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Vu sur le monde

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Regards critique, amusé, pensif, circonspect, rieur, contemplatif, futuriste, ironique... ce blog est ma vision, mes visions du monde qui m'entoure, qui nous entourent. Un regard que je veux, que je crois différent. A vous de voir...

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ne pas accorder de crédit aux crédits

Je vous expliquais hier pourquoi la croissance économique, si elle est bénéfique pour le Chili, ne l'est pas forcément pour les Chiliens. Aujourd'hui, je voudrais vous montrer le danger de cette situation.


Après la chute de Pinochet, le pays s’est ouvert, a prospéré, les inhibitions ont commencé à tomber; et l’envie de modernité, de consommer comme les Occidentaux, a eu raison des plus raisonnables. L’heure est à la surconsommation, et il n’y a pas une chaîne de magasins (même les pharmacies!) qui ne proposent cartes de fidélité, et surtout cartes de crédit. Et tous ont un système bien rodé, mais très pervers, pour fidéliser les clients et les inciter à acheter.

Exemple. Je vais au magasin Falabella pour acheter une veste. J’ai la carte Falabella, grâce à laquelle je peux avoir 10% de réduction sur ladite veste. Mais grâce à laquelle, surtout, je peux pays ma veste en plusieurs fois. Avec un taux d’intérêt de… 10%. Mais les Chiliens sont tellement habitués à ce système de paiement différé que d’une part, ils ont toujours l’impression de faire une bonne affaire, d’autre part, ils n’ont pas l’impression de dépenser énormément, puisqu’ils ne déboursent jamais une grosse somme d’un coup.


Le pire, c’est que souvent, quand on paye en plus de 12 mensualités, le taux d’intérêt est plus important que la réduction. Et pour acheter une auto, par exemple, ces taux montent à 25, voire 30%. Payer une voiture 30% plus cher que son prix initial, ça me ferait mal, quand même. Mais les banques et les grandes entreprises sont toutes puissantes au Chili, et rien ni personne ne les empêche de pratiquer ses taux à la limite de l’arnaque.

Résultat: en plus d’en avoir envie, le Chilien est incité à consommer. Du coup, la dette moyenne par foyer atteint 2,8 millions de pesos, soit 4.000 euros par foyer. Ca ne paraît pas énorme, mais il faut savoir que le salaire minimum mensuel au Chili est d’environ 180 euros, et que le salaire moyen est d’environ 300 euros. Si bien qu’on trouve des cas de famille où l’on tourne avec deux paires de chaussettes par personne et où l'on saute des repas pour pouvoir payer les mensualités de la nouvelle télé écran plasma. Y'a plus qu'à manger du cactus!


Et puis surtout, cette dette va en augmentant. Alors même que la croissance est forte. Ce qui veut dire que lorsque la croissance va ralentir (ce qu’elle a commencé à faire), le pouvoir d’achat stagnera, mais les Chiliens continueront sans doute d’acheter crescendo. Bref, je ne serais pas étonné que la dette moyenne atteigne des sommets dans les prochaines années. Et que certaines familles perdent gros à force de payer tout à crédit. Là où c’est dangereux, c’est que ce ne sont pas seulement les pauvres qui sont endettés, mais aussi une bonne partie des classes moyennes. Seule une minorité de Chiliens aisés n’ont pas recours au crédit. Ce qui veut dire qu’en cas de recession économique, le pays risque de connaître une grave crise économique et sociale.

Mais je suis bien pessimiste. Après tout, tant que l’économie va bien, pourquoi s’inquiéter? Et puis, tant que les glaciers n’ont pas entièrement fondu et que la temperature n’a pas augmenté de 5 degrés, pourquoi s’inquiéter? Hmm?

Publié le 10/10/2007 à 07h18 dans Le Chili vu de l'intérieur

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