qui coûte cher et prend des mois. Or tous les buildings gravement endommagés sont
promis à une démolition prochaine, empêchant toute étude. Bref, les propriétaires d'appartements désormais inhabitables auront du mal à faire valoir leurs droits et récupérer un logement, ou se
faire rembourser ce qu'ils ont payé aux promoteurs immobiliers peu scrupuleux.
Mais les Chiliens, tels les roseaux, plient mais ne rompt pas. Nombreux sont ceux qui ont tout perdu et ne se plaignent pas: au contraire, ils sont heureux d'être en vie et prêts à remonter la
pente. Voici le symbole de cette résilience, cette photo d'un homme qui, inspectant le cadavre de sa maison, brandit le drapeau national sorti des décombres.
Habitués aux coups durs, les Chiliens savent se relever des malheurs. Au bout d'un moment, ils finissent par en rire. L'humour chilien n'est pas spécialement fin, mais il est bien souvent
doux-amer. Autre symbole: jeudi dernier, lors de l'investiture officielle du nouveau président de la République devant le Parlement, une forte réplique a fait trembler l'édifice. Dehors, dans les
rues de Viña del Mar, la peur du tsunami a soufflé un vent de panique parmi les habitants, qui ont couru vers les collines. Mais Sebastian Piñera, en plein discours, n'a pas bronché. La cérémonie
a continué, défiant les éléments, tandis qu'alentours plusieurs bâtiments étaient évacués. Beaucoup y ont vu de mauvaises augures pour le nouveau chef d'Etat. J'y vois un symbole de la volonté
des Chiliens de rester debout et affronter le sinistre.
Comme si le séisme et ses répliques ne suffisaient pas, une panne d'électricité a coupé le courant à 90% du pays dimanche soir. La lumière est revenue assez vite, mais d'autres incidents comme
celui-ci, dû aux dégâts causés par les secousses, pourraient se reproduire. Il faut aussi réparer divers aqueducs, ce qui provoque des coupures d'eau courante prolongées (trois jours sans eau
chez moi: ca sentait le mouflon à la fin!)
Avec tout ca, dans les régions de Santiago et Valparaiso, affectées par le séisme mais pas trop grièvement touchées, les administrations sont assaillies par le public, qui a besoin de multiplier
les démarches administratives. Les macons, couvreurs, plombiers-zingueurs, vitriers, ouvriers et bricoleurs de tout poil peinent à satisfaire la demande. Les agences immobilières sont débordées.
Les écoles ont rouvert leurs portes, pour la plupart. Bref, l'activité a repris au quart de tour. Il en sera de même un peu plus au sud dans quelques semaines, au plus tard quelques mois. Et tout
devrait être totalement reconstruit d'ici deux ans, selon le gouvernement. On l'espère, en tout cas.
Par @tom
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Publié dans : Le Chili vu de l'intérieur
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