En 1968, Charles De Gaulle, sûr de lui, organise
un référendum pour demander aux Francais s'ils veulent toujours de lui à la tête de l'Etat. Déroute du général. Il abandonne le pouvoir l'année suivante.
En 1988, Augusto Pinochet, sûr de lui, organise un référendum pour demander aux Chiliens s'ils veulent toujours de lui à la tête de l'Etat. Déroute du
général. Il abandonne le pouvoir l'année suivante.
Je ne comparerai pas De Gaulle à Pinochet. C'est sans doute l'un de leurs seuls points communs. Toujours est-il que le 5 octobre, on célébrait les vingt ans du non à Pinochet. Et que j'aurais dû
en parler dans l'article précédent, en vous disant que la démocratie chilienne était arrivée à majorité, mais pas encore à maturité. Mais je n'y ai point
pensé. Et comme je n'ai pas envie de parler politique maintenant, je vous livre mon pronostic pour 2008:
En 2008, notre Iznogoud, sûr de lui, organise un référendum pour demander aux Francais s'ils approuvent le dernier disque de Carla Bruni. Déroute de la maison
du disque. Le PDG se fait virer et remplacer par Brice Hortefeux, qui va en profiter pour mettre un peu d'ordre et mettre fin aux contrats de tous ces voyous de rappeurs.
Bon, plus sérieusement, je me demande si dans 17 ans, on célébrera le non à la Constitution européenne...
Ingrid-attitude ou ingratitude, choisissez votre camp. On ne peut évidemment que se
réjouir de la libération d'Ingrid Betancourt et d'une poignée d'otages "importants". Mais on peut, aussi, critiquer la sur-couverture de l'événement par les
médias, notamment en France, et la récupération politico-marketing qu'en a fait notre Iznogoud (notez au passage qu'en Colombie il en est tout autrement, puisque la prochaine élection
présidentielle a lieu en 2011).
Bien sûr, on ne va pas critiquer la forte mobilisation de la famille d'Ingrid, qui a fait beaucoup pour sensibiliser le monde au problème. Mais ça aide d'avoir des relations politiques haut
placées et ses entrées dans les médias. Ce qui m'agace, c'est l'inégalité de traitement entre Ingrid Betancourt et la quasi-totalité des otages séquestrés
pour raisons politiques, à l'échelle de la planète, dont on ne parle jamais ou presque.
Vous me direz: sans elle, sans l’action de sa famille, il n’y aurait pas eu grand’monde pour se préoccuper des otages des FARC, à part les autorités colombiennes. Certes. Mais maintenant qu’elle
est libérée, je ne suis pas sûr que la mobilisation continue pour libérer les autres otages. Ingrid est devenue une icone, un peu comme l'était Lady Di, dans
un autre registre. Elle est l’arbre magnifique qui cache la forêt, à tel point qu’on en oublie les autres arbres.
Et c’est bien ça qui m’irrite, qu’elle soit traitée comme une personne à part. De quel droit peut-on dire qu'une vie humaine est plus importante qu'une autre?
Car c'est cela: telle qu’on nous la présente, la vie d'Ingrid Betancourt est bien plus précieuse que celle d'un otage colombien anonyme. Le fait qu’elle ait été candidate à l’élection
présidentielle rend-elle sa vie plus importante? A mes yeux, non. Appelez-moi idéaliste, ou communiste si vous voulez, c’est ainsi que je pense.
Mais prenons le problème à l'envers: la vie d'un ouvrier métallurgiste est-elle moins précieuse que celle d'un bon médecin de campagne? La vie d’un chômeur vaut-elle
moins que celle d’un grand chef d’entreprise? Un père alcoolique mérite-t-il plus de mourir qu’une disciple de Mère Teresa? Je ne crois pas. Et un otage, qu’il soit prince de Zambie ou
employé des PTT, reste un otage. Pas de traitement de faveur. C’est l’égalité dans la souffrance. Comme le service militaire, oui mon adjudant!
Alors Ingrid Betancourt, vous qui accaparez les médias, prouvez-nous au moins qu’ils n’ont pas tort, et utilisez votre statut d’icône et d’ex-leader politique
pour ne pas laisser dans l’oubli les autres otages, et contribuer à faire tomber une bonne fois pour toute les FARC.