On me demande souvent ce qui me manque de la France. En dehors des réponses évidentes (la famille, les amis, le bon fromage et Yvette Horner), je dirais ceci: la culture, l'esprit critique, et l'exigence de la qualité. Il est triste de constater l'ignorance crasse de la grande majorité des chiliens, même parmi ceux qui ont recu une éducation dite "de qualité". La culture, la vraie, est réservée à une élite de connaisseurs, et c'est bien dommage. L'esprit critique, dans un pays muselé par 17 ans de dictature, se développe chez les nouvelles générations. Mais pour être critique, il faut être constructif, il faut un minimum de culture. Donc pour l'instant, l'esprit critique chilien se base surtout sur des complaintes et des revendications. Quand à l'exigence de la qualité, il suffit de regarder la finition, ou plutôt l'absence de finition des ouvrages architecturaux modernes. Pour nous autres Francais, bien des bâtiments ou infrastructures nouvelles ont des airs d'inachevés. Et c'est juste un exemple: beaucoup de choses ici sont faites "al lote", "ahi no mas", c'est-à-dire un peu par-dessus la jambe.
Mais au-delà de ce qui me manque de la France, il me semble plus intéressant de me demander ce que m'a apporté le Chili, comment il m'a transformé en cinq ans de vie commune.
D'abord, il m'a poussé à l'humilité. Je me suis rendu compte ici que le cliché du Francais arrogant et insatisfait est tout sauf un cliché. Depuis, je fais ce que je peux pour donner le contre-exemple.
Il m'a enseigné à savoir me taire sur des sujets sensibles quand je ne partage pas les idées des autres. Toujours se souvenir que l'étranger est bienvenu, tant qu'il ne critique pas ostensiblement le pays qui l'accueille. Ca, c'est l'apanage des locaux.
Il m'a fait apprécier la fragilité de la culture locale, face à l'invasion médiatique, radiophonique et télévisuelle de la culture pop américaine.
Il a radicalisé mes idées politiques, dans un contexte socio-économique très inégalitaire.
Il m'a enseigné à savoir me laisser porter par les événements plutôt que prendre systématiquement les choses en main. Changer de rythme, réduire le stress.
Dans la même veine, il m'a enseigné à être moins exigeant, à savoir accepter la médiocrité. Finalement, quand on baisse ses expectatives, on a moins de risque d'être décu. Donc quelque part, on vit mieux.
Et surtout, il m'a fait réaliser l'importance de garder contact avec ses racines. Je ne parle pas de se regrouper avec les autres Francais du Chili, non. Ca ne m'a jamais particulièrement intéressé: si j'ai choisi de changer de pays, ce n'est pas pour devenir communautaire et côtoyer d'autres expatriés. Quand je dis les racines, je parle de la famille, des proches. La distance et l'absence mettent en relief l'importante de ces relations. Et c'est bien elles, et elles seules, qui me font sentir parfois le mal du pays. Et Yvette Horner.
Cela fait maintenant cinq ans que je vis au Chili. Put... cinq ans, comme dirait l'autre! C'est pas encore sept
ans au Tibet, mais c'est une belle et longue expérience, un quinquennat dont la fin n'est pas encore vraiment programmée. Après m'être adapté à la vie locale, avoir appris l'espagnol le chilien, avoir travaillé comme guide indépendant, avoir bousillé mes yeux et gaspillé mon
énergie oeuvré comme employé puis chef d'équipe à Global Inc, je commence à avoir envie de passer à autre chose. Quoi
exactement, difficile à dire. Retourner en Europe, certainement, plus près des racines. Car si j'ai adopté le Chili, et réciproquement, cela reste un pays d'adoption. C'est chez moi sans être
chez moi. Retourner en Europe donc, mais sans doute pas en France, pas tout de suite. Qu'y faire, je ne sais encore. J'entrevois trop de chemins possibles pour décider lequel suivre.
Fermer ce blog une fois de retour? Possible. Peut-être même avant cela. Je ressens la nécessité d'occuper mon
temps à autre chose qu'à écrire sporadiquement dans cet espace. Vusurlemonde est une fenête qui me plaît, mais les gonds commencent à grincer, la peinture à s'écailler, et je n'ai ni la volonté
ni le temps de lui consacrer une vraie restauration -ou même un bon nettoyage de printemps. Qui plus est, l'objectif initial de ce blog s'est quelque peu évaporé, et je devrais décider de me
consacrer à des projets d'écriture plus ambitieux. Mais c'est difficile. La longueur m'effraie, j'ai toujours été plutôt concis et ma plume n'est pas très endurante.
En plus de cela, Global Inc est une éponge qui absorbe temps et énergie. Agréable éponge, certes, et c'est là le
danger. A trop absorber l'intellect, c'est votre cerveau qui se transforme en éponge. Il a trop travaillé dans la journée, il faut le laisser s'essorer dans la soirée. Et tout ce qui peut y
rentrer alors ne sont que des déchets télévisuels qui, votre cerveau étant dans un état de vulnérabilité spongieuse, sont plus nocifs que le Cif citron. Prière de rincer la matière grise après
usage.
Cerveaux en pilote automatique, Youtoub vous entube, Fessebouc vous addicte, Touitueur vous absorbe. Et moi je
divague et navigue en essayant d'éviter ce trop-plein pseudo-divertissant, pseudo-informatif. J'ai longtemps considéré Internet comme une infinité de fenêtres et portes ouvertes sur le monde, un
espace de liberté. J'ai maintenant l'impression que c'est une prison qui accapare attention et énergie, qui s'infiltre tel une gigantesque pieuvre partout où il peut.
C'est en grande partie le Chili qui m'a connecté. De retour sur le vieux continent, devrais-je en profiter pour
déconnecter? Me transformer en ermite de la virtualité, de ceux qui croient encore que rien ne vaut les relations humaines, commerciales ou diplomatiques en chair et en os? L'ivresse du
modernisme, l'aveuglement béat des Chiliens devant les nouvelles technologies, est-ce un péché de jeunesse? Déconnecter, est-ce faire preuve de sagesse, ou bien cela signifie-t-il que je suis
devenu un vieux grincheux conservateur et rétrograde?
Je ne sais pas. Ce que je sais, c'est qu'encore une fois j'ai digressé. Ce qui se voulait au départ un retour sur cinq ans de vie chilienne s'est transformé en élucubrations. Je crois que ce n'est pas le moment. Le bilan, on le fera en partant. Pour l'instant, je vais juste me déconnecter.
Et vous, vous éteignez votre portable la nuit?
Une fois encore, les circonstances m'empêchent de consacrer une peu de temps à ce blog. La raison: du bachotage intensif qui, ajouté aux longues heures de travail, me prend tout mon temps, une bonne partie de mon énergie, et me fatigue les yeux. Je ne me plains pas: c'est moi qui ai choisi d'étudier. Mais ca fait passer certaines choses au second plan, voire au troisième. Je me demande ce que ce serait si j'avais des enfants, tiens...
Je ne lis que rarement les journaux, je l’avoue. Pas très sérieux pour un journaliste, vous me direz. Ce n’est pas que l’actualité ne m’intéresse pas, au contraire: si je ne lis que très peu, c’est parce que je trouve trop de matière à réflexion dans les pages de mes titres favoris. Il faut être en vacances ou au repos pour pouvoir lire la presse correctement. Les gros titres me frustrent: il faut prendre le temps de lire, sinon, ca ne vaut pas la peine.
Les faits divers ne m’intéressent pas, la cuisine politique m’agace, le sport ne m’intéresse qu’à la télé, je ne m’attarde sur les arts et spectacles qu’après avoir lu/vu/écouté les oeuvres, et la rubrique people me fait bailler. En revanche, les pages internationales, société, économie et technologie, entre autres, regorgent d’informations parfois courtes mais souvent intéressantes.
Lors de mes deux dernières visites en France (fin 2009 et en septembre 2010, respectivement), j’ai fait le plein de journaux et magazines... que je finis tout juste de lire! Vous l’aurez compris, l’actu fraîche ne m’intéresse pas. Je préfère l’analyse et l’évolution des événements dans le temps. Et tout ce grain à moudre me donne matière à réfléchir, et envie d’écrire pour partager mes réflexions...
Mais le temps s’accélérant, avec la multiplication des obligations et des sources de distraction (maudits réseaux sociaux!), je garde bien souvent mes idées pour moi. Pour plus tard. Après tout y’a pas d’urgence. Et mes réflexions ne vont pas changer la face du monde. Et c’est là que je me dis que merde! Si tout le monde pense la même chose, ce n’est pas demain la veille que de nouvelles idées (pourtant nécessaires) arriveront, que des mouvements se mettront en marche, que la société sortira de son mal-être, de son stress et de son apathie. Alors zut et flûte, ce blog va reprendre du poil de la bête! Ca ne va pas changer la face du monde, mais au moins ca sera plus utile que garder mes idées dans un recoin de ma tête. A demain donc!
J'ai toujours évité sur ce blog de parler de catastrophes et faits divers. Ces derniers jours, le monde entier s'intéresse au sort des 33 mineurs chiliens pris au piège dans un gisement atacameño. Moi aussi, bien sûr. Mais je ne compte pas chroniquer ces événements ici-même, à moins qu'ils ne m'inspirent une réflexion sur la nature humaine -ce qui est fort possible. En revanche, j'ai été contacté par le journal Sud-Ouest pour suivre les événement pour eux, en tant que correspondant. Je mettrais les liens vers les articles disponibles en ligne ici-même.
Un prof à mourir de rire
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Les tribulations d'Eulalie et M. Muche
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