Les prix du pain et du lait ont de nouveau augmenté au Chili, ceux du pétrole aussi, alors la population se plaint, les plus pauvres tirent la langue.
Interrogé au JT sur les possibilités d’action, le ministre de l’Economie s’est fendu d’une réponse sybilline: «Notre pays a une économie ouverte, compétitive. Le gouvernement n’a pas à y
intervenir».
Venant d’un gouvernement de centre-gauche, ça fait peur. Il faut dire que l’économie chilienne a été façonnée par et pour les
néo-libéraux de l’école de Chicago, amis de Pinochet. Ici, les grands entrepreneurs ont une influence énorme sur la politique. Le Medef adorerait.
Dans le même JT, un reportage sur la frange pauvre de la population qui lutte pour survivre. Fait rare. On pourrait croire que c’était
pour contre-balancer le sujet sur l’économie, mais connaissant la non-logique chilienne, je peux pratiquement affirmer que non. Les grands médias sont presque tous aux mains des
magnats locaux, et s’ils tolèrent que l’on parle de sujets polémiques comme la pauvreté ou la prostitution infantile,
ils veillent à ce qu’on les traite de manière
sensationnaliste, à faire pleurer dans les chaumières. Toutes les chaumières.

Dans les médias chiliens, les critiques et les analyses ne sont généralement pas très poussées, ou pour le moins
pas très incisives. Surtout lorsque l’on touche à l’économie, comme c’est le cas avec la hausse des prix. On montre les gens qui se plaignent (avec les hausses successives, il devient difficile
pour certaines familles d’acheter ces aliments de base en quantité suffisante). On montre le ministre de l’Economie, et on dit que c’est bien dommage.
Mais à aucun
moment, les journalistes n’expliquent pourquoi le prix du pain augmente (le pétrole, on sait), pourquoi le coût de la vie en général augmente. A part dans quelques médias
confidentiels.
Les Chiliens dans leur grande majorité se félicitent de la croissance économique, florissante ces dernières années. Ils s’en félicitent,
parce que les médias s’en félicitent. C’est vrai, croissance économique, ça sonne bien, ça donne envie de se réjouir. Sauf que cela engendre une élévation du niveau de vie, et par contrecoup, une
hausse des prix. Or la croissance profite surtout aux couches supérieures de la société, elle n’a aucune incidence sur les revenus d’une grande partie des Chiliens. Donc pour eux,
c’est que du malus.

Mais ça, les dommages colatéraux de la croissance économique, les médias chiliens n’en parlent pas. Ce serait faire
ombrage à leurs patrons, à ceux-là même qui font marcher cette économie «ouverte et compétitive», dynamique, qui fait la fierté du pays. De plus, les Chiliens sont
fiers d’habiter le pays le plus riche et développé d’Amérique du Sud (même si les richesses y sont très inégalement réparties), grâce à cette économie
florissante.
Mais ils nourrissent toujours un complexe d’infériorité par rapport aux pays occidentaux, et veulent à tout prix rattraper leur retard en
investissant à fond dans la modernité. Et en s’endettant. Ainsi les télévisions hi-tech, les appareils photos numériques et les Aïe-Pod sont-ils extrêmement prisés des Chiliens. Le pays a
également connu la mode des faux portables. On m’a même raconté que pour paraître riches, certaines familles remplissent au maximum leur caddie au supermarché, puis en
laissent les trois quarts à la caisse. Mais pas le lait, ni le pain.
La suite demain