Chaque année, aux Etats-Unis, des milliers d'écoliers reproduisent benoitement une
version édulcorée du repas de Pocahontas avec les explorateurs blancs, autour du fameux dindon (la dinde de Thanksgiving). Edulcorée, parce que dans la version enseignée aux écoliers, tout le
monde il est beau tout le monde il est gentil. En réalité, l'Histoire nous dit que les Indiens sont les dindons de la farce. Encore aujourd´hui: ils sont récupérés à des fins poliiques et
électorales, mais au final on ne fait pas grand-chose pour eux.
C'est vrai aux Etats-Unis, ca l'est aussi au Chili. Lors des préparatifs de sa visite en France et au Pays-Bas, il y a une semaine, Michelle Bachelet affirmait lors d'une interview à la radio
hollandaise qu'il n'y a pas de prisonniers politiques Mapuches au Chili. Hum... Selon diverses ONG, il y a actuellement une cinquantaine de Mapuches dans les geôles chiliennes, condamnés par une
loi injuste héritée de la dictature de Pinochet. Cette loi permet notamment de condamner d'actes terroristes des délits qui seraient qualifiés de mineurs pour tout non-indigène. Elle permet
également d'emprisonner les Mapuches qui revendiquent avec un peu trop de véhémence les terres de leurs ancestres.
Pourtant, alors qu'elle n'était que candidate à la présidence, Michelle Bachelet s'était émue de la situation de ces prisonniers. On pensait qu'elle allait tordre le cou à cette foutue loi et
libérer les Indiens qui moisissent depuis dix ans en prison. Que nenni. En réalité, certaines ONG affirment qu'aujourd'hui, les injustices et maltraitances envers les Mapuches se sont renforcées.
Mais ca, on n'en parle pas (ou presque) dans les médias chiliens. En revanche, à chaque revendication des Indiens, on a droit à un compte-rendu des violences envers les policiers au JT.
Il y a tout de même des signes de changement. D'abord, les scientifiques chiliens commencent à prendre en compte les connaissance et croyances indigènes. C'est notamment vrai pour la recherche
sur les mouvements sismiques: certaine cultures anciennes ont développé des méthodes qui leur permettraient de prévoir un tremblement de terre ou une éruption volcanique.
Ensuite, une convention internationale signée par le Chili en 2007, baptisée ici la nouvelle "norme indigène", attribuerait plus de 9 millions d’hectares dans tout le pays aux descendants des
peuples originels. Une loi devrait être présentée au Parlement pour renforcer cette nouvelle donne. Mais évidemment, le lobby des entrepreneurs fait barrage: cette nouvelle norme entrerait en
conflit avec les lois chiliennes de l’eau, du minerai et plus largement de l’administration territoriale. Je ne serais donc pas surpris que ces bonnes intentions, dévoilées publiquement,
finissent par en rester au stade d'intentions, écrasées par les contre-pouvoirs. Et ca, ce ne serait pas répété par les médias. Mais c'est pas grave, grâce à la simple annonce de ces mesures, on
rallie l'opinion publique, peu importe ce qui se passe ensuite. Les dindons de la farce, je vous dis.
Prendre les transports en commun en pays étranger, c'est toujours une aventure (plus
ou moins grande). Même au bout de deux ans et demi au Chili, je suis toujours étonné par ce qui peut arriver dans les bus et les taxis collectifs.
Une fois, je suis tombé un Schumacher qui faisait du 100 à l'heure en centre ville. Très bon pour la musculation des fessiers. Une autre fois, un chauffeur qui s'est arrêté au milieu de la course
pour aller s'acheter des médicaments. Il m'est arrivé plusieurs fois de ne pas avoir de monnaie et qu'on refuse mon billet de banque. C'est dingue, tout le monde ou presque paie avec des pièces,
mais les chauffeurs n'ont jamais de change pour un billet!
Hier, j'ai eu droit à autre chose: comme mon taxista n'avait pas trouvé d'autre client que moi sur le chemin de Quilpué à Valparaiso, ce n'était pas rentable pour lui de continuer 10 kilomètres
avec moi tout seul. Il me dit: " ca t'ennuierais de changer de taxi?" Ben... Trente secondes après, il fait des appels de phare à un collègue qui passait par là avec deux passagers, me rend ma
monnaie et hop! je change de voiture.
Ce que je me demande encore, c'est s'ils remboursent les passagers quand le bus tombe en panne (ca arrive assez régulièrement). Ah ben non, je suis bête: ils n'ont jamais de
monnaie!