Au lendemain de notre virée aux thermes de la vallée de Colina, cap sur le monument natural El Morado pour une bonne marche en montagne. Le "monument" consiste en une haute vallée de montagne, aboutissant sur de hauts sommets et deux glaciers: El Morado et San Francisco.
Situé à environ deux heures de route de Santiago, le site n'est pourtant pas très fréquenté, et on se sent vraiment seul au milieu des montagnes. On pourrait se croire dans une vallée des Pyrénées, avec des sommets bien plus élevés, mais la grande différence, c'est l'absence quasi-totale de promeneurs. A nous la nature!
En chemin, on s'arrête pour observer les bouillonantes sources d'eau chaude ferrugineuse, cousines miniatures des geysers de l'Atacama. Au fond du décor se dessinent les glaces éternelles entre les hautes parois de granite.
Les essences de fleurs sont innombrables. C'est en partie pour cette flore abondante et variée que le site est classé monument naturel. Dans la haute vallée, la marche est agréable, avec une montée en pente douce et une brise fraiche qui atténue les rayons de soleil persants.
Au bout d'un peu plus de deux heures de marche, à 2.800 mètres d'altitude, on atteint un petit lac de montagne. A partir de là, le paysage change. La vallée s'encaisse et approche de son terme, la végétation se raréfie soudainement. Un chemin sinueux continue jusqu'au pied des glaciers.
Nous n'irons pas plus loin. Le temps se couvre, il est temps de rentrer. Il ne fait pas bon se trouver sous l'orage en haute montagne.
Amateurs de thermalisme et de sources d'eau chaude, venez donc au Chili! Entre établissements de grand luxe, stations thermales familiales et bains rustiques en plein air, vous y trouverez votre compte.
Personnellement, j'ai toujours eu une préférence pour les sources thermales naturelles, inviolées par la main de l'homme. C'est-à-dire des piscines naturelles sans infrastructure, à l'air libre, laissées à leur environnement d'origine. Un lieu en particulier attirait mon attention depuis longtemps: les thermes de la vallée de la Colina, une séries de huit petits bassins de calcaire accrochés à flanc de montagne, à plus de 2.500 mètres d'altitude, au-dessus de Santiago. Un écrin naturel au milieu des Andes, où il n'est pas rare d'apercevoir des condors planer.
Mais encore faut-il y arriver. Le chemin est caillouteux, chaotique. Il faut savoir éviter les chèvres,
s'éloigner des nombreux camions (il y a une mine près du site) et du nuage de poussière qui les suit,
éviter les trous dans la route abîmée par les poids-lourds, les marres d'eau et autres chausse-trappe,
ne pas s'effaroucher face aux nuages menacants au-dessus de nos têtes...
Finalement, après plus d'une heure de tape-fesses motorisé, enfin, la récompense. Nous voilà arrivés aux sources de la béatitude.
L'eau, chauffée par la lave qui passe par les sous-sol du volcan San Jose tout proche, sort de terre en gargouillant à 90 degrés. Un mince filet d'eau dévale la pente lisse et alimente une série de bassins, lentement créés et faconnés par les dépôts naturels de minéraux. Plus l'on descend la pente, plus l'eau se refroidit, et la température des piscines naturelles passe progressivement de 60 à 25 degrés.
L'eau, chargée en minéraux, a des propriétés curatives. Mais pour l'instant, nous n'en avons cure: nous nous délectons de l'eau chaude, tandis qu'il commence à pluvioter et que un vent frais nous fait voler les cheveux dans la figure. Ah, on est bien à l'intérieur!
Et là, moment magique: sur la montagne en face de nous, de l'autre côté de la vallée, ce ne sont pas des gouttes qui tombent, mais d'abondant flocons. Dans notre piscine d'eau chaude, les pieds en éventail, nous assistons avec ravissement au spectacles du sommet se couvrant d'un manteau de blanc. Il ne manque plus que le pisco sour!
Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et il faut redescendre avant l'arrivée de la nuit. Et avant que la pluie ne fasse des ravages sur la chaussée!
Nous passons la nuit au refuge de Lo Valdes, un beau chalet de bois un peu plus en aval, là où la vallée redevient verte. Et pour couronner cette belle journée, les derniers rayons de soleil nous gratifient d'un spectacle magnifique.
Après cinq ans passés au Chili, cela reste gravé comme l'un de mes meilleurs souvenirs.
Septembre... la fin des vacances... et le moment idéal pour penser à passer les vacances d'hiver au Chili! Alors pour la première fois depuis longtemps, quelques carnets de voyages pour vous donner envie. Allez hop!
Le Chili a la particularité (une parmi tant d'autres) d'abriter le seul palmier vivant en zone non-tropicale du globe. Le palmier chilien, au tronc épais, mesure en général une quinzaine de mètres de haut et atteint sans problème les mille ans. On recense des spécimens de 30 mètres et de 1.400 ans. Aujourd'hui, il n'existe que trois zones dans tout le pays où cet arbre continue de pousser naturellement. Toutes sont classées zone naturelle protégée.
A un peu plus d'une heure de route de Valparaiso se trouve la forêt de palmiers d'Ocoa, dans le parc national La Campana. L'endroit, abrité des vents froids du sud et de la brume maritime par une imposante montagne (La Campana, nommée ainsi pour sa silhouette en forme de cloche), jouit d'un micro-climat qui permet la survie des palmiers... et qui en fait un site idéal pour une promenade printanière.
A la fois très vert et très sec, le vallon dans lequel se trouvent les palmiers est un havre de tranquillité. Eloigné des principaux circuits touristiques, il est très peu fréquenté, et le calme n'est troublé que par les gazouillement des oiseaux et le frissonnement du vent entre les palmes. La zone faisant partie d'un parc national, il existe plusieurs sentiers balisés et faciles à emprunter. S'enfoncer sous la voûte des grands arbres, monter vers le sommet de La Campana ou s'acheminer jusqu'à un petit cirque orné d'une cascade... le palmar d'Ocoa a de nombreux attraits pour les marcheurs.
Au détour d'un virage, près d'un ruisseau, vous aurez peut-être la chance de croiser des renards, et... des vaches qui n'hésitent pas, malgré leur taille, à s'engouffrer dans les fourrés épineux, à la recherche de nourriture. La première fois, ca surprend. Et puis enfin, il y a les cactus candélabres, qui se parent de fleurs rouges en été. Tout simplement superbe!
En fouillant dans mes cartons, je viens de retrouver un texte que j'avais écrit il y a deux ans, suite au tournage d'un documentaire dans lequel j'ai été impliqué. Documentaire que je n'ai jamais vu, d'ailleurs. J'attendais de le visionner pour publier cet article, mais je crois que j'ai définitivement raté la diffusion...
"La vie, c'est comme une boîte de chocolats: on ne sait jamais sur quoi on va tomber".
La référence forrest-gumpienne n'est certes pas très intellectuelle, mais elle résume bien mon état de pensée du moment. Travailler comme guide touristique permet généralement de rencontrer des
gens sympathiques, souriants et heureux de découvrir du pays. Travailler comme journaliste offre parfois le bonheur de rencontrer des gens extraordinaires. Ici, à Valparaiso, il m'est arrivé les
deux choses à la fois.
Pendant deux jours, j'ai accueilli, transporté et guidé une équipe de tournage de France 5 à Valparaiso, qui travaillent pour le magazine Echappée belle. Sur le thème des itinéraires mythiques, le trio effectuait un voyage autour du monde par
étapes, les conduisant de Paris à Hong-Kong, du Cap à Auckland, de New York à Amman, en passant par... Valparaiso. Une journée, deux maximum dans chaque ville, le temps d'en ressentir l'âme,
l'esprit, de rencontrer des personnalités locales...
Leur périple, c'est une boîte de chocolat à l'échelle planétaire. Impossible pour ces Jules Verne des temps modernes de savoir précisément ce qui les attend à chaque étape. Et moi, en allant les
chercher à l'avion, j'avais la même légère appréhension: et si c'était une équipe de reporters pressés, prétentieux et directifs, comme j'en ai déjà croisé du temps où j'étais journaliste en
France? Et si les personnages que j'avais prévu de leur faire rencontrer ne collaient pas avec ce qu'ils cherchaient? Et si, au lieu des pralinés, ils aiment les chocolats au
cognac?
La rencontre a été belle. J'ai trouvé des gens ouverts, intéressés et intéressants, capables d'adapter leurs sens aux battements de coeur de Valparaiso, de communiquer sans pour autant parler
espagnol. Et eux, ils ont trouvé "El Loro".
Thierry Defert, artiste francais rebaptisé Loro Coiron par les Chiliens. Loro
(perroquet), c'est parce qu'il est bavard comme un perroquet. Coiron (une sorte d'herbe sèche), c'est à cause de ses sourcils foisonnants comme une botte de paille.
C'est un de ces personnages fascinants que l'on rencontre parfois par hasard, un type que l'on peut écouter pendant des heures sans se lasser, qui a le don de raconter, de se raconter, et même de
penser tout haut sans jamais être ni ennuyeux ni donneur de leçons. Un type qui a roulé sa bille un peu partout avant de s'ancrer à Valparaiso, et d'encrer son Valparaiso. Loro grave. Mais grave
joyeusement. Il saisit, en noir et blanc, des scènes de vie du mythique port, fait oeuvres d'art les habituelles cartes postales du centre historique. Et ses grands formats noirs et blancs sont
remplis des milles couleurs de Valparaiso.
Loro, le personnage, a captivé l'équipe. Loro dans son atelier d'artiste a captivé les objectifs des caméras. Il a un ambitieux projet: réaliser une fresque de 300 mètres de long sur 4 mètres de
large, qui serait une sorte de panorama de la vie à Valparaiso. Ce serait beau. Pour vous donner une idée de ce qu'il fait, il a un site, pas très actualisé: http://www.txtnet.com/ThierryDefert/index.htm
Cette heureuse rencontre entre l'équipe de tournage, Loro et moi, ç'a été un moment de grâce, sans doute l'un des meilleurs chocolats de la boîte. Une belle rencontre, et le terme n'est pas
galvaudé.
L'ironie de l'histoire pour moi, c'est que l'un des dernier film du réalisateur, c'est un reportage sur... Paris-Dakar! Et je viens de m'en rendre compte juste maintenant, en visitant le site
internet de France5.
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