Vu sur le monde
Les actionnaires au gouvernement. La droite libérale en rêve partout dans le monde,
Sebastian Piñera l'a fait. Le nouveau président chilien a divulgué hier la composition de son cabinet: on dirait le comité de direction d'une multinationale. Sur 22 ministres, on trouve pas moins
de 7 entrepreneurs et 11 économistes ou spécialistes de la finance. Voici quelques-unes des figures principales:
Rodrigo Hinzpeter, ministre de l'Intérieur, numéro 2 du gouvernement:
Spécialiste du droit des affaires, issu d'une famille de gauche (Hinzpeter père était
intime d'Allende), il a progressivement dérivé à droite et est devenu le bras droit de Piñera. C'est peut-être cela que le nouveau président appelle "l'esprit d'ouverture".
Alfredo Moreno Charme, ministre des Relations
Extérieures, numéro 3: Spécialiste de la finance et des fusions d'entreprises, il est directeur ou vice-président de plusieurs grandes companies nationales. et internationales. A l'image de
Piñera qui a finalement vendu ses actions de Lan Chile, il devrait renoncer à la plupart de ces fonctions.
Jaime Ravinet, ministre de la Défense, numéro 4:
Membre de la Démocratie Chrétienne qui faisait partie de la coalition gouvernementale de centre-gauche, dont il a été ministre. Figure de la politique chilienne, c'est le premier "traître" à
retourner sa veste (quand il a appris sa nomination, il a quitté la DC après 49 ans de militantisme). Voilà qui va faire mal à la future opposition, et peut-être amener le centre à défaire son
alliance avec les socialistes et se rapprocher de la droite piñeriste.
Cristian Larroulet, secrétaire général de la
Présidence, numéro 6: Un autre économiste qui a fait ses classes auprès de l'école ultra-libérale de Chicago, tout comme Alfredo Moreno. Piñera avait dit que son gouvernement ne compterait
aucun ancien ministre de Pinochet. Peut-être, mais Larroulet fut directeur de cabinet de l'emblématique ministre des Finances de Pinochet, Hernan Buchi.
Et que dire de Joaquin Lavin, assesseur de la
planification nationale de Pinochet, éminence de l'Opus Dei, nommé ministre de l'Education? On peut comprendre que Piñera se devait d'accorder un portefeuille à Lavin, qui fut son adversaire
présidentiel il y a quatre ans et s'est depuis converti en précieux allié. Mais l'éducation? Autant la confier aux jésuites!
Parmi les autres cadres du gouvernement, on compte également l'un des architectes de l'indépendance de la banque centrale (clairement, il a fait en sorte que l'Etat se mêle le moins possible des marchés financiers et du business local), six femmes (mais aucune en charge d'un ministère stratégique), et des vrais professionnels pour des domaines aussi spécifiques que la santé ou l'agriculture (ca, c'est plutôt bien). Et pour le côté people, on a mis un acteur de télé (qui possède aussi une compagnie de théâtre e est assesseur culturel, il est vrai). Là, sans commentaire.
Bref, moi qui espérais un gouvernement ouvert, comme Piñera lui-même l'avait annoncé, j'ai été bien optimiste et naïf. Certes, à première vue, il y a beaucoup d'indépendants (la moitié des ministres ne sont affiliés à aucun parti) et un ex-pilier du centre-gauche. Mais tous ces indépendants sont bien évidemment sympathisants du nouveau président. Et au final, c'est surtout un cabinet d'économistes et de financiers. Qui, j'en ai bien peur, risquent de gouverner un pays comme ils géreraient une fabrique de pots de yaourts. L'avenir le dira...
Rodrigo Hinzpeter, ministre de l'Intérieur, numéro 2 du gouvernement:
Spécialiste du droit des affaires, issu d'une famille de gauche (Hinzpeter père était
intime d'Allende), il a progressivement dérivé à droite et est devenu le bras droit de Piñera. C'est peut-être cela que le nouveau président appelle "l'esprit d'ouverture".
Alfredo Moreno Charme, ministre des Relations
Extérieures, numéro 3: Spécialiste de la finance et des fusions d'entreprises, il est directeur ou vice-président de plusieurs grandes companies nationales. et internationales. A l'image de
Piñera qui a finalement vendu ses actions de Lan Chile, il devrait renoncer à la plupart de ces fonctions.
Jaime Ravinet, ministre de la Défense, numéro 4:
Membre de la Démocratie Chrétienne qui faisait partie de la coalition gouvernementale de centre-gauche, dont il a été ministre. Figure de la politique chilienne, c'est le premier "traître" à
retourner sa veste (quand il a appris sa nomination, il a quitté la DC après 49 ans de militantisme). Voilà qui va faire mal à la future opposition, et peut-être amener le centre à défaire son
alliance avec les socialistes et se rapprocher de la droite piñeriste.
Cristian Larroulet, secrétaire général de la
Présidence, numéro 6: Un autre économiste qui a fait ses classes auprès de l'école ultra-libérale de Chicago, tout comme Alfredo Moreno. Piñera avait dit que son gouvernement ne compterait
aucun ancien ministre de Pinochet. Peut-être, mais Larroulet fut directeur de cabinet de l'emblématique ministre des Finances de Pinochet, Hernan Buchi.
Et que dire de Joaquin Lavin, assesseur de la
planification nationale de Pinochet, éminence de l'Opus Dei, nommé ministre de l'Education? On peut comprendre que Piñera se devait d'accorder un portefeuille à Lavin, qui fut son adversaire
présidentiel il y a quatre ans et s'est depuis converti en précieux allié. Mais l'éducation? Autant la confier aux jésuites!Parmi les autres cadres du gouvernement, on compte également l'un des architectes de l'indépendance de la banque centrale (clairement, il a fait en sorte que l'Etat se mêle le moins possible des marchés financiers et du business local), six femmes (mais aucune en charge d'un ministère stratégique), et des vrais professionnels pour des domaines aussi spécifiques que la santé ou l'agriculture (ca, c'est plutôt bien). Et pour le côté people, on a mis un acteur de télé (qui possède aussi une compagnie de théâtre e est assesseur culturel, il est vrai). Là, sans commentaire.
Bref, moi qui espérais un gouvernement ouvert, comme Piñera lui-même l'avait annoncé, j'ai été bien optimiste et naïf. Certes, à première vue, il y a beaucoup d'indépendants (la moitié des ministres ne sont affiliés à aucun parti) et un ex-pilier du centre-gauche. Mais tous ces indépendants sont bien évidemment sympathisants du nouveau président. Et au final, c'est surtout un cabinet d'économistes et de financiers. Qui, j'en ai bien peur, risquent de gouverner un pays comme ils géreraient une fabrique de pots de yaourts. L'avenir le dira...
Mer 10 fév 2010
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